Hexo vaut déjà plus de 2 milliards de dollars, six ans seulement après sa fondation. Le titre du producteur de pot de Gatineau a plus que doublé en 2019 et affiche le meilleur rendement à la Bourse de Toronto cette année. Et son énergique président affirme que l’action demeure sous-évaluée. Rencontre avec un entrepreneur aux grandes ambitions.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« J’avais dit que le jour où l’entreprise dépasserait le milliard de valeur boursière, je ne porterais plus de veston », lance Sébastien St-Louis avec le sourire. « Ce qui est important pour moi, ce n’est pas ce dont tu as l’air ni ce que tu portes, c’est ce que tu fais. »

Le sympathique entrepreneur de 35 ans porte un jean et un t-shirt en arrivant aux installations en expansion d’Hexo à Masson-Angers (Gatineau), en Outaouais. Il se présente avec une simplicité déconcertante et ne manque pas d’énergie même s’il soutient travailler près de 100 heures par semaine depuis la fondation d’Hexo, il y a six ans.

Sébastien St-Louis a toutes les raisons du monde d’être de bonne humeur. L’action du fournisseur privilégié de la Société québécoise du cannabis (SQDC) a plus que doublé depuis le début de l’année et affiche le meilleur rendement parmi tous les membres de l’indice S&P/TSX en 2019. Sa participation personnelle dans cette entreprise de 2 milliards vaut maintenant plusieurs dizaines de millions.

« Je ne suis pas surpris. Je crie depuis longtemps que ça devait arriver. Les gens ont mis du temps à croire notre histoire. » 

— Sébastien St-Louis, grand patron d’Hexo

Et le titre n’est pas surévalué, selon lui. « Absolument pas, dit-il. Regarde nos ventes. Avec la récente acquisition de Newstrike, on s’attend à boucler notre exercice financier 2020 avec un chiffre d’affaires de 400 millions. Applique un multiple [d’évaluation] de 10 fois pour une industrie en hypercroissance, le titre semble encore bon marché. »

Sébastien St-Louis admet toutefois que les chiffres ont de quoi laisser songeur lorsqu’on s’arrête aux évaluations de l’ensemble du marché. « Ça ne [colle pas], c’est certain. Les entreprises nord-américaines du secteur valent globalement 100 milliards en ce moment, alors que, l’an passé, il s’est vendu pour environ 200 millions de dollars de marijuana. Ça sonne fou. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Hexo aspire à détenir la meilleure technologie en matière de constance dans la rapidité à laquelle les produits font effet ainsi que la durée de l’effet.

Ce qu’en pensent les experts 

Une quinzaine d’analystes suivent officiellement les activités d’Hexo. Seulement deux d’entre eux ne recommandent pas l’achat du titre. Leur cible moyenne sur un horizon de 12 mois est 10,67 $, alors que le titre a clôturé hier à 9,55 $ à Toronto.

Pour le croire quand il soutient qu’Hexo est sous-évaluée, il faut d’abord accepter que le marché total mondial du cannabis (médical, récréatif et marché noir) atteint 300 milliards.

« Beaucoup de gens ne l’acceptent pas, mais il y en a de moins en moins qui ne l’acceptent pas », dit-il.

Si les entreprises de l’industrie valent 100 milliards aujourd’hui et que le marché atteint 300 milliards, le multiple appliqué aux ventes est de 0,3. « C’est rien, dit Sébastien St-Louis. Dans n’importe quelle autre industrie de produits, un multiple de trois fois ou quatre fois les ventes est quelque chose de très raisonnable et conservateur dans un marché non explosif. »

Encore beaucoup d’argent à venir

Un autre facteur appelé à soutenir les titres du secteur, selon lui, est l’argent institutionnel. « Le vrai argent n’est pas rentré. » Environ 90 % de l’actionnariat Hexo est composé de petits investisseurs.

« Les grands fonds n’ont pas le choix. Au fur et à mesure que les titres de cannabis seront ajoutés aux principaux indices boursiers, ils devront suivre. »

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Pour Sébastien St-Louis, le titre d'Hexo est loin d'être surévalué : « On s’attend à boucler 2020 avec un chiffre d’affaires de 400 millions. Applique un multiple [d’évaluation] de 10 fois pour une industrie en hypercroissance, le titre semble encore bon marché. »

Ce dont les investisseurs doivent se méfier, souligne-t-il, c’est que 80 % des entreprises de cannabis sont surévaluées et en danger de faire faillite d’ici deux ans. « Elles sont arrivées trop tard et n’ont pas les infrastructures pour être compétitives. Nous avons tous sous-estimé l’ampleur des infrastructures nécessaires pour arriver à livrer les produits (huile, vaporisateur, poudre, etc.). »

La question est de savoir qui sont les Pets.com et les Amazon en devenir, dit Sébastien St-Louis.

« Si tu identifies le prochain Amazon, tu l’achètes à un multiple de 0,3 fois les ventes de son industrie. Tu vas faire tellement d’argent. C’est une bulle agrégée, mais il y a trois ou quatre entreprises complètement sous-évaluées dans le groupe face à l’opportunité à saisir », dit-il.

Miser sur la R&D

« Hexo a une des meilleures chances, avec Canopy, de devenir une des trois ou quatre grandes entreprises mondiales de 100 milliards et plus dans le secteur », selon Sébastien St-Louis.

Pour y parvenir, il mise beaucoup sur la recherche et développement (R&D), afin d’avoir les meilleurs produits possible. « On a plus de 20 scientifiques en R&D. Et nous en aurons plus d’une centaine d’ici 12 mois. » Ces gens travaillent avec des molécules qui pourraient mener, par exemple, à la création d’un produit pour aider à réduire l’appétit.

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Une serre de l'entreprise Hexo, à Gatineau

Hexo aspire à détenir la meilleure technologie en matière de constance dans la rapidité à laquelle les produits font effet ainsi que la durée de l’effet. « Ce que j’essaie de faire, c’est un peu l’Intel Inside du cannabis. » Il affirme vouloir faire des acquisitions et soutient avoir trouvé plusieurs cibles. Il aimerait notamment acheter une entreprise strictement technologique pour appliquer l’expertise au cannabis. « Ce qu’on regarde en ce moment est très axé propriété intellectuelle. »

Croissance mondiale

S’il entend poursuivre sa stratégie de croissance internationale à court terme avec une coentreprise en Grèce, il a les yeux rivés sur les États-Unis, d’où travaillera son prochain chef des finances. Une embauche qui sera bientôt annoncée. 

« Pour faire passer la valeur d’Hexo de 2 à 100 milliards de dollars, c’est clair qu’on a besoin des États-Unis. » 

— Sébastien St-Louis

L’entrepreneur entend aussi boucler quatre autres partenariats semblables à celui annoncé l’an passé avec Molson pour produire des boissons comestibles (p. ex. Nestlé, Mondelez, Keurig), des vapoteuses (p. ex. Philip Morris, Altria, Imperial), des produits de beauté (p. ex. L’Oréal, Estée Lauder, Unilever, Procter & Gamble) et des produits de santé et bien-être (p. ex. Johnson & Johnson, Pfizer, Novartis, Sanofi).

« L’idée est d’insérer la technologie d’Hexo dans leurs produits pour ensuite les vendre en magasin. »

Pour Sébastien St-Louis, il ne fait aucun doute que les grandes entreprises de biens de consommation courants doivent trouver une façon d’entrer dans le marché du cannabis pour faire mousser leurs revenus. Mais boucler un partenariat n’est pas nécessairement ce qui se produira.

« Si, demain, une grande compagnie de tabac offre 20 milliards pour Hexo, je n’ai pas le choix. Je dois créer de la valeur pour mes actionnaires. Ce n’est pas ce que je veux faire. J’aimerais avoir le privilège de gérer cette entreprise pour les 15 prochaines années. »

5 milliards dans cinq ans

Si Hexo demeure indépendante et parvient à s’entendre avec cinq grands partenaires, Sébastien St-Louis voit Hexo devenir une entreprise de technologies et de marques.

« On n’aura plus besoin de faire pousser notre cannabis nous-mêmes. La transformation va se faire avec la technologie d’Hexo. Vous verrez “Powered by Hexo” sur les produits », dit-il.

« Mon objectif est d’amener Hexo à être une Fortune 500 et une des trois plus grosses compagnies de cannabis sur la planète d’ici 10 ans. J’ai mis au défi mon équipe exécutive de livrer 5 milliards de revenus dans cinq ans. »

Sébastien St-Louis pense même que, dans 10 ans, Hexo pourrait défendre des marges brutes de 50 % et un chiffre d’affaires de 30 milliards.

« Si on tend vers 20 % de parts de marché au Canada, peut-on aller chercher 10 % d’un marché mondial de 300 milliards ? Il y a une véritable probabilité qu’Hexo se rende là. »

Hexo en bref

Année de fondation : 2013

Siège social : Gatineau

Président fondateur : Sébastien St-Louis

Activités : producteur de pot et fournisseur privilégié de la SQDC

Nombre d’employés : 850

Chiffre d’affaires attendu l’an prochain : 400 millions

Valeur boursière : 2 milliards