(Montréal) L’action du Groupe SNC-Lavalin a atteint son plus bas niveau en 10 ans jeudi, après que la société a annoncé son intention de mettre fin à ses activités dans 15 pays et affiché une perte de 17 millions pour son dernier trimestre.

Christopher Reynolds La Presse canadienne

Le titre a clôturé en baisse de 4,98 $, ou 13,13 %, à 28,97 $ à la Bourse de Toronto.

« Nous cesserons de soumissionner sur certains projets, certainement dans le secteur minier », a affirmé le chef de la direction, Neil Bruce. « Nous n’allons pas continuer — en fait, nous avons déjà cessé — de soumissionner sur des projets purement forfaitaires d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction. »

Les soumissions à prix fixe pour les infrastructures et le pétrole et le gaz se poursuivront, mais seulement dans les « régions de base », a-t-il précisé. SNC-Lavalin est fermement ancrée dans les secteurs de la construction et de l’ingénierie, l’exposant à des marges potentiellement plus élevées, mais également aux dépassements de coûts et aux contrats à prix forfaitaire qui peuvent nuire au secteur de la construction.

M. Bruce a refusé de préciser quels pays la société quitterait, mais a indiqué que leurs revenus totaux s’élevaient à environ 85 millions sans « plan de croissance à long terme ». Cette retraite signifie que SNC se retirera d’entre 25 % et 30 % des quelque 50 États et plus où elle est active.

Le géant de l’ingénierie et de la construction espère également économiser 250 millions par an grâce à une refonte organisationnelle qui regroupera ses activités pétrolières et gazières et son unité d’exploitation minière, dans le cadre d’un programme de réduction des coûts dirigé par le chef de l’exploitation, Ian Edwards, qui a été nommé fin janvier.

SNC a indiqué que l’un des autres actionnaires de l’Autoroute 407 pourrait exercer son droit de premier refus sur le projet de la société de vendre la majeure partie de sa participation de 16,77 % dans l’exploitant d’autoroute à péage pour 3,25 milliards, une opération qui pourrait être finalisée avant la fin juin.

Si cela se produit, SNC devra alors verser à OMERS — le régime de retraite qui devrait lui racheter une participation de 10,01 % du capital de 407 International — une indemnité de rupture correspondant à 2,5 % du prix d’achat, soit environ 75 millions, a observé l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marché des capitaux.

« Puisque cet actionnaire doit au moins égaler l’offre de 3,25 milliards d’OMERS, le produit net revenant à SNC ne devrait pas changer de façon importante », a ajouté Frédéric Bastien, analyste chez Raymond James.

M. Bruce a refusé de nommer lequel des deux autres propriétaires de l’autoroute à péage — l’espagnole Ferrovial S. A., qui détient une participation de 43,23 %, l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada, avec 40 % — pourrait faire une offre.

Prévisions accueillies avec scepticisme

À la lumière d’un premier trimestre fragile avec des résultats bien en deçà des attentes, les analystes ont accueilli avec scepticisme la confiance affichée par M. Bruce en ce qui a trait aux prévisions de bénéfices de SNC pour 2019.

M. Bastien a estimé que le redressement promis « nous semble irréaliste à première vue ».

« Compte tenu des nombreuses initiatives de réduction des coûts des dernières années, nous trouvons quelque peu surprenant qu’il reste encore tant de gras à éliminer de l’entreprise », a-t-il affirmé.

L’analyste Derek Spronck, de RBC Dominion Valeurs mobilières, a fait remarquer que certains se demanderaient si « SNC-Lavalin sera en mesure d’atteindre les cibles de ses prévisions pour 2019 ».

Yuri Lynk, de Canaccord Genuity, a souligné que l’atteinte de ces objectifs nécessiterait probablement deux « trimestres records » dans la deuxième moitié de l’exercice.

La prévision prévoit un bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements d’entre 900 millions et 950 millions.

Plus tôt cette année, la société a réduit ses prévisions de 2018 deux fois en trois semaines, réduisant ainsi de plus de moitié ses prévisions de bénéfices. Elle a aussi interrompu ses soumissions pour de nouveaux projets miniers alors que se poursuivait une querelle diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite — une source essentielle de revenus pétroliers et gaziers — et que le projet de SNC avec Codelco, la société minière d’État de cuivre du Chili, connaissait des retards. Ce dernier contrat a depuis été annulé par Codelco.

M. Bruce a précisé qu’il était toujours convaincu que la société avait perdu entre 5 milliards et 6 milliards en contrats au cours des cinq à sept dernières années, parce que ses concurrents européens et américains cherchent à « persuader les clients que nous présentions un risque trop élevé », particulièrement en raison des accusations de corruption qui pèsent sur SNC depuis 2015.

Il a dit s’attendre à ce que cette affaire pénale — qui s’appuie sur des accusations pour des faits qui se seraient produits il y a entre sept et 20 ans — perdure encore pendant trois autres années.

SNC-Lavalin a affiché une perte de 17,3 millions, ou 10 cents par action, au plus récent trimestre, ce qui est bien en deçà des attentes des analystes. Ceux-ci misaient sur un bénéfice par action de 34 cents, selon les prévisions recueillies par Thomson Reuters Eikon.

Au même trimestre l’an dernier, le bénéfice avait été de 78,1 millions, ou 44 cents par action.

Les revenus ont totalisé 2,36 milliards, contre 2,43 milliards il y a un an.

Sur une base ajustée, SNC a gagné 21 cents par action au cours du trimestre, contre un bénéfice ajusté de 77 cents par action un an plus tôt.

Les résultats comprennent une perte ajustée de 8 cents dans les activités d’ingénierie et de construction, tandis que les investissements en immobilisations ont rapporté 29 cents par action au dernier trimestre.

Cela se compare à un bénéfice ajusté de 51 cents de l’ingénierie et de la construction il y a un an, alors que le secteur des immobilisations gagnait 36 cents par action.