Déjà au bord du gouffre, CO2 Solutions fait maintenant face à une poursuite de la part d’un fournisseur qui veut récupérer près de 1 million en factures impayées.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Cette tuile arrive alors que l’entreprise cherche activement un acheteur ou de nouvelles sources de financement pour pouvoir poursuivre ses activités.

« On va devoir y répondre », a fait savoir hier Jérémie Lavoie, vice-président et chef de la direction financière de CO2 Solutions, au sujet de la requête déposée par un de ses fournisseurs.

Le Groupe Pro-B, une entreprise de mécanique et de tuyauterie de Trois-Rivières, réclame 999 434,81 $ pour du matériel fourni à CO2 Solutions qui n’a pas été payé.

La petite entreprise de Québec, qui travaille depuis 20 ans sur une technologie de capture du carbone, se trouve face à un mur, alors qu’elle touche au but.

Sa technologie brevetée a été installée avec succès dans une usine de Produits forestiers Résolu, à Saint-Félicien. Elle permet de récupérer le CO2 produit par l’usine de pâte pour que l’entreprise voisine, les Serres Toundra, puisse l’utiliser pour produire des concombres vendus dans tous les supermarchés IGA du Québec.

À peu près en même temps que la poursuite de son fournisseur était déposée en cour, CO2 Solutions apprenait que l’efficacité de cette première unité commerciale de capture du carbone de 30 tonnes par jour avait été validée par une firme indépendante, Tétra Tech.

Ce projet promettait de générer les premiers revenus de l’histoire de CO2 Solutions. Mais l’entreprise « est aux limites de ses ressources », indique Jérémie Lavoie.

« Je peux vous dire que c’est une source de grande frustration », ajoute-t-il.

Selon lui, l’entreprise a fait ce qu’elle a pu avec les ressources qu’elle avait, mais elle est maintenant incapable de franchir seule les prochaines étapes de la commercialisation de sa technologie.

Elle travaille actuellement avec EY pour sortir de l’impasse. « Il y a des expressions d’intérêt », a indiqué M. Lavoie.

En attendant les résultats de ces démarches, CO2 Solutions a cessé ses activités et réduit son effectif de 25 à 15 personnes.

À défaut de pouvoir continuer, CO2 Solutions souhaiterait que sa technologie survive, et aussi qu’elle reste au Québec.

Plus de 80 millions ont été investis dans CO2 Solutions depuis 20 ans, en majorité des fonds publics. Elle a aussi l’appui de partenaires d’envergure comme Suncor et Total. L’action de l’entreprise s’échange à la Bourse de croissance de Vancouver, où elle valait hier 5 cents.

Les technologies de capture du carbone ont beaucoup de potentiel, mais celle de CO2 Solutions est peut-être arrivée trop tôt pour le marché, estime son vice-président. « Actuellement, ça coûte moins cher d’acheter des crédits de carbone que d’investir dans une technologie de capture et de réutilisation du CO2 », explique-t-il.

— Avec Isabelle Ducas, La Presse