Le géant américain du commerce en ligne Amazon a séduit les investisseurs jeudi en montrant qu'il est de plus en plus rentable, notamment grâce à la diversification de ses activités, en particulier dans le « cloud », l'informatique en nuage.

Julien Charpentrat AGENCE FRANCE-PRESSE

Si le groupe a mis de nombreuses années à devenir profitable, il doit désormais sa rentabilité en grande partie à sa division « cloud », Amazon Web Services (AWS), qui a vu son chiffre d'affaires bondir de près de 50 %, à 6,1 milliards de dollars, légèrement mieux que prévu en moyenne par les analystes. Le bénéfice opérationnel est quant à lui ressorti à 1,64 milliard de dollars.

C'est désormais la vache à lait du groupe de Seattle. Et Amazon fait figure de mastodonte mondial dans ce secteur très rentable et en plein boom, sur lequel il s'est positionné avant ses concurrents, sous l'impulsion de son patron fondateur Jeff Bezos, devenu il y a peu l'homme le plus riche du monde - et de l'histoire moderne - à la faveur de la hausse de l'action.

Aux côtés d'Apple, qui mène la course en tête pour l'instant, Amazon fait partie des groupes qui s'approchent du seuil de 1000 milliards de dollars de valorisation boursière. Il a fini la séance de jeudi à 877,3 milliards de dollars.

Il fait quasiment jeu égal avec Alphabet, la maison mère de Google, très présent dans le « cloud » lui aussi, qui a fini à 882 milliards de capitalisations boursières.

Le titre Amazon a encore augmenté dans les échanges électroniques suivant la clôture de la séance à Wall Street. Vers 23h25 GMT (19h25 HE), il progressait de 3,21 %, à 1866 dollars.

Il avait fini la séance officielle en repli de près de 3 %, dans un marché emporté notamment par la dégringolade de Facebook, qui a plongé de 19 %, réduisant en fumée environ 120 milliards de dollars de capitalisation boursière.

« Malgré sa taille énorme et sa croissance déjà forte ces derniers temps, Amazon n'a pas eu de difficultés pour publier de nouveaux bons chiffres », a estimé Neil Saunders, analyste chez GlobalData.

Selon lui, Amazon « innove et essaie de nouvelles choses comme aucun autre distributeur ne le fait (...) Cette créativité obstinée est la raison principale pour laquelle il a toujours plusieurs longueurs d'avance sur le marché et qu'il est capable de connaître une croissance aussi forte », a-t-il ajouté dans une note.

En outre, le directeur financier Brian Olsavsky a indiqué pendant une conférence téléphonique que le groupe a aussi été aidé par la publicité, autre activité rentable d'Amazon méconnue du grand public.

Autre signe de sa diversification, il a racheté l'an dernier la chaîne de supermarchés américains bio Whole Foods.

Bénéfice multiplié par 12

Les résultats d'Amazon publiés jeudi étaient pourtant apparemment en demi-teinte.

Si son bénéfice a été multiplié par 12, à 2,5 milliards de dollars, cela s'explique par une base de comparaison favorable par rapport au deuxième trimestre de l'an dernier, grevé par des dépréciations d'actifs qui avaient fait plonger le bénéfice net.

Mais le bénéfice ajusté, référence en Amérique du Nord, est ressorti à 5,07 dollars par action, deux fois plus que prévu par les marchés, un signal apprécié des investisseurs.

En revanche, son chiffre d'affaires, à 52,9 milliards de dollars (+39 %), s'est avéré inférieur aux prévisions des analystes.

En outre, le groupe, invoquant des effets de change défavorables à venir, a livré des prévisions en dessous des attentes pour le troisième trimestre, tablant sur un chiffre d'affaires situé entre 54 et 57,5 milliards, quand les marchés anticipent plutôt 58 milliards de dollars. Mais il prévoit un solide bénéfice opérationnel situé entre 1,4 milliard et 2,4 milliards.

Enfin, Amazon fait face, notamment en Europe, à la fronde d'employés de ses centres logistiques. Le 17 juillet, des milliers d'employés étaient en grève en Espagne et en Allemagne pour protester contre leurs conditions de travail, réputées difficiles en raison d'exigences de cadence très rapide, selon les syndicats.