Privatiser les aéroports canadiens n'améliorerait pas leur niveau de productivité, conclut une étude de HEC Montréal, qui a analysé la performance de 206 installations publiques et privées dans le monde.

PIERRE-ANDRÉ NORMANDIN LA PRESSE

La privatisation des aéroports gagne du terrain dans le monde, particulièrement en Europe, où 41 % des installations ont été en partie ou totalement cédées au privé. Au Canada, le gouvernement de Justin Trudeau a envisagé en début de mandat la privatisation des huit principaux aéroports canadiens, mais y a finalement renoncé au printemps 2018.

« Même si le ministre des Transports ne s'est pas montré très chaud, c'est un dossier qui risque de revenir », prédit Jacques Roy, professeur en gestion des transports à HEC Montréal.

Ce dernier a donc mené une étude avec le Centre sur la productivité et la prospérité afin d'évaluer si la privatisation des aéroports avait contribué à améliorer leur performance. Dans son étude rendue publique aujourd'hui, le chercheur s'est basé sur les données de l'Air Transport Research Society (ATRS), qui compare les performances de 206 aéroports dans le monde.

La société publique gérant l'aéroport d'Amsterdam aux Pays-Bas, Schipol, se démarque comme la plus performante parmi les 15 principaux groupes aéroportuaires d'Europe, suivie de deux entreprises privées. En analysant le classement, Jacques Roy constate qu'aucun modèle, public, mixte ou privé, ne domine. « Difficile de conclure qu'un type de gouvernance se distingue clairement des autres au chapitre de la performance », écrit le professeur.

Jacques Roy note que cette méthodologie présente certaines limites. Les données ne tiennent pas compte des investissements dans l'entretien des infrastructures ou le niveau de satisfaction des passagers.

La privatisation est souvent présentée comme une façon pour les gouvernements de refiler au privé la facture pour améliorer les installations aéroportuaires. On prévoit que le trafic aérien devrait doubler d'ici 2037, ce qui exigera d'importants investissements pour augmenter la capacité des aéroports. « 2037, c'est demain en termes d'infrastructures », souligne Jacques Roy.

La vague de privatisations a débuté en 1987 lorsque sept aéroports britanniques, dont les trois desservant Londres, ont été cédés au privé. Depuis, le privé joue un rôle de plus en plus important. Les 40 principaux groupes mondiaux ont généré des revenus de 39 milliards US en 2016.

Pour les aéroports publics, le chercheur note que 78 % d'entre eux ont été confiés à une société bénéficiant d'une certaine indépendance, comme ceux au Canada, dont Aéroports de Montréal (ADM). Quant aux 22 % d'aéroports publics directement gérés par les gouvernements, il s'agit essentiellement d'infrastructures de taille modeste, jugées moins rentables et donc moins propices à une privatisation.

L'analyse de Jacques Roy place Vancouver en tête de liste parmi les 20 aéroports les plus performants en Amérique du Nord, tandis que Montréal se classe 16e. Le chercheur estime toutefois que cette performance montréalaise pourrait s'expliquer par le fait qu'Aéroports de Montréal (ADM) gère deux installations, soit Montréal-Trudeau et Mirabel.