Une improbable admission faite par Embraer vendredi dernier, jour même de la clôture de la preuve auprès des autorités américaines, pourrait-elle représenter le coup de théâtre ultime qui viendra donner raison à Bombardier contre Boeing?

Jean-François Codère LA PRESSE

Le géant canadien a déposé mardi auprès de la Commission sur le commerce international (ITC) américaine une requête de dernière minute pour faire ajouter au dossier un article de la publication spécialisée FlightGlobal dans lequel Embraer se félicite de l'augmentation de 2850 à 2900 miles nautiques de son E190-E2, un concurrent de la CSeries. 

L'augmentation, banale à première vue, pourrait être capitale dans le dossier qui oppose Bombardier à Boeing. C'est que dans sa plainte auprès des autorités américaines, Boeing a défini le segment de marché où elle était affectée comme étant celui des avions de 100 à 150 places disposant d'une portée minimale de 2900 miles nautiques.

Depuis le début, ce dernier critère semble directement destiné à exclure les avions d'Embraer de la comparaison, qui plafonnaient à 2850 miles nautiques.

«Au mieux, écrivaient les avocats de Bombardier dans un document récent, il s'agissait d'une ruse pour donner au 737 l'apparence d'être plus en concurrence avec le C Series qu'il ne l'est réellement. 

«Mais nous savons maintenant que Boeing avait un autre incitatif. Boeing cherche à acquérir Embraer [...]. Si Boeing pouvait convaincre la Commission que les plus gros avions E-jets d'Embraer ne servent pas les mêmes segments de marché que la C Series [...], les E-jets auraient un accès clair et non encombré aux acheteurs potentiels d'avions de 100 à 150 places aux États-Unis, pendant que les C Series importés du Canada seraient sujets à des droits compensatoires et antidumping.»

La mise à jour de la portée de l'E190-E2 a été dévoilée vendredi par Embraer, le jour même où l'ITC cessait d'accepter de nouvelles informations au dossier. Or, selon la requête déposée mardi par Bombardier, elle «place l'E190-E2 directement au coeur de cette enquête».

L'ITC doit déterminer si les subventions «illégales» obtenues par Bombardier et le prix trop faible qu'elle a offert à Delta, tels que déterminés par le Département du Commerce, ont nui à l'industrie américaine, soit essentiellement à Boeing. Cette dernière argue que son plus petit avion commercial, le 737-700, et son éventuel successeur, le 737 MAX 7, qui ne se vendent à peu près plus ou pas, sont des compétiteurs du modèle CS 100 vendu à Delta par Bombardier, ce que rejettent la plupart des analystes.

Ce n'est pas la première fois qu'une information en apparence très pertinente au dossier apparaît à un moment étonnant. Les informations concernant l'intérêt de Boeing pour l'acquisition d'Embraer avaient elles-mêmes été rendues publiques à peine deux jours après la décision finale du Département du Commerce.

La décision finale de l'ITC, qui déterminera si oui ou non seront appliqués les tarifs de 292,21% réclamés par le Département du Commerce, doit être rendue jeudi. Il était encore trop tôt, mardi, pour déterminer si l'ultime requête de Bombardier pourrait repousser cette échéance.