Airbus et Bombardier ont frappé un grand coup face à Boeing en s'alliant dans les appareils moyen-courriers, l'européen complétant sa gamme tandis que le canadien s'allie à un géant présent aux États-Unis en mesure de contourner les droits de douane.

L'accord, qualifié de «gagnant-gagnant pour tout le monde» par le président exécutif d'Airbus Tom Enders, va permettre à l'avionneur européen de prendre pied sans injecter d'argent frais dans le programme moyen-courrier C Series de Bombardier.

Pour le groupe canadien, c'est un soutien crucial apporté à son programme en difficultés qui est en outre visé par des droits et taxes antidumping pouvant atteindre 300% aux États-Unis.

Alors que le marché de l'aéronautique est en pleine consolidation, Airbus prend un coup d'avance sur le groupe de Seattle avec un appareil qui «s'intègre parfaitement» à sa production en y ajoutent le segment moyen-courrier de 100 à 150 places.

«Airbus étend sa gamme en protégeant ses positions par le bas», souligne Philippe Plouvier, directeur associé au Boston Consulting Group.

«Il y a de vraies synergies commerciales et stratégiques pour Airbus dont le futur est de poursuivre son parcours en Asie et de renforcer ses positions en Amérique du Nord».

Sur ce segment des moyens-courriers, où il devance déjà son rival Boeing grâce aux A320neo remotorisés, Airbus pourra se concentrer sur le haut de sa gamme, les moyen-courriers de 180 places et au-delà.

De son côté, Bombardier «a dû se résoudre à l'idée qu'il allait vraiment avoir des difficultés, poursuit Philippe Plouvier. Il y avait un problème de décollage dans le marché. Ils étaient dans une situation sans plus beaucoup d'option, avec en plus Boeing les attaquant».

L'accord, qui offre à Airbus 50,01% des parts dans le programme C Series, tombe à point nommé pour Bombardier qui ne parvient pas à transformer la réussite industrielle de l'appareil en succès commercial. D'autant qu'il ployait sous des coûts de développement presque doublés, à 5,4 milliards de dollars.

Trésor de guerre

«Nombre de clients potentiels du C Series qui auraient aimé acheter l'appareil se sont jusque-là abstenus car ils n'étaient pas tout à fait sûrs de son avenir», selon Tom Enders. «À présent qu'ils savent qu'Airbus devient un partenaire (nous tablons) sur un grand élan commercial» pour le C Series.

«Avec Airbus, nous pouvons déployer totalement le potentiel du C Series», a de son côté estimé Alain Bellemare, le PDG de Bombardier. Selon lui, le monocouloir va profiter de l'expertise d'Airbus en termes de chaine d'approvisionnement, de réseau commercial et de support après-vente. «Nous tablons sur un doublement de la valeur du programme», a-t-il promis.

Pour soutenir les ventes du C Series, Airbus et Bombardier projettent d'installer aux États-Unis une ligne d'assemblage à Mobile (Alabama, Sud) où Airbus est déjà implanté, avec en ligne de mire le marché américain.

Une décision stratégique et tactique alors que le canadien est sous la pression des autorités américaines qui ont imposé, sous la pression de Boeing, des droits de 220% sur ce type d'avions importés sur leur sol, ainsi qu'une taxe antidumping de 80%.

Boeing a dénoncé ce rapprochement qui ressemble à «un accord discutable entre deux compétiteurs dépendant grandement des subventions de l'État pour contourner» les récentes décisions américaines.

«Le fait est que lorsque vous produisez un appareil aux États-Unis, il n'est pas sujet à des taxes d'importations dans le cadre des règles actuelles aux États-Unis», s'est contenté de répondre Alain Bellemare.

Enfin, à un moment où les avionneurs cherchent à améliorer leur rentabilité et en l'absence de nouveau programme d'avion, cette alliance permet aux deux avionneurs de se renforcer face à la consolidation du marché aéronautique en cours chez les équipementiers.

Les avionneurs ont «deux possibilités face aux tiers one (équipementiers de rang un, NDLR), reprend Philippe Plouvier. La première est la "verticalisation"» en prenant des positions industrielles dans les équipements. La deuxième est de consolider en se regroupant pour préserver le rapport de force».

De plus, relève-t-il, «Airbus ne sort pas d'argent» dans cette opération. Il garde son trésor de guerre pour contrer Boeing s'il lance un nouveau programme».