Air Canada s'est engagée à faire faire l'entretien lourd de ses futurs avions C Series de Bombardier au Québec, mais la maintenance des moteurs de ces appareils sera effectuée aux États-Unis.

Mis à jour le 21 juill. 2016
Sylvain Larocque LA PRESSE

La semaine dernière, pendant le salon aéronautique de Farnborough, en Angleterre, la compagnie aérienne montréalaise a attribué un contrat de 15 ans à Pratt & Whitney pour l'entretien des moteurs des 45 avions C Series commandés en février à Bombardier.

« Collaborer avec Pratt & Whitney pour la maintenance des moteurs nous permet de bénéficier de l'expérience acquise pendant le développement de cette technologie révolutionnaire et nous procure la fiabilité et la prévisibilité à long terme en vue de fournir le meilleur service possible à nos clients », a affirmé dans un communiqué Richard Steer, vice-président responsable de la maintenance et de l'ingénierie chez Air Canada.

Le document ne précise pas l'endroit où le travail sera réalisé, mais à la fin juin, Pratt & Whitney a annoncé un investissement de 65 millions US dans ses installations de Columbus, en Géorgie, afin que celles-ci puissent effectuer l'entretien des moteurs PurePower qui propulsent les familles d'avions C Series et A320neo d'Airbus. Pratt n'a pas répondu aux questions de La Presse. Air Canada a simplement indiqué que le choix du lieu d'entretien était « à la discrétion » du motoriste.

Jean Poirier, qui représente les quelque 1800 ex-travailleurs québécois d'Aveos, rappelle que jusqu'en 2012, la défunte entreprise assurait non seulement la maintenance des cellules (structures) des avions d'Air Canada, mais aussi de leurs moteurs. Il déplore qu'Air Canada ait décidé d'aller en Géorgie pour l'entretien des moteurs des C Series alors que le transporteur a promis, en février, de « collaborer à l'établissement au Québec d'un centre d'excellence dans le domaine de la maintenance des appareils C Series ».

« Ça signifie quoi, l'entente que le gouvernement a signée avec Air Canada si on laisse déjà tomber les moteurs ? »

M. Poirier a souligné que le géant américain Lockheed Martin avait relancé à Montréal une partie des activités de maintenance de moteurs d'Aveos.

« Ce qui est particulièrement payant, c'est l'entretien des moteurs, a pour sa part soutenu David Chartrand, coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes et travailleurs de l'aérospatiale. Si on commence déjà à donner des contrats à l'extérieur, qu'est-ce qui va rester à la fin ? »

LA MINISTRE D'ACCORD

Au cabinet de la ministre québécoise de l'Économie, Dominique Anglade, on ne voit pas de problème dans la décision d'Air Canada. « C'est de plus en plus la norme dans l'industrie de confier l'entretien des moteurs directement au fabricant », a noté Jolyane Pronovost, porte-parole de la ministre, avant d'ajouter que la maintenance des cellules nécessitait « plus de main-d'oeuvre » que celle des moteurs. Mais selon Jean Poirier, à l'époque d'Aveos, les salariés étaient à peu près également répartis entre l'entretien des cellules, des moteurs et des composants.

Plusieurs spécialistes de l'industrie remettent en question la viabilité d'un centre de maintenance établi au Québec qui ne desservirait que les appareils C Series. Pour l'instant, la famille d'avions ne compte que deux clients d'importance en Amérique du Nord, Air Canada et Delta Air Lines, et ce dernier exploite sa propre entreprise d'entretien lourd, l'une des plus importantes du monde.

Les ex-salariés d'Aveos envisagent de mettre sur pied une coopérative de travailleurs qui jouerait le rôle du centre d'excellence de maintenance d'avions C Series promis par Air Canada. Ils doivent présenter leur projet au gouvernement et à la compagnie aérienne plus tard cette année.