Alors que Bombardier n'a pas réussi à recevoir une seule commande pour sa C Series au salon aéronautique de Farnborough, qui a pris fin hier, le vendeur en chef d'Airbus, John Leahy, croit qu'il sera ardu de faire du programme d'avions un succès.

Mis à jour le 15 juill. 2016
Sylvain Larocque LA PRESSE

«Ils ont un joli petit avion, il paraît bien, mais il est très cher, a-t-il déclaré en conférence de presse. Et tout le monde en parle, même Boeing: le marché se déplace vers des avions plus grands et eux, ils sont pris avec un très petit avion. Je pense que la route sera difficile.»

Les avions C Series peuvent transporter de 110 à 150 personnes alors que les gammes A320 d'Airbus et 737 de Boeing ont une capacité de 110 à 240 passagers. M. Leahy n'a pas précisé ce qu'il voulait dire par « très cher », mais on peut penser qu'il faisait référence aux frais d'exploitation par passager, qui sont moindres avec un avion plus grand. Or, Bombardier soutient que ces coûts sont en moyenne 18% moins élevés avec la C Series qu'avec les autres avions monocouloir.

Le dirigeant d'origine américaine rate rarement une occasion de dénigrer ses concurrents. En janvier, avant qu'Air Canada et Delta Air Lines ne passent des commandes pour 120 appareils C Series, il avait estimé qu'il s'agissait d'un avion «orphelin».

Quand La Presse lui a demandé si Airbus regrettait de ne pas avoir acquis une participation dans la C Series quand Bombardier le lui a offert, l'an dernier, il s'est rebiffé.

«On ne peut pas réécrire l'histoire et comme cela se qualifie probablement comme une question financière, je n'ai pas à y répondre.»

Lors d'une rencontre avec des analystes financiers à Farnborough, Patrick Baudis, vice-président au marketing chez Bombardier Avions commerciaux, a reconnu que le principal défi de l'entreprise dans ses discussions avec des clients potentiels était de «défaire» l'idée entretenue par Boeing et Airbus que le segment des avions de 100 à 150 places est un «marché mort», selon ce qu'a rapporté dans une note l'analyste Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux.



Photo SeongJoon Cho, Archives Bloomberg

John Leahy, vendeur en chef chez Airbus.

Doublé par la concurrence

Après un salon du Bourget infructueux l'an dernier, la C Series n'a pas connu un meilleur sort auprès des acheteurs cette année à Farnborough. En revanche, Embraer a reçu des commandes et des engagements pour 25 E-Jets de première et de deuxième génération, des avions qui entrent dans la même catégorie que le CS100, la plus petite version de la C Series. Bombardier s'est à peine consolé en vendant trois avions turbopropulsés Q400 au transporteur torontois Porter Airlines.

De plus, Farnborough a été le théâtre d'une autre mauvaise nouvelle pour Bombardier: Boeing a annoncé son intention d'ajouter 12 sièges au plus petit modèle du 737 Max pour en faire passer la capacité à 138 passagers, ce qui lui permettra de mieux concurrencer le CS300.

Bombardier a promis cette semaine de décrocher d'autres commandes de C Series d'ici la fin de l'année. M. Spracklin croit que l'avionneur réussira à convaincre des transporteurs, y compris des compagnies à faibles coûts, de l'utilité de l'avion pour relier des villes intermédiaires relativement éloignées, comme entend le faire Delta. « Nous croyons que les prochaines commandes se feront à des prix plus élevés », a-t-il écrit en faisant allusion aux contrats déficitaires consentis à Air Canada et à Delta.

«Année difficile»

Ceci dit, tous les avionneurs sont touchés par le ralentissement des commandes, causé en bonne partie par la faiblesse de l'économie mondiale. Selon le Financial Times, la valeur des ententes annoncées à Farnborough a totalisé 61,8 milliards US, soit 42% de moins que les 107 milliards du salon du Bourget l'an dernier.

«Sur le plan des commandes, ce sera une année difficile», a convenu John Leahy. Mais d'après lui, le marché ne fait que marquer une pause de santé. Il a souligné que le transport aérien devrait continuer à croître à un rythme plus élevé que celui de l'économie au cours des prochaines années.

Tant pour Airbus que pour Boeing, le plus important est de maintenir les livraisons à des niveaux élevés, ce que permettent les carnets de commandes bien garnis des deux constructeurs. Ceux-ci prévoient que le nombre d'avions qu'ils vendront cette année sera au moins aussi grand que le nombre d'appareils qui sortiront de leurs usines, soit environ 700.

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Photo ADRIAN DENNIS, Agence France-Presse

Boeing a annoncé son intention d’ajouter 12 sièges au plus petit modèle du 737 Max pour en faire passer la capacité à 138 passagers.

Qatar et Bombardier: c'est fini

L'exploitant de jets d'affaires Qatar Executive a annoncé à Farnborough l'achat de trois biréacteurs G650ER, ce qui fera en sorte de doubler sa flotte de ces appareils construits par l'américain Gulfstream. Akbar Al Baker, président de la société mère de l'entreprise, Qatar Airways, a en outre indiqué qu'elle allait se défaire de ses quatre jets Global de Bombardier. Quant aux trois autres appareils Bombardier de Qatar, des Challenger, ils seront convertis en avions-ambulances. En 2012, M. Al Baker avait évoqué une commande de jets Global 7000 et 8000, actuellement en développement, mais ce projet semble avoir été abandonné.