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L'OACI peut encore quitter Montréal

Le siège de l'OACI, au centre-ville de Montréal.... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Le siège de l'OACI, au centre-ville de Montréal. Même si l'OACI a renouvelé l'accord sur sa présence jusqu'en 2036, rien n'est acquis.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Sylvain Larocque
La Presse

La surprise a été totale quand le Qatar a déposé une offre pour ravir l'OACI (Organisation de l'aviation civile internationale) à Montréal, le 22 avril 2013. Personne ne pouvait concevoir que cette institution spécialisée des Nations unies puisse quitter la métropole même si, en réalité, bien peu de Montréalais connaissaient son existence et encore moins sa raison d'être.

«Je n'ai pas attendu qu'il y ait une réunion du Conseil des ministres, raconte en entrevue à La Presse Affaires le ministre des Affaires étrangères, John Baird. J'ai dit: «C'est la guerre, et on va gagner!» Pour moi, c'était essentiel de garder l'OACI, j'ai travaillé comme si elle était dans ma circonscription!»

Rapidement, de concert avec Québec et la Ville, M. Baird a mis en place l'initiative «Montréal, foyer naturel de l'OACI», une vaste campagne destinée à rallier la communauté internationale à la cause du Canada.

«C'était comme une campagne électorale pour moi, dit le ministre fédéral. On a commencé avec les pays du G20 et on a reçu beaucoup d'appuis. [Le secrétaire d'État américain] John Kerry a été immédiatement avec nous, Laurent Fabius de la France aussi. J'ai commencé à faire des appels partout. Je pense que l'unité entre la province, la Ville et le gouvernement fédéral a beaucoup aidé.»

L'enjeu était de taille. L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) est le seul organe d'envergure des Nations unies présent au Canada. Si l'organisation avait décidé de plier bagage, Montréal aurait perdu son titre de capitale mondiale de l'aviation civile. Elle aurait aussi été dépouillée de son statut de ville onusienne, un privilège dont jouissent à peine une vingtaine de villes dans le monde.

C'était la toute première fois qu'un pays osait déposer une demande écrite pour obtenir le déménagement de l'OACI, et peut-être même d'une institution de l'ONU tout court. En 2011, Singapour avait fait part de son intérêt pour attirer l'OACI sur son territoire, mais aucune offre officielle n'avait été présentée. Dans les couloirs de l'organisation, certains chuchotent que l'Autriche, la Chine et les Émirats arabes unis ont tous déjà caressé le rêve d'installer l'OACI chez eux. Sans oublier l'Allemagne qui, au début des années 90, courtisait l'ONU pour occuper les nombreux édifices fédéraux de Bonn qui allaient devenir vacants avec le rétablissement de la capitale à Berlin.

Il faut aussi rappeler qu'en 2007, Ottawa avait proposé à l'ONU de déplacer son siège de Manhattan au Vieux-Montréal. L'organisation n'avait toutefois montré aucun intérêt pour cet ambitieux projet, préférant rénover ses installations new-yorkaises au coût de 2 milliards US.

Arguments musclés

Dans des notes rédigées à l'intention des diplomates canadiens en vue de leurs rencontres avec leurs homologues étrangers, obtenues en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, Ottawa n'y allait pas de main morte. «Le Canada craint que la proposition du Qatar divise grandement les États membres, puisqu'elle risque de politiser le travail de l'OACI, pouvait-on y lire. L'OACI ne devrait pas devenir un pion dans un jeu d'autopromotion et de gains commerciaux.»

On y soulignait aussi que le Qatar n'avait jamais été élu au conseil de l'OACI et que le déménagement du siège de l'organisation créerait un «précédent indésirable» pour les autres organes de l'ONU. Il a été impossible d'obtenir une entrevue avec un représentant de l'ambassade du Qatar à Ottawa.

En mars 2013, le Canada et l'OACI avaient déjà conclu leurs négociations sur le renouvellement de l'accord de siège jusqu'en 2036. Mais la concurrence inattendue venant de l'émirat de 2 millions d'habitants a contraint le Canada à bonifier sa propre offre. Le gouvernement fédéral a notamment convenu de verser 1,4 million pour moderniser le centre des conférences de l'OACI et de créer un poste d'agent de liaison pour accélérer le traitement des demandes de visa en provenance de l'organisation.

Il faut dire que le Qatar avait mis le paquet dans l'espoir d'attirer l'OACI à Doha. Le pays avait notamment promis de construire un édifice à la fine pointe de la technologie, d'en assumer tous les frais d'entretien et d'exempter d'impôt tous les salariés de l'OACI (à Montréal, seuls les cadres bénéficient de cet avantage).

Chaque année, Ottawa verse une vingtaine de millions pour financer les activités de l'OACI à Montréal. À cela s'ajoute une contribution oscillant entre 1,5 et 2,0 millions provenant de Québec qui permet à l'organisation d'occuper gratuitement des locaux dans la Tour Bell de la rue De La Gauchetière.

Rentable?

Pour le secrétaire général de l'OACI, le Français Raymond Benjamin, le Canada fait une bonne affaire. Il cite une étude menée en 2012 par la firme Secor selon laquelle la plus importante des 62 organisations internationales présentes à Montréal génère chaque année des retombées économiques de 100 millions.

«Pour le Canada, le Québec et Montréal, en dehors des questions de prestige et bla-bla-bla, c'est une affaire extrêmement rentable parce que nous ne sommes pas simplement le Grand Prix de Formule 1 pendant trois jours, affirme M. Benjamin dans ses bureaux surplombant Griffintown et la Rive-Sud. Nous, c'est toute l'année que des délégués viennent ici, qu'il fasse froid, qu'il neige ou qu'il vente.»

Chaque année, l'OACI organise de 15 à 25 conférences internationales et environ la moitié d'entre elles, généralement les plus importantes, se tiennent à Montréal.

En vertu de l'accord conclu l'an dernier avec les trois ordres de gouvernement, l'OACI doit rester à Montréal au moins jusqu'en 2036. Mais comme il ne s'agit pas d'une entente contraignante pour l'organisation, la menace d'un déménagement plane toujours.

«N'importe quel pays dans le monde peut dire, à la prochaine assemblée générale [à l'automne 2016], «moi, je veux abriter l'OACI». C'est prévu à la Convention de Chicago qui nous régit. S'il y a une proposition, il y aura un vote, et si les trois cinquièmes [60% ] des voix se prononcent en faveur, l'OACI bouge», prévient Raymond Benjamin.

Celui-ci ne se gêne pas pour dire que le Canada a longtemps tenu pour acquise la présence de l'OACI à Montréal. Mais il se dit très satisfait des progrès réalisés ces derniers mois, la quasi-totalité des insatisfactions soulevées l'an dernier ayant été réglée.

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LES GAINS OBTENUS PAR L'OACI

L'entente conclue en mars 2013 entre le Canada et l'OACI prévoit les améliorations suivantes:

> L'abolition du loyer de 2,8 millions par année

> La diminution des frais d'entretien

> Une contribution fédérale de 7 millions sur 5 ans pour rénover le siège de l'OACI

Après le dépôt de l'offre du Qatar, le Canada a ajouté:

> Une contribution de 1,4 million pour moderniser le centre des conférences

> Les services d'un agent de liaison de Citoyenneté et Immigration Canada

> L'amélioration des services d'accueil à l'aéroport Trudeau

> De nouvelles places de stationnement réservées aux diplomates dans les rues du centre-ville

> La création d'un comité de suivi composé de représentants d'Ottawa, de Québec, de Montréal et de l'OACI




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