Le secteur aérien devrait réaliser des bénéfices record en 2010 grâce à une embellie économique mondiale, plus particulièrement marquée en Asie, selon l'Association internationale du transport aérien (IATA) qui prévoit en revanche une année 2011 plus morose.

Publié le 14 déc. 2010
Hui Min Neo AGENCE FRANCE-PRESSE

Après une «annus horribilis» en 2009 avec des pertes s'élevant à 9,4 milliards de dollars, l'IATA partait très pessimiste pour l'année en cours.

Mais faisant état d'une reprise économique plus solide que prévue surtout au troisième trimestre, l'association qui représente près de 230 compagnies aériennes assurant 93% du trafic commercial a une nouvelle fois mardi revu à la hausse ses prévisions de bénéfices pour le secteur.

Elle table désormais sur un profit de 15,1 milliards de dollars US contre 8,9 milliards lors de sa dernière estimation en septembre.

«Il s'agit d'un record en dollars», a relevé l'économiste en chef de l'association Brian Pearce lors de la journée annuelle de la presse organisée à Genève.

Ceci représente «certainement une bonne nouvelle pour une industrie» totalement sinistrée depuis plusieurs années, ayant «perdu 51 milliards US entre 2001 et 2009», s'est félicité le patron de l'association, Giovanni Bisignani.

Mais, prévient-il, ces résultats restent fragiles et le secteur toujours confronté à de nombreux défis.

Les recettes de l'aviation ne devraient ainsi atteindre cette année que 565 milliards US, ne permettant de dégager qu'une marge de 2,7%, a-t-il poursuivi.

«Si les compagnies aériennes étaient des organisations caritatives, ce serait un résultat formidable. Mais dans les affaires, cela signifie clairement que nous restons un secteur malade», a estimé M. Bisignani, annonçant d'ores et déjà que «la reprise va faire une pause en 2011».

De fait, selon les estimations de l'IATA, les profits devraient baisser l'année prochaine à 9,1 milliards US en raison de «conditions plus difficiles».

Plusieurs facteurs viennent assombrir le ciel du secteur, à commencer par les prix élevés du pétrole qui devraient évoluer autour de 84$US par baril en moyenne contre 79$US cette année.

La lenteur de la reprise en Europe dont les gouvernements sont lourdement endettés va également, selon l'IATA, peser sur le secteur.

«Nous allons assister à une croissance économique au ralenti en Europe qui va clairement représenter un environnement plus difficile sur la croissance des recettes» du transport aérien, a poursuivi M. Pearce.

Déjà cette année, l'Europe a déçu avec un résultat net de 400 millions de dollars US, ce qui ne représente «que des cacahouètes» pour la région, selon M. Bisignani qui explique: le secteur de l'aviation européen a 13 fois la taille de l'africain mais ne réalise des profits que 4 fois supérieurs.

Pour 2011, la région devrait faire encore moins bien avec 100 millions de dollars.

L'IATA qui constate que la crise a accentué «le déplacement du centre de gravité de l'industrie vers l'Est» regarde en revanche avec espoir du côté de l'Asie qui offre désormais les plus importantes perspectives de croissance.

L'association relève ainsi que les bénéfices de cette région, les meilleurs qu'elle ait jamais connus (7,7 milliards US), devraient compter pour plus de la moitié des résultats globaux de 2010 grâce notamment au dynamisme chinois où une classe moyenne commence à s'affirmer.

Pour preuve, Air China est devenue la première compagnie aérienne au monde avec une capitalisation de 20 milliards de dollars US, suivie par Singapour Airlines (14 milliards US) et Cathay Pacific (12 milliards US) qui ont détrôné les géants occidentaux tels Delta Airlines ou Lufthansa.