Embraer a volé la vedette à Bombardier hier au Salon aéronautique de Farnborough avec des commandes imposantes.

Marie Tison LA PRESSE

L'avionneur montréalais n'a cependant pas dit son dernier mot et devrait enfin annoncer ce matin une commande significative pour la CSeries. Qatar Airways, qui est en négociations intenses avec Bombardier depuis des mois, a convoqué une nouvelle conférence de presse pour aujourd'hui.

L'avionneur montréalais a quand même profité de la journée d'hier pour remplumer son carnet de commandes. La société suisse VistaJet a passé une commande pour six avions d'affaires de Bombardier, soit quatre avions de grand luxe Global Express et deux appareils Challenger, une transaction qui devrait atteindre 277 millions US selon les prix au catalogue.

Bombardier a également inscrit à son carnet des commandes quatre appareils Global Express pour des clients établis en Russie, pour un total de 213 millions US.

«Les dernières années ont été difficiles dans l'aviation d'affaires, a déclaré le président de Bombardier Avions d'affaires, Steve Ridolfi. Nous commençons à voir une amélioration.»

Après avoir perdu plus de 6% lundi, l'action de Bombardier s'est reprise hier avec un gain de 4,97%, à 4,65$, à la Bourse de Toronto.

Une gigantesque commande dans le domaine de l'aviation commerciale annoncée par Embraer a toutefois fait de l'ombre à Bombardier.

Le transporteur britannique Flybe a commandé 35 biréacteurs régionaux E175, une transaction d'une valeur de 1,3 milliard US selon le prix au catalogue. Cette commande est assortie d'options et de droits d'achat pour 105 appareils de plus, ce qui porterait la commande à 5 milliards US.

«Nous avons considéré d'autres appareils, mais nous avions déjà des E175 et nous en sommes très satisfaits, a déclaré à La Presse Affaires le président et chef de la direction de Flybe, Jim French. La cabine est de grande dimension, tout comme les compartiments pour les bagages. Alors que nous voulons faire progresser Flybe en Europe continentale, ce sont des facteurs importants.»

Flybe exploite également des appareils turbopropulsés de Bombardier, des Q400. M. French a indiqué que Flybe pourrait renvoyer certains de ces appareils aux locateurs à la fin de leurs baux pour répondre aux besoins du marché.

«Mais nous pourrions aussi prolonger ces baux, a-t-il ajouté. Nous n'avons pas encore pris de décision.»

Il a indiqué que Flybe ne considérait pas pour l'instant la CSeries de Bombardier, ces appareils étant trop grands pour les besoins actuels. Dans l'avenir, le transporteur pourrait examiner cet appareil, mais il serait également intéressé à voir ce qu'Embraer pourrait proposer dans cette catégorie.

Le président d'Embraer réplique

«Je suis certain qu'Embraer réévalue la taille de ses appareils», a déclaré M. French.

Le président et chef de la direction d'Embraer, Frederico Fleury Curado, a toutefois indiqué que l'avionneur ne prendra pas de décision à ce sujet avant la fin de l'année. Il prendra en considération la CSeries, mais aussi les intentions de Boeing et d'Airbus en ce qui concerne leurs appareils à fuselage étroit, les 737 et les A320.

«Même si nous ne sommes pas directement en concurrence avec eux, ils sont à la marge de notre marché, a-t-il déclaré. Ce qu'ils font est donc important pour nous.»

Dans le passé, M. Curado avait indiqué que la disponibilité de nouveaux moteurs plus performants jouerait un rôle dans cette décision.

«Depuis, Pratt&Whitney a récolté des données à partir d'un grand nombre d'essais au sol et d'essais en vol sur la turbo soufflante à réducteur, qui valident ce que le motoriste avait dit qu'il ferait, a déclaré le grand patron d'Embraer. Il est évident que ce nouveau moteur gagne du terrain.»

Embraer a également annoncé hier que la nouvelle entreprise de location d'avions de Steven Udvar-Hazy, Air Lease, avait signé une lettre d'intention pour l'acquisition de 15 E190.

M. Udvar-Hazy a littéralement lancé l'industrie de la location d'avions à long terme avec International Lease Financing Corporation (ILFC), entreprise qui vivote depuis que sa société mère, AIG, a été prise dans la tourmente de la crise financière. ILFC s'était montrée intéressée à la CSeries.

Le président de Bombardier Aéronautique, Guy Hachey, a indiqué à La Presse Affaires que des gens de Bombardier devaient rencontrer des représentants d'Air Lease à Farnborough.

ATR, grand concurrent de Bombardier dans le domaine des avions turbopropulsés, a également annoncé hier qu'Air Lease avait commandé 10 appareils ATR 72-600. Le transporteur brésilien Azul a aussi commandé 20 appareils ATR 72-600, d'une valeur de 290 millions US selon le prix de détail.