C'est le retour à la case départ. La Société de transport de Montréal (STM) lancera l'automne prochain un nouvel appel d'offres pour le remplacement des voitures du métro de Montréal.

Marie Tison LA PRESSE

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Ce nouveau processus devrait entraîner un délai supplémentaire d'un an pour le remplacement des voitures. Les usagers du métro ne mettront probablement pas le pied dans ces nouvelles voitures avant 2014. Or, la STM admet elle-même que ses wagons ont déjà dépassé leur vie utile. Elle a fait savoir mardi qu'elle allait tout faire pour accélérer le processus mais qu'il fallait quand même donner aux intéressés temps de soumissionner.

Le consortium Alstom-Bombardier, qui avait conclu au mois de décembre une entente avec la STM après huit mois de négociations intenses, devra reprendre tout le travail.

Seul le constructeur espagnol CAF (Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles) s'est réjoui de la nouvelle.

Le premier appel d'offres de la STM, en juillet 2008, portait sur le remplacement des 342 voitures MR-63 du métro de Montréal, mais un seul consortium a présenté une proposition, Alstom-Bombardier. Or, cette proposition ne respectait pas plusieurs critères de l'appel d'offres et exigeait un prix beaucoup plus élevé que ce qu'attendait la STM.

La société a entrepris des négociations de gré à gré avec le consortium avec l'autorisation du ministère des Affaires municipales. Selon des documents rendus publics par la STM mardi, le consortium a affirmé qu'il ne pouvait réduire le prix de façon substantielle que si la commande était plus importante.

La STM et le consortium ont fini par s'entendre sur une commande de 765 voitures, avec une option sur 288 voitures supplémentaires. Mais comme il s'agissait d'un changement majeur au contrat, la STM a dû lancer un avis international pour sonder l'intérêt d'autres constructeurs. CAF s'est effectivement montré intéressé.

Mardi, le conseil d'administration de la STM s'est penché sur l'expression d'intérêt de CAF. Se basant sur les analyses des experts internes de la STM et de la firme Hatch Mott MacDonald, le conseil a conclu que CAF avait les capacités nécessaires pour réaliser le projet. Il a donc recommandé à la société de procéder à un nouvel appel d'offres international.

La STM ne pourra pas le faire avant l'automne prochain parce qu'elle doit modifier le document original pour refléter le fait qu'il portera maintenant sur 765 voitures, plus une option pour 288 voitures additionnelles.

Il n'est toutefois pas question de modifier les autres critères : le pourcentage de contenu canadien sera encore de 60% et il faudra toujours assembler les voitures au Canada.

Il devrait s'écouler environ 11 mois entre le lancement de l'appel d'offres et l'adjudication du contrat. La rame prototype devrait être livrée 32 mois après la signature du contrat pour une série de tests. La première rame devrait entrer en service huit mois plus tard.

Ce feuilleton aura coûté plus de 20 millions de dollars à la STM en frais juridiques seulement.

Le gouvernement québécois, qui avait d'abord incité la STM à procéder sans appel d'offres, s'est fait avare de commentaires mardi.

«La STM gère son processus, c'est elle qui a l'expertise pour évaluer la situation, a déclaré Jolyane Pronovost, l'attachée de presse de la ministre des Transports, Julie Boulet. Notre objectif principal, c'est que ça se fasse le plus rapidement possible, que le contenu canadien soit maximisé et que les contribuables québécois paient le juste prix.»

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LES DATES IMPORTANTES

2004

Les voitures du métro de Montréal ont presque 40 ans et trahissent leur âge. La STM veut les remplacer mais n'obtient pas le financement nécessaire du gouvernement.

Juillet 2005

Le ministre Claude Béchard se prononce en faveur de l'attribution de gré à gré du contrat de remplacement des voitures à Bombardier, excluant de ce fait Alstom, le seul autre constructeur mondial de métros sur pneus.

Mai 2006

Le gouvernement du Québec suit l'avis du ministre Béchard et demande à la STM d'entreprendre des négociations avec Bombardier. Québec assumera 75% des coûts du projet, soit 900 millions.

Mai 2007

Alstom demande aux tribunaux d'obliger la STM à lancer un appel d'offres en bonne et due forme.

Janvier 2008

Le juge Joel Silcoff, de la Cour supérieure du Québec, donne raison à Alstom et impose un processus d'appel d'offres, ce qui ajoutera au final un nouveau délai de neuf mois.

Juillet 2008

La STM lance un appel d'offres. On annonce que le contrat devrait être accordé en mars 2009 et que les premières voitures entreront en service en juillet 2012. Le contrat porte sur 342 voitures, soit 38 rames de 9 voitures, et est assorti d'options pour 14 rames supplémentaires, pour une valeur totale de 1,2 milliard de dollars.

Novembre 2008

Alstom et Bombardier annoncent leur intention de présenter une soumission commune.

Septembre 2009

Les négociations entre Québec et Alstom-Bombardier portent maintenant sur 765 voitures, soit plus du double de la commande originale, en plus d'options pour une trentaine de rames supplémentaires au cas où l'on prolongerait le réseau du métro. La commande totale pourrait ainsi passer à plus de 1000 voitures.

Décembre 2009

Une société d'État chinoise, Zhuzhou Electric Locomotive, dit disposer d'une proposition moins coûteuse que celle du consortium Alstom-Bombardier, basée sur des wagons à roues d'acier, et veut faire interrompre les négociations entre le consortium et la STM.

Janvier 2010

La STM lance un avis public international pour faire savoir aux constructeurs que le contrat a changé au cours des discussions avec Alstom-Bombardier. Les constructeurs internationaux ont alors jusqu'au 1er mars pour faire connaître leur intérêt, ce qui pourrait déclencher un nouveau processus d'appel d'offres.

Février 2010

La société espagnole Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF) fait part de son intention de soumissionner.

Mars 2010

La STM rejette l'offre du constructeur chinois Zhuzhou Electric Locomotive de remplacer les pneumatiques du métro par des roues d'acier.

Mai 2010

Bombardier affirme qu'elle devra procéder à des mises à pied si la STM lance un nouvel appel d'offres.

De concert avec Alstom, la société s'adresse à la Cour afin de faire annuler l'avis d'intention international lancé par la STM.

Juillet 2010

La Cour déboute Alstom-Bombardier, et la STM annonce son intention de lancer un nouvel appel d'offres international.