Quand le prix du carburant grimpe, Claude Mongeau est content.

Marie Tison LA PRESSE

Quand les routes sont congestionnées, Claude Mongeau est très content.

Quand les normes environnementales se resserrent, Claude Mongeau est encore plus content.

«Les avantages inhérents du chemin de fer sont de plus en plus visibles», lance le nouveau président et chef de la direction du Canadien National [[|ticker sym='T.CN'|]] au cours de sa première entrevue depuis son arrivée en poste, le premier janvier 2010.

«Nous sommes un mode très efficace, explique-t-il à La Presse Affaires. Nous pouvons transporter une tonne de marchandises sur un kilomètre avec un litre d'essence.»

Le chemin de fer a toujours été extrêmement concurrentiel sur les longues distances, surtout dans le cas de marchandises très lourdes.

Mais plus le prix du carburant augmente, plus le chemin de fer est avantageux par rapport au camionnage sur des distances plus courtes.

Toute l'importance qu'on accorde maintenant à l'environnement favorise également le train.

«Dans un contexte où l'environnement est une préoccupation, un élément d'affaires, où on commence à mettre un prix sur les émissions de carbone, nous arrivons à nous différencier encore davantage.»

M. Mongeau raconte que les atouts et la stratégie du CN lui ont permis de remporter le prix de l'«innovateur de l'année» de Wal-Mart Canada. Le CN cueille les marchandises qui proviennent d'Asie à Prince-Rupert, au nord de la Colombie-Britannique. Cette position nordique permet de raccourcir le trajet qu'effectuent les marchandises en bateau, réduisant ainsi la consommation de pétrole, assez élevée lorsqu'il est question de transport maritime. Les pentes du couloir du CN à travers les Rocheuses sont également les plus favorables de l'industrie.

«Wal-Mart a constaté qu'importer un conteneur d'Asie par Prince-Rupert a un impact positif sur les émissions globales», affirme M. Mongeau.

Le nouveau président doit chausser de grosses pointures. Paul Tellier a redressé les finances de la société ferroviaire, a présidé à sa privatisation et en a fait une entreprise nord-américaine en procédant à d'importantes acquisitions aux États-Unis. Par la suite, Hunter Harrison a implanté un modèle d'affaires qui a révolutionné l'industrie: la programmation de tous les mouvements du chemin de fer, donnant des horaires fixes aux trains.

M. Mongeau a lui-même joué un rôle important dans ces transformations. Il s'est joint au CN en 1994 et a été nommé vice-président de la planification financière et stratégique un an plus tard. En 1997, le Financial Post l'a inclus dans sa liste des 40 principaux dirigeants âgés de moins de 40 ans. M. Mongeau fait plutôt dans la discrétion et la modestie. Il aime bien distribuer des cartes d'affaires qui le présentent comme «Cheminot en formation», et non pas comme président et chef de la direction. Il explique qu'il a suivi une formation de conducteur de train.

«Nous sommes une entreprise de transport, déclare-t-il. Si nous ne comprenons pas le produit, c'est difficile d'exceller. C'est pour cela que nous encourageons les employés à suivre la formation pour être conducteurs ou ingénieurs de locomotive.»

Le cheminot en chef a l'intention de «bâtir sur l'héritage» de ses prédécesseurs et de donner au CN une nouvelle poussée de croissance, tout en mettant l'accent sur le service à la clientèle.

«Nous avons fait énormément de changements, très rapidement, mais pas toujours de façon très délicate, indique M. Mongeau. Il faut regagner le coeur du client, trouver des façons d'ajouter de la flexibilité.»

L'époque des grandes acquisitions fait partie du passé. Il faudra aller chercher la croissance ailleurs.

«Nous avons fait cinq grandes acquisitions en 15 ans, d'une valeur de près de 8 milliards de dollars, rappelle le patron du CN. Il y a actuellement six grands chemins de fer en Amérique du Nord. Une importante acquisition remettrait en question toute la structure de l'industrie.»

«Notre objectif est de prendre le réseau que nous avons, qui est exceptionnel, et de l'utiliser pour servir nos clients et faire croître nos parts de marché.»

M. Mongeau précise que c'est en aidant ses clients à gagner des parts de marché que le CN pourra croître. Un producteur de potasse qui fait de meilleures affaires grâce à l'efficacité des services du CN aura besoin de faire transporter davantage de potasse.

«Il faut occuper le terrain, comme une équipe de rugby», lance-t-il.

En général, le monde des affaires affectionne les analogies sportives, mais peu de dirigeants canadiens utilisent des analogies tirées du monde du rugby.

Même si M. Mongeau n'a jamais joué de ce sport, il conserve dans son bureau un ballon de la célèbre équipe néo-zélandaise des All Blacks.

«C'est un jeu d'équipe, il n'y a pas de quarts-arrière, de joueurs vedettes, déclare-t-il pour expliquer le choix de ce sport comme modèle. Tout le monde doit mettre l'épaule à la roue.»

C'est également un sport qui demande beaucoup de stratégie: il n'est pas possible de faire des passes vers l'avant. Il faut donc se concerter pour avancer sur le terrain.

Le rugby a un autre avantage: on connaît bien peu ce sport au Canada. «Ça me donne une certaine latitude pour utiliser mes analogies.»