La légendaire famille allemande Dornier étudie sérieusement la possibilité d'établir à Saint-Jean-sur-Richelieu ou à Trois-Rivières l'usine d'assemblage d'un avion amphibie.

Marie Tison
Marie Tison LA PRESSE

Elle a toutefois deux autres emplacements dans sa ligne de mire en Floride et en Alabama.

L'usine d'assemblage entraînerait la création de 200 à 250 emplois directs, ainsi que 70 à 75 emplois à Pratt&Whitney Canada (P&WC), qui motorisera l'appareil, le Seastar.

Ce sont d'ailleurs les gens de P&WC qui, lorsqu'ils ont entendu dire que la Dornier Seaplane Company entendait établir son usine d'assemblage en Amérique du Nord, lui ont suggéré d'aller regarder du côté du Québec, a confié Conrado Dornier.

M. Dornier, président du conseil d'administration de Dornier Seaplane Company et petit-fils du fondateur de Dornier Aircraft, Claude Dornier, a rencontré La Presse Affaires à l'intérieur d'un des deux seuls prototypes du Seastar hier, à l'occasion du 48e congrès annuel de la Canadian Business Aviation Association, à Montréal.

L'appareil a un aspect bien particulier: les deux turbopropulseurs sont montés dos à dos au centre d'une aile surélevée, fixée au-dessus de la cabine au moyen de quatre pylônes. Si on regarde un peu trop rapidement, on a l'impression qu'il s'agit de deux avions montés l'un sur l'autre.

L'appareil a été certifié au début des années 90 aux États-Unis et en Europe, mais il n'a jamais pris son envol. La famille Dornier, active dans le milieu de l'aéronautique depuis le début du 20e siècle, a investi 150 millions US afin de relancer le projet.

Un marché intéressant

M. Dornier a expliqué que l'entreprise familiale voulait assembler son appareil en Amérique du Nord pour se rapprocher de son principal marché et pour limiter ses risques face aux fluctuations de l'euro.

Dornier Seaplane Company estime que l'Amérique du Nord représentera les deux tiers de son marché. À lui seul, le Canada devrait en représenter 40%, en raison des nombreux plans d'eau qu'on y trouve, mais aussi en raison de l'attitude positive qu'on y trouve vis-à-vis des avions amphibies et les hydravions.

La version «affaires» du Seastar pourra desservir les clients fortunés qui veulent se déplacer au chalet ou auprès de leur yacht. Une version «navette» pourra transporter une douzaine de passagers. Une troisième version pourra être utilisée par les gouvernements pour transporter des blessés ou surveiller les côtes.

L'appareil, qui coûtera 6 millions US, fait déjà l'objet de 25 commandes. Dornier Seaplane Company entend commencer la production d'ici 24 mois. L'entreprise devrait choisir l'emplacement d'une usine d'assemblage cet été au plus tard.

«Nous voulons un emplacement qui soit accessible aux clients et aux fournisseurs, qui dispose d'une main-d'oeuvre qualifiée et qui ait un accès à un plan d'eau», a indiqué M. Dornier.

Il a rencontré des représentants du gouvernement du Québec, qui lui ont fait valoir les attraits de la province.

«Il faut une main-d'oeuvre de qualité pour produire des produits de qualité, a déclaré M. Dornier. Le Québec est reconnu pour cela. Tout comme son gouvernement est reconnu pour son appui à l'industrie.»

M. Dornier a également visité Saint-Jean-sur-Richelieu et Trois-Rivières et rencontré les intervenants locaux. À la fin de l'entrevue avec La Presse Affaires, une joyeuse délégation de Saint-Jean-sur-Richelieu s'est d'ailleurs amenée inopinément dans le Seastar pour l'examiner sous toutes ses coutures.

«Si ça venait à s'installer chez nous, ce serait bien», a déclaré le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, prenant place sur le siège du copilote pour voir de plus près les multiples boutons et manettes de la cabine de pilotage.

Une petite entreprise américaine veut également construire à Saint-Jean-sur-Richelieu un petit avion amphibie, le Seawind, un appareil à quatre places de 400 000$.

M. Dornier a indiqué que les deux appareils n'entraient pas en concurrence puisqu'ils visaient des marchés différents.

«Ce sont des avions complémentaires», a-t-il affirmé.