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Pourquoi pas?

La ZENN, une voiture électrique à basse vitesse... (Photo: Alain Roberge, Archives La Presse)

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La ZENN, une voiture électrique à basse vitesse assemblée à Saint-Jérôme.

Photo: Alain Roberge, Archives La Presse

Hélène Baril

L'industrie de l'automobile est en train de se réinventer. Le prix du pétrole fait une pause en attendant de retourner à des niveaux stratosphériques. La planète étouffe dans les émissions des 825 millions de véhicules qui roulent sur les routes du monde. L'ère de la voiture électrique commence. Y aura-t-il une place pour le Québec dans cette nouvelle industrie?

Les Québécois, chefs de file de la voiture verte? L'idée plaît à Patrice Jalette, professeur à l'Université de Montréal et membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail.

 

«Pourquoi pas? dit-il. C'est en plein le temps pour ce genre de projet.» Le Québec pourrait profiter de la crise actuelle pour se positionner dans une industrie promise à un brillant avenir, selon lui.

La condition essentielle de la réussite est de «partir de nos capacités et notre expertise», précise-t-il.

En plus de l'électricité, le Québec a de l'expertise dans les piles, grâce à Institut de recherche d'Hydro-Québec qui travaille depuis des années sur ce filon et qui a fait des petits (voir autre texte). Il a des centres de recherche et des ingénieurs. Il produit de l'aluminium, un métal recyclable fabriqué avec de l'énergie renouvelable qui est de plus en plus utilisé dans la fabrication de voitures.

Tout ceci «est susceptible d'attirer les entreprises, croit le professeur. On a peut-être une longueur d'avance».

Il faut bien sûr faire valoir ces atouts. Partout dans le monde, les pays utilisent des incitatifs financiers et fiscaux pour attirer les investissements. Ce qui fait la différence, ce n'est pas le carnet de chèques, c'est le leadership et la vision à long terme, explique-t-il.

Patrice Jalette ne croit pas qu'il faut se laisser décourager par l'expérience passée avec les constructeurs automobiles (GM et Hyundai). Ni par l'objection souvent entendue que le Québec est un trop petit marché. Quand on a comme nous un accès au marché américain, on ne peut pas se considérer comme un petit marché, estime-t-il.

Autre avantage: les constructeurs de voitures électriques qui veulent vendre leurs voitures à ceux qui se soucient de l'environnement peuvent apprécier que leur produit soit entièrement construit avec de l'énergie verte. «De plus en plus, l'ensemble du processus de fabrication est pris en compte par les consommateurs et pas seulement le produit fini.»

Comment en effet vendre une voiture verte construite en Chine avec du charbon ou aux États-Unis avec du gaz naturel ou du charbon?

Cette préoccupation croissante pour l'ensemble du processus, ou l'empreinte environnementale d'un produit, pourrait avantager le Québec.

Alors par où commencer? Il faut penser autrement, suggère le professeur. Attirer un constructeur de voiture électrique peut se faire sans dépenser des tonnes d'argent public.

Ça pourrait ne rien coûter du tout, croit pour sa part Sylvain Castonguay, ingénieur et directeur technique du Centre national du transport avancé de Saint-Jérôme.

Selon lui, il est possible de concevoir une industrie du véhicule électrique en taxant les grosses cylindrées et en utilisant le produit de cette taxe pour attirer les entreprises.

Volonté politique

La volonté politique et l'engagement à long terme peuvent faire plus que l'argent pour atteindre ce genre d'objectif, croit Sylvain Castonguay.

Par exemple, les crédits d'impôt accordés dans le dernier budget du Québec à ceux qui feront l'achat d'un véhicule hybride ou électrique sont un signe positif, à condition d'assurer l'industrie que ces encouragements sont là pour rester et qu'ils ne disparaîtront pas sans préavis.

C'est malheureusement ce qui s'est passé avec l'aide d'Ottawa à l'achat de véhicules à faible consommation d'essence, accordée en 2007. Très populaire, cet incitatif a disparu sans crier gare, parce que le gouvernement fédéral s'est rendu compte que son programme profitait surtout à Toyota, mais pas aux manufacturiers américains présents au Canada, dont aucune voiture ne pouvait se qualifier.

Le Canada et le Québec ont non seulement très peu d'incitatifs au développement des véhicules électriques, ils n'ont pas non plus de vision à long terme à proposer aux investisseurs. «Pourquoi pensez-vous que Tata Motors a décidé de tester le moteur électrique d'Hydro-Québec en Norvège? Parce que ce pays a une volonté connue de réduire sa dépendance au pétrole et il prend les moyens pour y arriver.»

Avoir une vision à long terme et la faire connaître, taxer les véhicules conventionnels et détaxer les hybrides et les tout-électriques. C'est ce que le Québec pourrait faire pour se tailler une place dans la nouvelle industrie des transports, estime Sylvain Castonguay.

«Si le Québec ne comprend pas ça à court terme, on va rater le bateau.»

Avec des collègues universitaires, le professeur Patrice Jalette a signé récemment dans La Presse un plaidoyer pour sauver l'industrie manufacturière au Québec, pratiquement en voie de disparition.

«La nouvelle économie, ce sont des industries manufacturières innovantes, performantes, technologiquement à la fine pointe, avec une main-d'oeuvre qualifiée qui bénéficie de bonnes conditions de travail et qui contribuent ainsi à la prospérité de l'économie québécoise dans son ensemble», écrivaient-ils.

C'est une définition qui s'applique parfaitement à l'industrie de transport électrique.

 




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