Une agence chargée de réguler des marchés aux États-Unis a pris, dans une lettre dévoilée lundi, la défense des produits financiers dits dérivés, critiqués récemment avec virulence par le Vatican.

Publié le 23 juill. 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous vous écrivons en tant que professionnels de la finance tentant de mener une vie respectueuse des principes de la morale», avancent dans cette missive Christopher Giancarlo, le président de l'autorité de régulation des marchés à terme et des produits dérivés aux États-Unis (CFTC) et Bruce Tuckman, économiste en chef de l'institution.

M. Giancarlo se présente comme un «catholique pratiquant».

Les commentaires du Vatican sur le fonctionnement actuel de la finance sont «importants et sensibles», mais «nous nous sentons obligés de répondre et de défendre les produits dérivés, en particulier les «credit default swaps» (CDS)», ces produits financiers constituant une assurance en cas de faillite d'un pays ou d'une entreprise, expliquent-ils.

Le texte en question, signé en mai conjointement par la Congrégation pour la doctrine de la foi et le dicastère pour le service du développement humain intégral (créé par le pape François), décortique avec une précision technique inédite le système financier mondial, jugé globalement amoral.

Dans leur lettre, les responsables de la CFTC défendent «l'utilité sociale» des produits dérivés, qui permettent par exemple à un agriculteur de fixer à l'avance le prix auquel il vendra son maïs à la fin de la récolte ou à une compagnie aérienne de lisser sur plusieurs années le coût du carburant.

Ils «aident à stabiliser le prix des matières premières et des taux d'intérêt au niveau mondial d'une façon qui profite en particulier aux plus pauvres», affirment-ils.

Quant aux CDS, qui permettraient, selon le Vatican, à certains investisseurs de parier sur la misère d'autrui, ils «permettent de générer et de disséminer des renseignements précieux sur la situation financière (d'une entité) au reste de l'économie», relèvent-ils.

Les deux responsables reconnaissent cependant l'importance d'être «sceptique» face aux produits dérivés les plus complexes, comme ceux qui ont conduit à la crise financière de 2007-2009, et de lutter contre les spéculateurs qui comploteraient pour accélérer la faillite d'une entreprise ou d'un Etat.

Ils assurent faire de leur mieux pour «contrôler les marchés des CDS, ainsi que tous les autres marchés de produits dérivés» afin de «faire avancer la liberté, la vérité et la justice».