Trop coûteux, les fonds communs de placement au Canada?

Martin Vallières LA PRESSE

Cette question qui tiraille un nombre croissant de particuliers qui ont de l'argent investi dans les fonds communs se retrouve sous la loupe des principaux gendarmes boursiers au pays.

Le regroupement des Autorités canadiennes de valeurs mobilières (ACVM), dont fait partie l'Autorité des marchés financiers (AMF) au Québec, lance une consultation afin d'analyser les frais de gestion des fonds communs, trop élevés au Canada selon certains intervenants en finances personnelles.

Et après cette consultation nationale, qui est prévue jusqu'en avril prochain, les ACVM prévoient produire un rapport qui pourrait proposer un resserrement des normes de calcul et de divulgation des frais des fonds communs.

S'il s'avère, un tel resserrement aurait un impact considérable sur l'un des créneaux les plus lucratifs du marché des produits d'investissement offerts aux particuliers et aux PME.

Les fonds communs au Canada regroupent quelque 836 milliards en actifs sous gestion, selon l'Institut des fonds d'investissement du Canada (IFIC).

Et dans leur document de consultation, divulgué jeudi, les ACVM estiment à plus de 13 milliards par an les revenus en «frais de gestion et commissions» pour les firmes canadiennes de fonds communs.

Selon les ACVM, près des deux tiers (62%) des épargnants au Canada ont des fonds communs dans leur portefeuille. Ces fonds représentent la plus grosse portion (36%) des actifs à investir parmi les ménages canadiens.

En contrepartie, les ACVM constatent que les «frais de détention» des fonds communs au Canada sont «parmi les plus élevés» dans le monde.

La moyenne des frais parmi les fonds canadiens s'élève à 1,9% des actifs gérés, deux fois plus qu'aux États-Unis (0,93%) et trois quarts de point de pourcentage supérieur aux moyennes observées au Royaume-Uni et en Australie (1,14% et 1,13%).

Autres honoraires

Les ACVM ont aussi observé un écart défavorable aux clients des fonds communs au Canada en ce qui concerne les «commissions de suivi», c'est-à-dire les honoraires payés aux intermédiaires de distribution des parts de fonds, le plus souvent des conseillers en placement.

Au Canada, ces commissions s'élèvent jusqu'à 1,5% du montant de la transaction, comparativement à 1% aux États-Unis et au Royaume-Uni et à seulement 0,6% en Australie.

Dans ce contexte, les ACVM acquiescent «que des voix se sont élevées pour réclamer un examen plus rigoureux de ces frais au Canada».

Chez l'AMF québécoise, on indique que les coûts des fonds sont «de plus en plus critiqués et discutés» dans le milieu du placement.

«Comme régulateur, nous voulons déterminer s'il faut intervenir ou non afin de renforcer la protection des investisseurs et de soutenir la confiance dans les marchés», a indiqué son porte-parole, Sylvain Théberge.

Quant aux hypothèses d'explication, elles demeurent nombreuses en ce début de consultations. Entre autres, les ACVM font état de la concentration du marché des fonds au Canada, où les 10 plus grandes firmes gèrent 75% des actifs.

En contrepartie, la taille moyenne des fonds canadiens est sept fois moindre que chez les fonds américains, d'où un désavantage possible avec les économies d'échelle en coûts d'administration. Mais est-ce suffisant pour expliquer un écart du simple au double pour leurs frais de gestion?

C'est ce que les principaux gendarmes boursiers au Canada veulent analyser au cours des cinq prochains mois, avec des avis du secteur financier et du public investisseur. Une conférence de type «table-ronde nationale» est aussi en projet pour clore la consultation, à une date et un lieu à déterminer.

FRAIS DE GESTION MOYENS / TAUX MAXIMAL DES COMMISSIONS

Canada 1,93% 1,5%

Royaume-Uni 1,14% 1%

Australie 1,13% 0,6%

États-Unis 0,79% 1%

1: Au 31 octobre 2012

2: Données au 31 décembre 2011, converties en dollars canadiens

Sources: Autorités canadiennes des valeurs mobilières (ACVM), Institut des fonds d'investissement du Canada