La Banque Royale s'apprête à tourner une dernière page de l'histoire financière de la rue Saint-Jacques, dans le Vieux-Montréal, dans l'immeuble même où était situé son siège social pendant des décennies.

Martin Vallières LA PRESSE

Après presque un siècle d'activité, sa succursale à l'architecture monumentale située dans le premier immeuble en hauteur de Montréal, au 360, rue Saint-Jacques, sera fermée d'ici deux ans.

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Les bureaux seront déménagés à une nouvelle succursale que la Banque Royale aménagera dans la Tour de la Bourse, au square Victoria, au coût prévu de 4 millions de dollars.

Il s'agira d'un déménagement d'à peine quelques centaines de mètres, mais néanmoins d'un caractère historique dans le quartier qui, au début des années 1900, était le principal carrefour financier du Canada.

Cette époque est révolue depuis les années 60, avec la construction des gratte-ciels modernes du boulevard René-Lévesque (Dorchester à l'époque). Ces nouveaux immeubles ont provoqué le déplacement du centre d'affaires de la métropole hors du quartier historique.

C'est aussi à ce moment que la Banque Royale a délaissé son immeuble de la rue Saint-Jacques, comme principal centre administratif, pour se reloger à Place Ville-Marie.

Décision difficile

La banque y a toutefois maintenu sa succursale. Ce maintien aura finalement duré un demi-siècle, de 1962 à 2012, année que la direction de la Royale au Québec a choisie pour déménager sa succursale du Vieux-Montréal.

«C'est une décision difficile à prendre en raison de la beauté architecturale de cet immeuble de la rue Saint-Jacques, mais aussi en raison de sa signification historique pour la Banque Royale», a soutenu Raymond Chouinard, principal porte-parole de la banque au Québec.

«Mais, depuis des années, ces locaux de 40 000 pieds carrés au rez-de-chaussée du 360, rue Saint-Jacques étaient beaucoup trop grands pour les besoins de notre succursale et sa vingtaine d'employés. Nous avons examiné la possibilité d'y loger des services administratifs de la Banque, mais l'infrastructure technique de cet immeuble ne permettait pas l'installation des équipements informatiques requis.»

Pour l'un des copropriétaires de l'immeuble, l'homme d'affaires montréalais Georges Coulombe, cette explication de la Royale serait trompeuse.

«C'est faux de prétendre que cet immeuble, même historique, n'est pas à niveau techniquement. À preuve, tous les locaux de bureaux dans les 20 étages au-dessus de la succursale bancaire sont occupés par des entreprises et des organisations qui utilisent des équipements de télécommunications et d'informatique de pointe.»

«Par ailleurs, avec mes associés de New York, nous avons investi des millions en rénovations dans cet immeuble depuis son acquisition en 2003. Et nous avons fait ça en prenant grand soin du caractère patrimonial de l'immeuble, entre autres parce que sa valeur commerciale en dépend», a indiqué M. Coulombe à La Presse Affaires.

Cela dit, le copropriétaire du 360, rue Saint-Jacques ne prétend pas qu'il y a eu mésentente avec la Banque Royale, dont le bail arrivait bientôt à terme.

Néanmoins, il s'est dit déçu d'apprendre, «il y a quelques jours à peine», la décision de la banque de plier bagage, alors qu'elle lui avait signifié son intention de négocier «depuis deux mois».

Quant à l'occupation des locaux monumentaux du rez-de-chaussée, après le départ de la Banque Royale, M. Coulombe admet encore hésiter entre les diverses propositions reçues jusqu'à maintenant.

«Ce sont des locaux uniques dans le Vieux-Montréal, mais dont la réaffectation pourrait être compliquée. Chose certaine, nous tenons absolument à conserver la valeur architecturale et patrimoniale des lieux», a indiqué M. Coulombe.

L'immeuble de 21 étages érigé en 1928, en pleine période d'euphorie financière et boursière avant le krach de 1929, est classé monument historique.

Mais cette protection officielle concerne l'extérieur de l'immeuble et non son magnifique rez-de-chaussée ni son imposante voûte blindée au sous-sol.