Sur le gril politique à Washington, les dirigeants de Goldman Sachs ont tenté de défendre hier leur conduite pendant la crise financière devant des sénateurs sceptiques.

Marcy Gordon LA PRESSE

«Je n'ai pas trompé» les investisseurs, a assuré Fabrice Tourre, le courtier français au coeur des accusations de fraude portées contre la grande banque d'affaires.

Les hauts responsables de la banque new-yorkaise entendus par la sous-commission d'enquête du Sénat américain ont dit n'avoir pas cherché à profiter de l'effondrement du marché hypothécaire. Mais ils se sont heurtés à des sénateurs des deux bords très remontés, le démocrate Carl Levin en tête.

Le président de la sous-commission a notamment accusé Goldman Sachs d'avoir pris des paris financiers risqués qui «sont devenus les jetons dans un casino géant».

Au début du mois, la Securities and Exchange Commission, (la SEC, le gendarme de la Bourse américaine) a porté plainte pour fraude au civil contre Goldman Sachs. La SEC l'accuse d'avoir trompé les investisseurs lors de la vente de titres adossés à des crédits hypothécaires à risque (subprimes), au moment de l'effondrement du marché immobilier aux États-Unis en 2007.

Elle soupçonne la banque de ne pas avoir dit à des investisseurs qu'elle leur vendait un produit lié aux crédits subprimes composé avec l'aide du hedge fund new-yorkais Paulson&Co. qui pariait sur la baisse de valeur de ce portefeuille.

Seul responsable de Goldman Sachs visé nommément par la plainte de la SEC, Fabrice Tourre a rejeté ces accusations. «Je démens, catégoriquement, les allégations de la SEC», a déclaré le jeune directeur exécutif de 31 ans. «Et je me défendrai au tribunal contre cette fausse accusation.»

Les régulateurs fédéraux accusent Fabrice Tourre d'avoir vendu un produit financier conçu pour perdre de la valeur. Dans un courriel envoyé en janvier 2007, l'un des quelque 2 millions de courriels et documents étudiés par les enquêteurs du Sénat en 18 mois d'enquête, il se présentait comme le «Fabulous Fab», (clin d'oeil au surnom des Beatles, les «Fab Four») trônant «au milieu de tous ces titres complexes (...) et exotiques qu'il a créés».

Son témoignage a été interrompu à plusieurs reprises par les sifflets d'une poignée de manifestants qui avaient pris place dans la salle de la sous-commission, habillés en combinaisons rayées de détenus avec autour du cou des pancartes portant les noms du courtier français et de Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs également appelé à témoigner. «Le Fabulous Fab n'est pas si fabuleux quand il prend de l'argent aux pauvres», ont-ils lancé avant le début de l'audition. «On veut voir ces types derrière les barreaux.»

Dix jours après la plainte de la SEC, la sous-commission d'enquête du Sénat se penche aussi sur les allégations selon lesquelles Goldman Sachs a adopté une stratégie qui lui a permis de profiter de l'effondrement du marché de l'immobilier. La banque, l'une des rares à être sorties de la crise plus forte et plus grande que jamais, est accusée d'avoir pris des positions courtes, c'est-à-dire parié sur la baisse des titres, sur le marché de l'immobilier, alimentant la crise financière.

«Cette conduite remet en question tout le système de Wall Street», a jugé Carl Levin. Le sénateur a accusé les firmes de Wall Street d'avoir vendu à leurs clients des titres risqués dans lesquels elles n'auraient jamais investi. Il a évoqué une «cupidité débridée sans un policier sur le dos pour la contrôler». La réforme proposée par Barack Obama «remettrait un flic sur le dos de Wall Street», a-t-il résumé.

Le président des États-Unis et les parlementaires démocrates tentent actuellement de faire passer une réforme de la régulation financière, destinée à éviter une répétition de la crise et satisfaire les électeurs américains avant les élections de mi-mandat en novembre prochain.

 

Ce qu'ils ont dit

Comment avez-vous pu faire des centaines de millions avec ce que vous avez vous-même appelé des transactions de merde?»

Carl Levin, sénateur démocrate

Je me défendrai au tribunal contre cette fausse accusation.»

Fabrice Tourre, 31 ans, courtier de Goldman Sachs

Ils ne seront pas seulement jugés par les tribunaux, mais aussi par la population.»

John McCain, sénateur républicain

Sources: Bloomberg et AFP