Le gendarme des marchés financiers américains poursuit la banque Goldman Sachs (GS) pour une fraude concernant un produit complexe lié à la crise financière. Alors que les Bourses étaient secouées par la nouvelle, le titre du géant new-yorkais s'est effondré d'environ 15% en cours de séance, hier.

Hugo Fontaine LA PRESSE

Selon la Securities and Exchange Commission (SEC), Goldman Sachs et son vice-président Fabrice Tourre auraient «fraudé des investisseurs en faisant des déclarations trompeuses et en omettant de transmettre des informations clé sur un produit financier lié aux hypothèques à haut risque, au moment où le marché immobilier commençait à vaciller». Les investisseurs auraient perdu plus d'un milliard $US.

«Le produit était nouveau et complexe, mais la tromperie et les conflits d'intérêts sont vieux et simples», a déclaré Robert Khuzami, responsable de l'application des règlements à la SEC.

Les faits allégués remontent à 2007, à l'aube de la crise financière. Goldman Sachs a construit et mis en marché une obligation adossée à des hypothèques à haut risque.

La société de fonds spéculatifs Paulson & Co. a participé au choix des titres inclus dans ce produit. Or, Goldman Sachs n'aurait pas transmis cette information aux investisseurs.

La banque ne leur aurait pas dit non plus que Paulson & Co misait en fait contre le produit. Paulson avait donc tout avantage à promouvoir l'inclusion de titres qui avaient de fortes chances d'être affectés par des problèmes de crédit.

«Goldman a, à tort, permis à un client qui pariait contre le marché hypothécaire d'avoir une lourde influence sur le choix des titres à inclure, tandis qu'elle assurait les autres investisseurs que les titres étaient sélectionnés par une tierce partie indépendante et objective», a précisé M. Khuzami.

La réponse de Goldman Sachs tient en une ligne : «Les accusations de la SEC sont complètement infondées d'après la loi et les faits, et nous allons les contester vigoureusement et défendre la firme et sa réputation.»

La réponse des investisseurs tient en quelques chiffres. Goldman Sachs a finalement perdu 12,8% à la clôture. Les titres de Bank of America, JP Morgan et Morgan Stanley ont lâché environ 5 %. En Europe, les titres financiers ont aussi perdu du terrain, notamment Deutsche Bank (-7,3 %).

Les marchés boursiers en Amérique du Nord et en Europe ont également subi de lourdres pertes (voir texte page 11).

«Tout le monde savait qu'il y avait plusieurs problèmes avec la titrisation des hypothèques à haut risque, affirme David Lutz, directeur à la firme Stifel Nicolaus & Co, à Baltimore. Mais le fait qu'ils concernent Goldman Sachs a un impact important sur la psychologie du secteur financier.»

«Cela ajoute un peu d'incertitude à court terme, mais il est sain de voir qu'il existe dans le secteur financier un chien de garde qui peut mordre», souligne Stéfane Marion, économiste en chef et stratège à la Financière Banque Nationale.

La SEC continue d'ailleurs d'enquêter sur les pratiques de titrisation de produits financiers complexes liés au marché immobilier américain.

Les titres sont restés stables ou sont subi de légères baisses, sauf la TD (-1,1 %).

«Le Canada a été moins impliqué dans les obligations adossées à des actifs, explique Stéfane Marion. Nous verrons la semaine prochaine si un effet d'entraînement met de la pression sur les titres bancaires canadiens. Mais même s'il y a une correction, ce ne sera pas le début d'un marché baissier, que ce soit au Canada ou aux États-Unis.»

- Avec Bloomberg