«Il faut évaluer sa performance sur 30 ans pour établir, de façon certaine, si un gestionnaire de fonds est efficace ou tout simplement chanceux.»

Louis Tanguay LA PRESSE

Claude Lamoureux, ex-grand patron de Teachers' (le régime de retraite des enseignantes et enseignants de l'Ontario), se demande par conséquent si, à l'Assemblée nationale, les parlementaires cherchent à aider la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), ou à lui nuire.

Il faut se demander, dit-il, si on n'est pas en train de démotiver ces équipes. En effet, pour investir il faut courir des risques à long terme.

Or, les parlementaires ont jugé les dirigeants de la CDPQ sur un an.

«Au lieu d'essayer de tuer ces gens-là, il faudrait les inciter à apprendre de leurs erreurs et les interroger sur leur vision de l'avenir.»

Toutes les questions ont porté sur le passé. «C'est aberrant», dit le spécialiste.

Il faudrait plutôt leur demander s'ils estiment maintenant que les marchés sont sous-évalués ou surévalués. Préfèrent-ils une gestion active ou indicielle? Comment font-ils l'évaluation de leurs gestionnaires spécialisés?

Selon Claude Lamoureux, un gestionnaire d'actions canadiennes qui obtient un rendement de -25% dans une année où le marché donne du -33%, c'est un héros. Par contre, celui qui atteint 10% quand le marché monte de 15%, c'est un zéro.

M. Lamoureux a choisi de prendre la défense de la Caisse, hier dans une entrevue accordée au Soleil en marge d'une conférence qu'il prononçait à Québec devant un groupe de décideurs réunis à l'instigation du réseau IDE.

À ces gestionnaires, il était venu parler du «risque» qui en affaires impose le choix entre quatre options. On peut l'éviter, l'accepter, le transférer ou le partager, résume l'homme qui est souvent sollicité pour conseiller des administrateurs de régimes de retraite.

Dans ce domaine, sa préférence va au partage du risque entre cotisants et les bénéficiaires de rentes.

Les bonifications des bénéfices de retraite accordés aux participants aux régimes en raison de la «bulle» des années 90 n'avaient pas de bon sens.

Les congés de cotisation multipliés n'en avaient pas plus et c'est plutôt le plafond de 10% imposé par la loi de l'impôt sur les surplus dans les régimes qu'il faudrait modifier pour permettre de meilleures réserves. «C'est un non-sens de limiter la marge de manoeuvre des gestionnaires à la zone 0-10%, quand la volatilité des marchés est en moyenne de 18%.»

Le défi des régimes de retraite, c'est la longévité croissante des retraités.

Pour y faire face efficacement, il faudrait, chaque année, retarder d'un mois l'âge de la pleine retraite, soutient M. Lamoureux.

En matière de placement, si on envisage un risque qu'on ne «comprend pas», il vaut mieux laisser passer. Et «comprendre», insiste-t-il, c'est se sentir à l'aise pour en expliquer les enjeux à son fils ou à sa nièce de 15 ou 16 ans.

Les placements sophistiqués comme les options, il est préférable de laisser cela à des experts comme ceux de Teachers' ou de la CDPQ.

Chez les premiers, l'exposition au papier commercial non bancaire adossé à des actifs a été nulle. Chez les seconds, tous les risques n'ont pas été évalués, notamment celui du manque de liquidité.

Mais à la fin de la partie, il est trop facile de dire à quelqu'un qu'il a fait quelque chose de stupide. Car, investir, «c'est prendre des risques».