Un autre membre récent du conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement relance la polémique entourant l'organisme. Yvan Allaire déplore que les hauts dirigeants de la Caisse aient omis d'informer le conseil sur l'ampleur des placements en papiers commerciaux (PCAA) avant la crise de ce marché, en août 2007.

Martin Vallières
Martin Vallières LA PRESSE

Or, il s'est avéré par la suite que la Caisse a acheté pour 12,7 milliards de dollars de ces PCAA non bancaires, ce qui représentait presque 10% de son actif net à l'époque. Aussi, la Caisse détenait à elle seule le tiers d'un marché canadien d'environ 35 milliards de ces PCAA qu'une seule agence de notation financière, la firme DBRS de Toronto, acceptait de coter.

 

D'autres agences reconnues comme Moody's et Standard&Poor's s'en étaient abstenues depuis des années auparavant, jugeant ces PCAA hors normes.

«Si on nous avait dit au conseil de la Caisse: est-ce qu'on doit investir autant dans un produit comme ça? c'est sûr que nous aurions posé beaucoup de questions», a indiqué Yvan Allaire, membre du conseil de la Caisse pendant quatre ans, jusqu'au début de mars.

«En fait, nous n'avons jamais discuté de ces papiers commerciaux ni conseil ni à son comité de gestion de risque. C'est après la crise (en août 2007) que les questions ont fusé au conseil, avec un resserrement de la gestion de risque.»

Yvan Allaire, aussi ex-membre du conseil et vice-président de Bombardier, a fait ce commentaire en marge d'un colloque sur «le rôle des administrateurs dans la tourmente financière», hier à HEC Montréal.

M. Allaire tient ces propos à quelques semaines des audiences sur la Caisse à l'occasion d'une commission parlementaire à Québec.

Les élus pourraient interpeller des dirigeants, dont l'ex-président, Henri-Paul Rousseau, sur les déboires de la Caisse avec les PCAA non bancaires, qui lui ont coûté 6 milliards jusqu'ici en dépréciations et en frais de restructuration.

Les propos d'Yvan Allaire en tant qu'ex-administrateur de la Caisse s'ajoutent à ceux de deux ex-collègues à la même instance.

Il s'agit d'Alban D'Amours, ex-président du Mouvement Desjardins, et Claude Garcia, ex-président de Standard Life du Canada, important assureur vie et gestionnaire de fonds d'investissement dirigé de Montréal.

Des failles

Au cours du colloque de HEC, hier, Yvan Allaire a mentionné qu'en dépit de leurs responsabilités, les membres de conseil d'administration demeurent «dépendants de l'information que veulent bien leur transmettre les dirigeants de l'entreprise».

Mais dans le cas des PCAA à la Caisse, il estime que des failles pourraient être survenues dans l'information acheminée au conseil avant la crise de ce marché.

«Après coup, je pense que les dirigeants de la Caisse ne se sentaient pas obligés de présenter plus d'informations au conseil à propos des PCAA parce qu'ils les considéraient comme des instruments de liquidités à court terme qui avaient une cote de crédit conforme aux politiques de gestion de risque», a indiqué M. Allaire.

Par ailleurs, interpellé au sujet de la nomination récente de Michael Sabia comme PDG de la Caisse, Yvan Allaire s'est surtout dit étonné de la rapidité de cette décision.

«Que la Caisse ait pu faire une sélection d'une telle importance en moins d'une semaine tient pratiquement du miracle! Ça respecte la lettre de la loi de la Caisse, mais certainement pas son esprit», a indiqué M. Allaire.

L'esprit de la loi? «Ça implique que le conseil forme un comité de sélection et prenne le temps d'interviewer des candidats et de consulter des firmes de recrutement», a-t-il expliqué.

«Si j'avais encore été au conseil de la Caisse, j'aurais insisté pour que la démarche de sélection d'un président qui est inscrite dans sa loi soit mieux respectée.»

Mais voilà, Yvan Allaire fait partie des administrateurs de la Caisse, avec Alban d'Amours et Claude Garcia, dont le gouvernement Charest a refusé de prolonger le mandat.

De plus, M. Allaire a confirmé hier qu'ils en ont été avisés la veille d'une réunion du conseil de la Caisse qui, justement, devait servir à former le comité de sélection du prochain PDG.