Si la canicule peut être pénible à la maison, elle peut l'être encore davantage au travail. Comment les entreprises s'adaptent-elles ? Tour d'horizon de quatre secteurs.

LA PRESSE

CONSTRUCTION

CHANTIER FERMÉ DÈS MIDI

Sur le chantier du projet mixte Humaniti Montréal, réalisé par EBC, les charpentiers-menuisiers ont eu congé à midi, hier, soit trois heures avant la fin de leur quart de travail. « On s'est rassemblés et on a demandé de partir, raconte Michael D'Angella. On ne nous a pas forcés à rester. » Certains travailleurs, croisés dans la rue, ont rapporté qu'ils devront ainsi se passer de trois heures de paie. Mais ils s'éviteront la déshydratation, le manque d'attention, les pertes de connaissance. « Des choses qui peuvent toutes mener à des accidents », note Michael D'Angella.

TRAVAILLER UNE HEURE PLUS TÔT

Assis à l'ombre, à l'heure du dîner, deux poseurs de gicleurs soufflaient avant leur dernier tour de piste de la journée sur le chantier du Carré St-Laurent, au centre-ville. « On n'a pas le choix de ralentir, dit Daniel Lachapelle, de Gicleurs FF. Mon patron nous a permis de prendre plus de pauses aujourd'hui. Il nous a dit de ne pas oublier de nous hydrater. » Le duo admet que les travailleurs de chantier sont moins productifs par des températures caniculaires. « On préfère alors travailler un peu plus tôt, soit de 6 h à 14 h, dit Daniel Lachapelle. On peut se le permettre, car c'est un chantier commercial. »

- Isabelle Massé

FERMESDEMI-JOURNÉE DE TRAVAIL CHEZ FRAISEBEC

La chaleur a pour effet de raccourcir la journée de travail chez le producteur de fraises bien connu de Sainte-Anne-des-Plaines, Fraisebec. « Depuis le début de la semaine, la journée de travail commence à 5 h 30 plutôt qu'à 7 h et se termine à 13 h 30 plutôt qu'à 18 h », explique le président de l'entreprise familiale, Simon Charbonneau. Pour Fraisebec, la perte de productivité a un impact limité parce que l'entreprise se trouve entre deux vagues. Toutefois, la prochaine récolte, dans un mois et demi, risque d'être moins bonne. « Les fraises, c'est comme le monde, ça se sent bien quand il fait entre 15 et 17 degrés la nuit et entre 22 et 25 degrés le jour », indique M. Charbonneau.

LA TEMPÉRATURE MONTE À 48 DEGRÉS

« Lundi, j'ai acheté 12 climatiseurs pour les installer dans les maisons des travailleurs étrangers », dit Stéphane Roy, président de Groupe Sagami Savoura, qui fait construire un complexe de 6,1 hectares de serres dans le secteur Saint-Janvier de Mirabel. La canicule frappe M. Roy deux fois plutôt qu'une. D'abord, le chantier à Mirabel fonctionne au ralenti. « La température peut monter à 48 degrés dans les serres qui n'ont pas de plants », dit-il. Ensuite, la production de tomates est touchée. « Au lieu de récolter aux deux jours, on récolte tous les jours. On va donner plus d'eau. Mais on fait avec ce qu'on a. À midi, il n'y a pratiquement plus personne qui travaille dans les serres. »

- André Dubuc

USINESL'AIR CONDITIONNÉ, UNE PRIORITÉ

Services industriels Renfort, de Rivière-des-Prairies, est en train d'emménager dans une nouvelle usine de 12 000 pieds carrés qui sera entièrement climatisée, comme son ancienne. Voilà environ cinq ans que ses employés travaillent à l'air conditionné. « J'étais personnellement sur les outils, je trouvais ça ordinaire de pouvoir retourner me rafraîchir dans mon bureau, mais que mes boys restaient à la chaleur », explique son président, Alain Gagnon. Il estime la perte de productivité des périodes de chaleur intense à 30 ou 40 %. « Il y a des soudeurs qui travaillent avec de l'acier en fusion dans le visage à longueur de journée. Les gens sont plus performants, ils restent allumés. Nous faisons de l'usinage de très haute précision. On est gagnants sur toute la ligne. »

PAS LE TEMPS D'ÊTRE SÉVÈRES

Tous les mois, Molson-Coors envoie aux employés de son usine de Montréal un petit bulletin d'information. Celui du mois de juillet traitait justement de la chaleur. « L'importance de boire, de se reposer, d'arriver au travail en forme, d'aller prendre ses pauses dans les aires climatisées... », énumère la chef santé et sécurité pour la distribution, Nathalie Léger. Si les aires de repos et les cantines sont climatisées, l'usine elle-même ne l'est pas. L'entreprise utilise des mesures de température et de niveau d'humidité, combinées à des évaluations du degré d'effort de chaque poste, pour décréter le moment d'accorder des pauses additionnelles. « Sans nécessairement accorder de pause, on peut comprendre qu'un employé s'éloigne pour aller chercher de l'eau. Ce n'est pas le moment de l'année où on veut être très, très sévères. »

- Jean-François Codère

COMMERCE DE DÉTAILEAU, PAUSES... ET CRÈME GLACÉE !

Soit, les salles à manger de la plupart des restos sont climatisées, mais pas les cuisines. Au Vieux-Port Steakhouse, dans le Vieux-Montréal, la température en cuisine peut atteindre jusqu'à 50 °C les jours de canicule comme lundi dernier. « Nous rappelons à nos employés de prendre de l'eau. Les pauses se font aussi plus régulièrement, même si c'est moins longtemps », dit Julien Monnier, maître d'hôtel du Vieux-Port Steakhouse. Dimanche et lundi, de la crème glacée a aussi été servie en cuisine pour combattre la chaleur.

UNE PAUSE AU FESTIVAL DE JAZZ

Parfois, on n'a d'autre choix que de fermer boutique temporairement, surtout sur un site extérieur. C'est ce que le Festival international de jazz de Montréal a fait lundi en début d'après-midi, le temps que le soleil plombe un peu moins fort sur la place des Festivals. « Dû à la canicule, et par mesure de sécurité pour vous et nos employés, nous fermons les activités de l'esplanade de la Place des Arts, ce qui inclut l'ensemble du Parc musical, la galerie du festival et certaines concessions alimentaires », a écrit le Festival de jazz sur sa page Facebook. Le festival a annulé quelques concerts lundi après-midi, mais la programmation en soirée - où figurent les concerts les plus attendus - s'est déroulée comme prévu.

- Vincent Brousseau-Pouliot