Cryptomonnaies: des «mines» portables fabriquées à Montréal

L'ingénieur Fooad Nejad (à gauche), de Kelvin Emtech,... (Photo David Boily, La Presse)

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L'ingénieur Fooad Nejad (à gauche), de Kelvin Emtech, et Alex Kutter, directeur des ventes chez TMI, sont derrière le concept de  « mines de cryptomonnaies portables » qu'ils espèrent installer notamment près des barrages d'Hydro-Québec.

Photo David Boily, La Presse

Même si le célèbre investisseur Warren Buffett est persuadé que l'aventure des cryptomonnaies va « presque certainement mal finir », son scepticisme ne l'empêche pas d'investir indirectement dans le secteur à Montréal. Solutions climatiques TMI, une des filiales de sa société Berkshire Hathaway située sur le boulevard Hymus, s'est lancée dans la construction de « mines de cryptomonnaies portables » que son partenaire d'affaires souhaite installer près des barrages d'Hydro-Québec.

Ces « mines portables » prennent la forme de conteneurs standards de 40 pi, au-dessus desquels les ingénieurs spécialisés en ventilation de la firme Kelvin Emtech ont installé un immense système d'aération. Résultat : ils arrivent à placer 1200 « mineurs » dans une boîte métallique. Pouvant être déployée n'importe où dans le monde en deux jours, chacune de ces installations consomme 2 MW d'électricité, et peut générer environ 1 million de dollars de revenus en cryptomonnaies chaque mois.

COMMENT ÇA FONCTIONNE ?

Pour ceux à qui le concept est moins familier, toutes les cryptomonnaies comme le bitcoin reposent sur les calculs de milliers d'ordinateurs qui servent à confirmer les transactions. À chaque instant, ces appareils situés partout dans le monde - appelés « mineurs » - effectuent des centaines de millions de calculs pour trouver la solution à un puzzle mathématique qui rendra inaltérable le registre officiel des transactions. Mais comme ces calculs sont extrêmement énergivores, les personnes qui exploitent ces « mineurs » se font allouer une récompense en cryptomonnaie pour leur participation à la sécurisation du réseau.

La spéculation sur ces primes, qui représentent environ 18 millions de dollars par jour juste pour le bitcoin, est au coeur d'une gigantesque industrie mondiale du « minage ».

LE QUÉBEC DANS LA LIGNE DE MIRE DE LA CHINE

La Chine a catégoriquement interdit à ses ressortissants de s'adonner à cette activité énergivore. Des milliers d'investisseurs asiatiques ont donc ciblé le Québec depuis le début de l'année pour y déménager leur équipement, et profiter de son hydroélectricité à bas prix et de ses vastes capacités de production. « Hydro-Québec a reçu des projets totalisant plus de 10 000 MW d'électricité, ce qui est énorme », reconnaît le porte-parole Marc-Antoine Pouliot.

Mais le gouvernement Couillard, craignant de dilapider son électricité dans des projets créant peu de nouveaux emplois, tarde toujours à leur donner le feu vert. Des sources indiquent à La Presse qu'il s'apprêterait à accorder entre 500 et 1000 MW d'électricité pour alimenter ces mines virtuelles. Les projets seront acceptés en fonction de l'importance de leurs retombées économiques, de la capacité d'interrompre les activités en période de pointe hivernale et du volume d'électricité demandé pour chaque installation.

SE RAPPROCHER DES CENTRALES HYDROÉLECTRIQUES

C'est là que Kelvin Emtech et TMI croient avoir un avantage concurrentiel grâce au système de mines portables qu'ils ont mis au point. « On voulait que ça puisse se transporter facilement par camion, par bateau ou par train. Le but n'est pas de les déplacer à tout bout de champ, mais plutôt de faire disparaître le problème d'accès à l'électricité. On veut rapprocher ces mines de cryptomonnaies le plus possible des centrales hydroélectriques et des régions éloignées où Hydro-Québec a des surplus d'électricité à vendre », explique Fooad Nejad, un des ingénieurs de Kelvin Emtech qui ont conçu le prototype.

Hydro-Québec reconnaît avoir des stations de transformation en région éloignée dont les capacités sont sous-utilisées. « La configuration du réseau pourrait effectivement permettre à certains endroits d'accommoder une demande en électricité accrue. La connexion pourrait se faire rapidement », estime M. Pouliot.

PARTAGE DE CHALEUR AVEC DES ENTREPRISES

Autre avantage, les « mines portables » construites à Montréal sont spécialement conçues pour récupérer l'immense quantité de chaleur générée par le calcul frénétique des appareils de minage. L'air chaud évacué par les ventilateurs peut servir à chauffer un mélange d'eau et de glycol dans des serpentins, lequel peut ensuite alimenter des systèmes de chauffage industriels. « On arrive à récupérer entre 80 et 97 % de la chaleur produite. On pourrait installer les conteneurs près de serres de marijuana ou de centres communautaires, par exemple, et la fournir gratuitement à des partenaires. C'est comme si on disait : "Je te gratte le dos, tu me grattes le dos" », résume M. Nejad. Son entreprise dit être déjà en pourparlers avec une société immobilière de la banlieue sud de Montréal pour alimenter le réseau d'eau chaude d'un projet en cours.

400 EMPLOIS CRÉÉS AUX ÉTATS-UNIS

Jusqu'à maintenant, Kelvin Emtech et TMI ont livré une dizaine d'unités mobiles construites à Montréal à leurs clients. Une commande pour 85 autres est en cours, mais la production a été envoyée à une usine de TMI située au Michigan afin de répondre aux exigences d'affaires imposées par l'administration Trump. « Ce projet a créé 450 nouveaux emplois. Nous serions plus qu'heureux d'en créer autant ici à Montréal, si on pouvait fournir des entreprises qui ont des projets ici », affirme le directeur des ventes de TMI, Alex Kutter.

Chaque conteneur, une fois doté de sa ventilation et de ses systèmes électriques, vaut autour de 700 000 $. Les partenaires montréalais ne s'occupent pas d'y installer les cartes de minage et les autres systèmes informatiques nécessaires à leur fonctionnement, lesquels font grimper leur valeur unitaire à plus de 5 millions de dollars. « Nous sommes des experts en ventilation et en climatisation et c'est ce qu'on offre à nos clients : une installation fiable, qu'on peut déployer n'importe où rapidement. On ne veut pas avoir à gérer l'aspect informatique », indique M. Nejad.

Après tout, on dit que ce sont les vendeurs de pics et de pelles qui ont fait fortune pendant la ruée vers l'or. L'adage vaut peut-être aussi pour les mines virtuelles.




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