Les baisses d'impôts devront attendre : le ministre des Finances Carlos Leitao consacre l'essentiel de sa marge de manoeuvre aux programmes en santé et en éducation.

Mis à jour le 26 oct. 2016
Denis Lessard LA PRESSE

« Une fois qu'on aura rétabli les niveaux de dépenses dans les réseaux, on verra à répartir les surplus entre la dette et les réductions d'impôts », a soutenu hier le ministre en conférence de presse.

En campagne électorale, les libéraux s'étaient engagés à envoyer les surplus, en parts égales, à l'allégement du fardeau fiscal et à la réduction de la dette. L'année 2015-2016 a permis de dégager un surplus de 2,2 milliards, même en aiguillant près de 2 milliards à la dette, par l'entremise du Fonds des générations.

Selon le ministre, le fait d'éliminer plus tôt que prévu la taxe santé, une mesure « inéquitable », est déjà un geste important. La réduction de 253 millions équivaut à une baisse d'impôt de 1000 $ pour les 150 000 personnes gagnant plus de 135 000 $ par année et à une économie de 100 à 200 $ pour quatre millions de contribuables moins nantis. « La taxe était faite comme ça », s'est défendu M. Leitao.

« On a dit que l'on devait d'abord rétablir les dépenses de programmes à 3,5 % [de croissance pour l'éducation] et à 4 % [pour la santé]. Au-delà de ça, les surplus seront partagés moitié-moitié. On aurait réduit les taxes si on avait eu la capacité de le faire », a souligné le ministre.

« Une baisse massive de taxes qui nous aurait ramenés dans les déficits, comme le préconise M. Legault, aurait été irresponsable. » - Carlos Leitao, ministre des Finances du Québec

Pour le ministre, il n'est pas davantage question d'ouvrir les goussets afin d'investir massivement dans les infrastructures, à l'image du gouvernement Trudeau. Déjà, Québec investira 10 milliards l'an prochain en infrastructures, soit 400 millions de plus que prévu.

La croissance a été revue à la baisse, à 1,4 % en 2016 et à 1,5 % l'an prochain. Dans sa synthèse, Québec relève que la construction et les exportations seront à la baisse l'année prochaine. Pour le ministre Leitao, le Québec est condamné à de faibles taux de croissance à cause de sa démographie. La solution passe par l'immigration et surtout par une meilleure rétention des 55 ans et plus sur le marché du travail - les Québécois partent plus vite à la retraite que les autres Canadiens.

VAGUE DE RÉACTIONS

« Un mensonge honteux »

M. Leitao estime que le Québec est à la mi-parcours par rapport à la promesse de 250 000 emplois pendant le mandat ; depuis mai 2014, 127 800 emplois sont apparus, affirme-t-il. 

Pour le critique péquiste aux Finances Nicolas Marceau, il s'agit d'un « mensonge honteux ». S'il avait adopté la méthodologie de l'Institut de la statistique du Québec, M. Leitao aurait trouvé 29 800 emplois pour cette année et 26 100 emplois pour 2017. « C'est la méthode utilisée par tout le monde. Si on applique cette méthode, on arrive à 92 000 emplois créés sur quatre ans », a dit l'ex-ministre des Finances de Pauline Marois. « Il a menti aux Québécois pour se faire élire, ce n'est pas vrai qu'il y aura 250 000 emplois, leur mensonge leur pète dans la face », a soutenu M. Marceau.

Selon lui, Québec annonce des « bonbons électoraux avec les surplus des patates en poudre » dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée. Le ministre Leitao soutient que « la maison est en ordre. C'est uniquement parce que les libéraux ont vendu les meubles ! Le gouvernement a frappé les citoyens les plus vulnérables. La protectrice du citoyen a été claire : l'austérité fait mal », a résumé M. Marceau

Où sont les baisses d'impôts ?

Pour François Bonnardel, de la Coalition avenir Québec, « ces surplus se sont faits sur le dos des contribuables, sur le dos de familles qui s'attendaient à des services ». Québec est allé chercher 2,2 milliards auprès des contribuables et retourne 23 $ par personne en abolissant la taxe santé, souligne-t-il. Le ministre Leitao a menti quand il prétendait retourner la moitié de ses surplus en baisses d'impôts. « Il y a des limites à baisser les services, les soins aux personnes âgées, l'aide aux devoirs. Avec les surplus, le gouvernement aurait dû réduire les impôts des Québécois, donner de l'oxygène aux familles qui ont fait un effort considérable depuis 2014. »

L'ajout en santé et en éducation se justifie, d'après M. Bonnardel. « Les Québécois sont prêts à payer des impôts et des taxes, mais il faut qu'ils aient des services en échange. »

Le saccage des services se poursuit

Selon Amir Khadir, porte-parole de Québec solidaire, la mise à jour d'hier vient confirmer « le saccage des réseaux publics de la santé, de l'éducation. On a mis le feu et M. Leitao veut qu'on applaudisse le pyromane qui vient avec son petit arrosoir ! »

« Ce gouvernement gouverne par mensonge. Il soutient qu'il n'y a que 2,2 milliards de surplus. On met 2 milliards dans le Fonds des générations, on ne peut le maquiller comme une dépense. La réalité, c'est 4 milliards de surplus », selon le député de Mercier. Pour satisfaire les besoins, le gouvernement devrait réinvestir massivement ; en santé, par exemple, on aurait besoin de tripler le réinvestissement annoncé de 300 millions pour couvrir la croissance des dépenses, observe M. Khadir.

Infographie La Presse