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Rona: une prise de contrôle étrangère ne faisait pas partie des discussions

D'après des documents officiels d'Investissement Québec consultés par... (Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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D'après des documents officiels d'Investissement Québec consultés par La Presse, c'est pour des raisons financières que la société d'État s'est départie de ses actions de Rona.

Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Le risque d'une prise de contrôle étrangère du quincaillier Rona ne faisait pas partie des discussions quand la décision de se départir des actions de Rona a été entérinée, fin 2014, par le conseil d'administration d'Investissement Québec (IQ).

Un silence pour le moins étonnant, sachant que c'est la menace de prise de contrôle étrangère qui avait conduit la société d'État à prendre une participation de près de 10 % dans l'entreprise de Boucherville en 2012.

On apprend également qu'Investissement Québec, pour ne pas courir le risque de perdre 19 millions advenant une baisse de la Bourse, a laissé filer 100 millions en vendant ses actions de Rona trop tôt.

C'est en effet d'abord pour des raisons financières que la société d'État s'est départie de ses millions d'actions de Rona, d'après les documents officiels d'Investissement Québec que La Presse a consultés.

Chez IQ, on assure qu'au contraire, tous les critères ont été pris en compte avant de vendre les actions, pas seulement les considérations d'ordre financier.

« Tous les motifs ont été discutés au comité de direction. C'est certain qu'on n'aurait pas vendu les actions s'il y avait eu encore une offre d'achat hostile. »

- Chantal Corbeil, porte-parole d'Investissement Québec

CONDITIONNELLE À UNE CONSULTATION AVEC LE MINISTRE DAOUST

IQ détenait 11,02 millions ou 9,5 % des actions de Rona en novembre 2014 quand la décision a été prise de s'en départir. Elle les avait achetées à compter d'août 2012 sous ordre du ministre Raymond Bachand pour contrer une offre hostile de l'américaine Lowe's.

Lowe's a finalement racheté Rona en février de cette année au prix de 24 $ l'action. En 2012, le géant américain avait proposé 14,50 $ par action.

À cette réunion du C.A. d'Investissement Québec de novembre 2014, les administrateurs conviennent d'abord de vendre un premier lot de 875 000 actions à la suite d'un rachat d'actions annoncé par Rona pour éviter que la participation du gouvernement n'excède 10 %. Le quincaillier se proposait de racheter 7,9 % de ses actions en circulation.

IQ avait fixé à 10 % du capital-actions de Rona la limite à ne pas dépasser quand elle avait décidé d'acheter des actions en 2012, d'expliquer Chantal Corbeil.

À cette même réunion de novembre 2014, les administrateurs acceptent le principe de vendre de façon progressive la totalité des actions de Rona en raison du prix avantageux de l'action. La vente est toutefois conditionnelle à une consultation préalable du ministre Daoust, comme il a été rapporté par les médias cette semaine.

PRISE DE CONTRÔLE

Un premier lot de 875 000 actions a été vendu 13,40 $ par action dans les jours qui ont suivi la réunion du C.A. pour un profit comptable de 2 millions. La valeur de l'action dans les livres d'IQ était établie à 11,16 $.

L'accord du ministre pour la vente de la totalité des actions de RONA a été donné, indique le PDG par intérim d'IQ, Yves Lafrance, au conseil d'IQ de décembre 2014.

Du 1er décembre 2014 au 27 janvier 2015, IQ a vendu 5,62 millions d'actions additionnelles, apprennent les administrateurs fin janvier. On ne connaît pas le prix de vente moyen, mais on sait que le prix de l'action de Rona a varié entre 12,36 $ et 14,50 $ durant cette période.

Nulle part, dans les documents que nous avons consultés, les administrateurs d'Investissement Québec ne se penchent sur les risques d'une prise de contrôle du leader canadien de la quincaillerie. C'est plutôt l'impact de la variation du cours de l'action de Rona sur le bénéfice annuel de la société d'État qui paraît les préoccuper.

Un rapport du comité de gestion des risques auquel participaient Louis Roquet, président du C.A., et Pierre Gabriel Côté, PDG d'IQ [il était entré en poste plus tôt dans le même mois], explique que l'impact sur les profits d'IQ résultant d'une baisse éventuelle de 20 % de son portefeuille boursier créerait une perte de 19 millions. « Une partie importante de cette baisse serait attribuable à RONA », lit-on dans le document consulté.

« Le comité est d'avis qu'il y aurait lieu pour IQ de se départir de ses actions de RONA, à un prix supérieur à leur valeur comptable. »

- Extrait d'un rapport du comité de gestion

IQ s'est effectivement départi progressivement des 4,5 millions d'actions qui lui restaient en portefeuille dans les semaines qui ont suivi, jusqu'en février 2015. Durant cette période, l'action Rona s'est vendue dans une fourchette de prix allant de 12,55 $ à 15,29 $.

Si elle avait conservé ses 11 millions d'actions de Rona un an de plus en portefeuille, IQ aurait fait un profit additionnel d'au moins 100 millions.

- Avec la collaboration spéciale de Michel Cusson




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