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Jacques Parizeau, le plus flamboyant

Après avoir été élu en 1976, Jacques Parizeau... (Photothèque La Presse)

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Après avoir été élu en 1976, Jacques Parizeau a piloté les ministères des Finances et du Revenu et il a assuré la présidence du Conseil du trésor.

Photothèque La Presse

Claude Picher

Collaboration spéciale

La Presse

Depuis les années 70 jusqu'à ma retraite, il y a cinq ans, j'ai couvert les budgets des ministres libéraux Raymond Garneau, Gérard-D. Levesque, André Bourbeau, Yves Séguin, Michel Audet et Monique Jérôme-Forget, et les budgets des ministres péquistes Jacques Parizeau, Yves Duhaime, Bernard Landry et Pauline Marois. Parmi tous ces ministres, Jacques Parizeau a été, et de loin, le plus flamboyant.

Le gouvernement fraîchement élu de René Lévesque, en 1976, était particulièrement faible dans les dossiers économiques et financiers. M. Lévesque lui-même n'y comprenait pas grand-chose, et c'était aussi le cas de presque tout le cabinet. Sauf quatre noms: Jacques Parizeau, Bernard Landry, Rodrigue Tremblay et Guy Joron.

Un seul d'entre eux, Guy Joron, avait quelque expérience pratique du milieu des affaires. Rodrigue Tremblay, à l'Industrie et au Commerce, ne s'est pas particulièrement distingué. Bernard Landry, au Développement économique, a produit quelques documents prometteurs, mais il était encore jeune et bien loin de devenir par la suite le géant que l'on sait.

C'est Jacques Parizeau seul, avec panache, brio et compétence, et de toute évidence une solide maîtrise de ses dossiers, qui fournira à ce gouvernement un vernis de crédibilité en matière économique et financière.

Panache: je me rappellerai toujours une de ses premières conférences de presse après sa nomination aux Finances. À une question d'un journaliste anglophone, il répond comme s'il était dans un distingué salon de thé: «Heavens, no!» Et de poursuivre la réponse avec le plus pur accent londonien. La prestation a fortement impressionné les journalistes présents, francophones et anglophones confondus. Même un vétéran comme Jean-V. Dufresne en avait le menton tombé.

Brio: la nationalisation de l'amiante, c'était le dada du député de Mégantic, Gilles Grégoire. Mais pour piloter une affaire aussi délicate, cela prenait un personnage d'envergure, et René Lévesque a demandé à Jacques Parizeau de s'en occuper. Bien des années plus tard, ce dossier finira en queue de poisson; mais à l'époque, personne ne pouvait prévoir que l'amiante deviendrait un produit maudit.

Toujours est-il qu'un bon soir, en Chambre, Jacques Parizeau se met à expliquer les conditions que le gouvernement entend offrir aux actionnaires d'Asbestos Corporation. Un député libéral s'indigne: «C'est du vol!» Jacques Parizeau le fixe droit dans les yeux et, sur un ton doctoral, explique: «C'est pas du vol, c'est des affaires!»

Compétence: le premier budget du gouvernement Lévesque, au printemps 1977, était attendu avec impatience. Dans l'opposition, le Parti québécois s'était indigné du déficit du dernier budget du ministre libéral Raymond Garneau. M. Parizeau, qui s'était déjà fait une sorte de réputation de magicien de la finance, déposera pourtant un budget aussi déficitaire que son prédécesseur. C'est que, sous ses dehors d'aristocrate, «Monsieur» est un keynésien convaincu et un authentique social-démocrate. Il ne se gêne pas pour ouvrir les vannes. Mais son budget passe quand même la rampe haut la main, parce que le ministre trouve de bons arguments, réussit à convaincre, démontre magistralement son emprise sur les finances publiques. Autrement dit, on a confiance.

Il est une anecdote qui permet de mesurer à quel point le personnage avait le don de retomber sur ses pattes. À l'automne 1978, il apparaît clairement que les finances publiques québécoises sont dans un cul-de-sac. Le gouvernement du PQ a déjà déposé deux budgets déficitaires, mais les entrées d'argent sont largement inférieures aux prévisions, et on se dirige en droite ligne vers un déficit beaucoup plus important que prévu. La matinée du 16 novembre, les salles de rédaction sont averties: Jacques Parizeau déposera un «budget spécial» le soir même. Il est assez rare qu'un ministre des Finances dépose un tel budget en cours d'exercice; c'est un signe que la situation est grave.

Le soir, dans le Salon rouge, les journalistes présents reçoivent leur exemplaire du budget. De toute l'histoire des finances publiques du Québec, c'est le plus court jamais déposé. Il ne fait que deux pages! Et il ne contient qu'une seule mesure, mais quelle mesure: l'introduction d'une taxe-ascenseur sur l'essence, qui fera beaucoup parler. La nouvelle taxe irrite bien des automobilistes, mais elle permettra au ministre d'éviter la catastrophe et de terminer l'exercice en conformité avec les prévisions.

La suite des choses sera moins heureuse. Après le passage de Jacques Parizeau aux Finances, en 1984, le Québec se retrouve avec un déficit record pour l'époque. Il faut dire à sa décharge qu'il a été heurté de plein fouet par la terrible récession de 1981. Je laisse à mes collègues le soin de dresser le vaste inventaire de ses réalisations. De la Caisse de dépôt (alors qu'il était haut fonctionnaire, bien avant son entrée en politique) au régime d'épargne-actions (REA), la liste de ses innovations est aussi longue qu'impressionnante.

Il est limpide que l'héritage de «Monsieur» ressort comme largement positif.




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