Une bonne part des problèmes de gestion et de surcoût qui affligent nombre de chantiers publics au Québec seraient imputables au laxisme qui prévaut souvent au cours de leur planification technique et budgétaire.

Mis à jour le 14 juin 2013
Martin Vallières LA PRESSE

«On va trop vite en appel d'offres dans bien des projets. Aussi, on néglige la planification et la gestion de coûts en omettant de recourir à des professionnels en la matière, comme ça se fait ailleurs au Canada», déplore Jean Paradis, président de la section québécoise de l'Institut canadien des économistes en construction.

Ce nom officiel est un peu trompeur. Car au lieu d'analystes en économie, il s'agit en fait de professionnels certifiés en estimation et en gestion des coûts de construction, ou quantity surveyors au Canada anglais

Cet institut est en congrès national à Montréal hier et aujourd'hui. L'un des thèmes est la «gouvernance en construction», alors que le milieu des chantiers publics au Québec est bousculé par une menace de grève imminente, des allégations de collusion et de corruption, en plus de constats d'incompétence de gestion chez de grands donneurs de contrats.

Dans ce contexte, Jean Paradis estime à propos de promouvoir la certification en planification budgétaire et financière de la construction qui est administrée par l'Institut. Cette certification cible surtout les ingénieurs, architectes et techniciens en bâtiment et en infrastructures.

Pour le moment, l'Institut a 180 membres au Québec, nombre que l'on pense doubler d'ici cinq ans, considérant la demande accrue pour ce type de compétences, pour les raisons que l'on connaît.

Selon Jean Paradis, cette demande augure bien pour un meilleur rendement des fonds publics qui sont dépensés dans de nombreux projets de bâtiments publics et d'infrastructures.

«Dans le secteur public au Québec, et même dans certains projets privés, on commence à peine à impliquer des professionnels en planification budgétaire de la construction dès les premières étapes de préparation. Pourtant, c'est une pratique courante, sinon obligatoire, depuis longtemps ailleurs au Canada, en Ontario et en Alberta notamment», a expliqué M. Paradis au cours d'un entretien en marge du congrès de l'Institut.

À son avis, ce laxisme de planification budgétaire a contribué à maintenir dans la construction au Québec des pratiques qui nuisent de plus en plus à sa compétitivité internationale.

Entre autres, Jean Paradis montre du doigt la «culture du plus bas soumissionnaire» dans les projets publics, qui se résume souvent à l'embauche obligatoire de «l'entrepreneur qui s'est le plus trompé» dans sa planification budgétaire. Cette culture, «qui n'existe pas ailleurs qu'au Québec», aurait favorisé la collusion et la multiplication des «avenants», tant décriées ces temps-ci.

Par ailleurs, comme professionnel en budget de construction, Jean Paradis déplore les surcoûts provoqués au Québec par une convention collective en construction qui est devenue beaucoup trop complexe et tatillonne.

«Il ne s'agit pas de tout jeter par terre. Mais il faut se redonner plus de flexibilité pour s'assurer que les bonnes compétences - fort nombreuses au Québec - puissent être gérées plus efficacement», selon M. Paradis.