Montréal n'est pas seulement la ville paralysée, congestionnée et corrompue qu'on voit jour après jour dans les actualités. C'est aussi une ville à l'économie diversifiée, où le niveau des investissements atteint un record et où les touristes affluent.

Hélène Baril LA PRESSE

Dans la morosité ambiante, le portrait de Montréal que tracent les économistes du Mouvement Desjardins a de quoi surprendre. «On a l'impression que tout va à vau-l'eau, mais ce n'est pas le cas», résume Joëlle Noreau, économiste principale et coauteure de l'étude publiée hier.

La croissance économique, notamment, a été au rendez-vous à Montréal au cours des deux dernières années. À 4,2% en 2010 et 4,5% en 2011, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) témoigne d'une économie solide, selon Desjardins.

La croissance provient notamment des investissements, dont le niveau a augmenté de 27,6% en 2011. Cette performance, la meilleure des cinq dernières années, devrait être égalée ou dépassée cette année, avec la poursuite des grands projets de construction (comme le CHUM) et de réfection des infrastructures (échangeur Turcot).

Les projets de construction de condos et d'hôtels témoignent aussi de la confiance des investisseurs privés à l'égard de Montréal, croit Michel Leblanc, président de la chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Selon Michel Leblanc, il ne fait aucun doute que «Montréal est en bien meilleure santé qu'il y a 10 ans», bien qu'il admette que c'est difficile à croire dans le contexte politique actuel. Ce n'est pas pour rien, par exemple, que Lonely Planet inclut Montréal dans sa liste des 10 villes du monde les plus intéressantes actuellement, selon lui.

Comme les autres régions du Québec, Montréal est frappé par le déclin de son secteur manufacturier. Mais ce déclin ralentit et pourrait même se renverser à moyen terme.

Selon la firme KPMG, citée dans l'étude, le Grand Montréal s'est classé au 1er rang des 20 plus grandes régions métropolitaines d'Amérique du Nord pour la compétitivité des coûts totaux de main-d'oeuvre. «On redécouvre le savoir-faire nord-américain», constate l'économiste de Desjardins.

Sur le plan de l'emploi, la situation de Montréal n'est pas rose. La ville a perdu 10 200 emplois en 2011, après en avoir gagné 29 800 en 2010. Certains de ses secteurs-clés, comme l'industrie pharmaceutique, ont entamé un repli qui se poursuit en 2012, notamment chez Pfizer et Merck.

Mais Montréal a d'autres cordes à son arc. La ville fait des gains dans les secteurs de la finance, du tourisme et de l'économie du savoir. Les gains d'emplois dans le secteur de la technologie font plus que compenser les pertes enregistrées dans le secteur manufacturier, souligne l'étude de Desjardins.

Autre point positif, la métropole du Québec attire beaucoup d'étudiants, et la proportion de jeunes de 15 à 24 ans augmente, ce qui est de bon augure pour l'avenir, «à condition de pouvoir retenir ces jeunes», souligne Joëlle Noreau.

Des projets

Comme pour le reste du Québec, la croissance économique ralentira à Montréal en 2012, prévoient les économistes de Desjardins, en raison du contexte difficile aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Ce qui devrait aider la métropole, toutefois, ce sont les nombreux projets en marche d'un bout à l'autre de l'île.

L'est de Montréal, par exemple, a un plan de croissance qui prévoit des investissements de 550 millions de dollars en cinq ans dans la construction du train de l'Est, le prolongement du métro et la décontamination des terrains. À l'ouest, l'aéroport de Montréal projette des investissements de 165 millions dans l'agrandissement de ses installations.

«Il y a énormément de mobilisation et de gens qui travaillent à faire la promotion économique de Montréal», constate l'économiste de Desjardins. Et ça marche, dit-elle, en donnant l'exemple du secteur touristique, qui est devenu un poids lourd de l'économie montréalaise.

Les «plus»

Investissements à un niveau record en 2012

Augmentation de la population des 15-24 ans

Croissance de l'économie du savoir et de la technologie

Les «moins»

Le déclin de du secteur manufacturier se poursuit

L'industrie pharmaceutique en perte de vitesse

Le taux de chômage reste supérieur à la moyenne québécoise

Source: Desjardins, études économiques