Loin d'avoir été les porteurs d'eau auxquels certains ont voulu les réduire, les Québécois ont pu survivre grâce à leur capacité d'entreprendre.

Rudy Le Cours LA PRESSE

Et ce sera encore cette qualité qui leur permettra de relever les grands défis posés par leur endettement et par leur vieillissement, à condition de ne pas entraver les initiatives de ceux et celles qui désirent lancer ou développer une entreprise.

«Si je suis inquiet pour l'avenir du Québec, ce n'est pas parce qu'il y aurait moins d'entrepreneurs, confesse d'emblée Pierre Duhamel. J'ai peur que nous ayons oublié combien ils sont essentiels au développement de la société, que nous ne saisissions pas toutes les occasions qui se profilent devant nous et que nous ayons plus de difficultés à faire grandir nos entreprises.»

Plaidoyer sans équivoque, L'avenir du Québec - Les entrepreneurs à la rescousse est un essai à la fois synthétique et didactique de l'histoire économique d'une société qui se distingue, peut-être hélas aussi, par un immense malentendu sur la dynamique entre l'État et l'entreprise dans le développement économique.

Une quarantaine de témoins

L'auteur a interrogé plus d'une quarantaine de personnes qui lui ont permis de circonscrire la drôle de bibitte mal aimée qu'on appelle entrepreneur, confondu à tort avec le gestionnaire. Trois qualités sont essentielles pour entreprendre: créativité, optimisme et passion.

Si le manager étudie, calibre, mesure, l'entrepreneur fonce dans le tas, précise-t-il. Si le premier cherche à prédire l'avenir, le second croit plutôt qu'il incarne l'avenir.

Duhamel plaide aussi que l'argent n'est pas le premier motif qui pousse une personne à se lancer en affaires. La liberté, l'imputabilité, l'autonomie, le goût de la concurrence, la réalisation de soi, le désir de concrétiser ses idées passent avant la rémunération qui tarde à se matérialiser, souvent même après un ou plusieurs échecs.

«L'entrepreneuriat est un pari sur l'avenir, sur son propre avenir», résume Duhamel.

On n'est pas moins entrepreneur au Québec qu'ailleurs au Canada, voire aux États-Unis, chiffres à l'appui.

Duhamel note toutefois que les Québécois valorisent davantage la sécurité que le risque (à ne pas confondre avec le jeu), pourtant un préalable à l'esprit d'entreprendre, mais qu'ils comptent davantage sur les initiatives privées que sur l'État pour assurer leur avenir économique.

À la différence des Suédois à qui nous aimons nous comparer, les Québécois ne semblent pas croire au marché qu'ils opposent à l'État. Cela contribue à ne pas valoriser assez l'entrepreneur comme générateur de richesses, alors qu'il revient à l'État de les allouer de manière équitable et optimale.

L'auteur égratigne au passage le paradoxe: l'État subventionne à tout crin pour stimuler l'entreprise, mais il l'embourbe en même temps dans une débauche de paperasse. «Simplifions, allégeons, détaxons, prône-t-il. Il faut faire les choses autrement pour remporter la course à obstacles dans laquelle nous nous engageons et relever l'immense défi de la productivité.» Et de l'innovation, ajoute-t-il plus loin.

Il cerne ensuite ce qui peut faire le succès d'une entreprise, au-delà d'un peu de chance: le savoir, le réseautage et une connaissance du marché existant ou à développer.

À cet égard, le continent web offre des occasions d'affaires inédites que d'aucuns exploitent déjà avec grand succès en ayant développé une clientèle dispersée dans tous les coins du monde.

«Les Québécois n'ont pas idée combien leur «équipe entrepreneuriale» est talentueuse et a de la profondeur, comme on dit dans le jargon sportif, écrit-il. Cela serait fort utile pourtant.»

Duhamel souligne que l'histoire économique du Québec, c'est avant tout celle de l'exploitation et du développement de ses ressources naturelles. Pas toujours sans tache, certes, mais assez réussie pour avoir permis l'épanouissement d'une société qui fait envie.

Méfiance

Malheureusement, la méfiance règne plutôt devant les immenses possibilités d'essor économique qu'offre le Plan Nord et les réserves gazières et pétrolières enfin valorisables.

Pourrons-nous relever à nouveau ce défi, alors que nous vieillissons plus vite que la plupart des autres sociétés, que nous travaillons moins longtemps et que nous sommes parmi les plus endettés?

«J'en doute. Je vois trop d'obstacles, du «syndrome pas dans ma cour» à l'opposition systématique des groupes environnementaux qui viendront pleurer devant les caméras sur tous ces paradis perdus, souillés ou menacés par le bitume, déplore-t-il. Je suis conséquemment pessimiste sur l'essor ou l'éclosion d'une véritable grappe industrielle dans ce secteur au Québec. Au nom de la propreté, nous prenons parti pour la dépendance.»

Puissent nos entrepreneurs et nous tous confondre son scepticisme!

Pierre Duhamel. L'avenir du Québec - Les entrepreneurs à la rescousse. Les éditions La Presse. 238 pages