Quelques ailes de poulet pendant l'hymne national, un burger au deuxième entracte, deux ou trois pintes de blonde pour faire passer le tout et encore une autre en cas de victoire pour lever son verre au futur défilé de la rue Sainte-Catherine: les séries éliminatoires de hockey, c'est bien connu, ça fait rouler l'économie. Sauf que c'est loin d'être tout le monde qui en profite.

Mis à jour le 15 avr. 2010
Philippe Mercure LA PRESSE

En fait, l'impact des séries sur l'ensemble des restaurants pourrait même s'avérer... négatif, selon des calculs effectués à la demande de La Presse Affaires.

Négatif? «Si vous dites ça aux gens de la Cage aux sports, ils vont vous dire que c'est n'importe quoi. Pour eux, l'apport va être très important. Sauf que le resto à une rue de là, lui, ses revenus risquent de baisser les soirs où il y a des matchs de série - justement parce que les gens vont dans les bars sportifs. Ou parce qu'ils restent à la maison pour regarder le match à la télé», explique Pierre Emmanuel Paradis, économiste principal à la firme montréalaise Groupe d'analyse.

À la demande de La Presse Affaires, M. Paradis a tenté de chiffrer les fameuses «répercussions économiques» des matchs de série sur les restaurateurs.

L'économiste a comparé les revenus des restaurants des provinces qui possèdent une équipe de hockey dans la Ligue nationale (le Québec, l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique) à ceux des autres provinces. En faisant la différence entre les revenus des deux groupes en période normale, puis en période de séries éliminatoires, il est possible de dégager la contribution des matchs de séries.

Verdict final: les séries feraient perdre en moyenne 72$ par mois aux restaurateurs canadiens, et 547$ à ceux du Québec.

Une perte de 72$ par mois pour un restaurant qui fait des revenus moyens d'un peu plus de 40 000$ pendant la même période, c'est très peu. En fait, M. Paradis juge que son propre chiffre n'est «pas significatif sur le plan statistique».

«Ce qu'on peut dire, par contre, c'est que s'il y avait vraiment un impact significatif, ça ressortirait très clairement», dit M. Paradis.

François Meunier, vice-président, affaires publiques et gouvernementales, de l'Association des restaurateurs du Québec, est bien conscient du phénomène. «Ça n'agit pas de façon égale. Il y a bien du monde qui regarde les matchs sur leur écran 42 pouces et ne sortent pas», dit celui qui se réjouit tout de même de «la dynamique que ça crée dans la ville.»

Faut que la fièvre prenne...

Jean Bédard est PDG de Sportscene, l'entreprise qui possède la Cage aux sports. Pour lui, un bon match de séries pendant un soir de semaine peut carrément faire doubler le chiffre d'affaires. Le samedi, une soirée déjà occupée, il parle d'une augmentation de 15 à 20% par rapport à un match de la saison régulière.

«Pour que la fièvre prenne, il va falloir que le Canadien aille chercher au moins un match à Washington», avertit-il toutefois.

Le grand patron se rappelle de l'an dernier, où le Canadien avait encaissé quatre défaites consécutives avant d'entamer sa saison de golf. L'intérêt des fans s'était rapidement essoufflé. «Le quatrième match, ce n'est pas un match des séries. La façon dont ça va se dérouler va avoir beaucoup d'impact sur l'achalandage», dit-il.

«Tous les bars sportifs sont très excités et sont prêts pour jeudi, dit quant à lui Peter Sergakis, président de l'Union des tenanciers de bars du Québec. On a besoin de ça: les bars et les restaurants ne fonctionnent pas comme avant. Pendant les séries du Canadien, les clients dépensent plus, ils donnent plus de pourboire», observe-t-il.

Avec Vincent Brousseau-Pouliot