Les restaurateurs s'attendaient au pire. Ils ont eu du «moins pire».

Stéphane Paquet
Stéphane Paquet LA PRESSE

«On le sent comme tout le monde», dit Félix Herce, du restaurant Le Piémontais, en parlant du ralentissement économique. Le chiffre d'affaires a baissé de 10% à 15% par rapport à l'an dernier, poursuit-il. «Mais on a notre clientèle régulière depuis 32 ans. C'est ça qui nous a sauvés.»

Aux Deux Singes de Montarvie, les chiffres sont semblables. Mais ça n'empêche pas le propriétaire, Michael Lussier, de penser à l'expansion. Depuis peu, il ouvre les mercredis et jeudis midis. «Au bout de la rue, il y a Ubisoft», explique-t-il, en parlant de sa clientèle du midi.

Ces deux cas illustrent ce que nombreux restaurateurs ont fait ce printemps: un grand ouf!

«La situation est moins critique que ce à quoi on aurait pu s'attendre», résume François Meunier, de l'Association des restaurateurs du Québec.

M. Meunier y va de quelques chiffres: pour les deux premiers mois de l'année, les ventes étaient en hausse de 3,5%. Si on tient compte de l'inflation, on a droit à un léger recul, de 0,4%. Et ce sont les restaurants avec un service au comptoir qui performent mieux, précise-t-il.

Un autre chiffre, celui des faillites de restos. Durant les trois premiers mois de l'année, il y en a eu 73 au Québec. Peu? Beaucoup? Si on compare aux trois premiers mois de 2008, il s'agit d'une baisse de 10 du nombre d'entrepreneurs qui ont dû mettre la clé sous la porte.

À Tourisme Montréal, où on prévoit une baisse de 4% du nombre de touristes à Montréal cette année, on croit que les établissements qui attirent une clientèle étrangère seront plus touchés par le ralentissement. «Sur les 4000 restos (de Montréal), c'est peut-être 400 qui ont une clientèle internationale significative», explique Pierre Bellerose, vice-président de l'organisme.

Ces touristes plus frileux qui restent chez eux, Luigi Clementi, du Coco-Pazzo, à Mont-Tremblant, en sait quelque chose. «Ça a été plus difficile depuis janvier», convient-il.

En fait, s'il regarde ses chiffres pour le seul mois de mai, ils sont en hausse par rapport à l'an passé. Sauf que d'habitude, il ferme pendant un peu plus de 10 jours en mai pour refaire la peinture et autres trucs du genre. Cette année, il est au fourneau, à cuisiner pâtes et risotto. «Je me suis dit que, si les autres ferment et que moi je reste ouvert, je vais avoir au moins quelques clients.»

Et pour juin, son carnet de réservations se remplit plus vite que l'an passé. «Je pense que c'est lié à l'ouverture du casino», avance-t-il.

L'emploi

Selon l'économiste Joëlle Noreau, de Desjardins, une partie de la raison pour laquelle les restaurants s'en sortent mieux que prévu vient du fait que l'emploi a tenu le coup au Québec, mieux en tout cas que dans les récessions des années 80 et 90. Jusqu'à présent du moins.

En plus, note-t-elle, les emplois perdus l'ont surtout été dans les secteurs de la construction et de la fabrication, «pas des gens qui vont dans les restos le midi», note Mme Noreau.

Même si elle s'attend à d'autres licenciements au cours des prochains mois, l'hécatombe au chapitre de l'emploi n'aura pas l'allure de celle aux États-Unis. La baisse de valeur des avoirs des Québécois est aussi moindre, ce qui a un impact sur les sorties aux restaurants. «Ici, les gens n'ont pas vu la valeur de leur maison baisser de 30%. Ça coupe l'appétit, ça!»