Un petit avion amphibie essaie de redécoller à Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais cette fois-ci, le gouvernement du Québec n'a pas l'intention de monter à bord.

Marie Tison
Marie Tison LA PRESSE

Le prototype du Seawind 300C s'était écrasé au Manitoba en août 2007. L'accident ne semblait pas lié à un mauvais fonctionnement de l'appareil, mais il a quand même entraîné la faillite d'Advanced Aero Corporation, la société qui fabriquait l'appareil, déjà en sérieuses difficultés financières, et la fermeture de son usine de Saint-Jean-sur-Richelieu. Investissement Québec avait alors perdu le million de dollars qu'il avait prêté à l'entreprise.

«Nous sommes de retour, a affirmé le président d'Advanced Aero Corporation, Richard Silva, qui a acquis les actifs de l'entreprise pour créer une nouvelle société. Ça a pris du temps, beaucoup de temps, mais nous avons réussi à réunir les fonds nécessaires pour reprendre le projet.»

Il a indiqué que les investissements provenaient surtout de personnes qui avaient commandé un Seawind, un petit appareil amphibie à quatre places qui devrait coûter un peu plus de 400 000 dollars canadiens.

«Avec ce qui se passe avec les banques, un financement bancaire n'était pas vraiment disponible», a-t-il déclaré, au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse Affaires.

À la cessation de ses activités, en 2007, le carnet de commandes d'Advanced Aero Corporation comptait 94 appareils Seawind. Plusieurs clients ont demandé à ravoir leur dépôt, mais pas moins de 56 clients ont décidé de demeurer à bord.

«C'est un appareil unique, a lancé M. Silva. Le fait que des personnes décident d'attendre un an et demi sans même savoir si nous allions reprendre le travail, ça en dit beaucoup.»

Le Seawind est un appareil amphibie turbopropulsé aux lignes futuristes, fabriqué notamment à partir de matériaux composites. On pénètre à l'intérieur en soulevant le pare-brise, qui s'ouvre comme une huître. Cet appareil était disponible en kit, pour les aviateurs bricoleurs, mais Advanced Aero Corporation a décidé d'assembler l'appareil à Saint-Jean-sur-Richelieu, un projet qui devrait entraîner la création d'une centaine d'emplois. Pour être commercialisé, ce nouveau Seawind devait cependant obtenir des certifications gouvernementales, et donc passer à travers un rigoureux programme de tests.

Pertes

Pour appuyer le projet, Investissement Québec avait offert à l'entreprise un prêt d'un million de dollars et des garanties de prêts de 2,8 millions. Pour sa part, Développement économique Canada lui avait octroyé une contribution remboursable de 440 250$.

M. Silva a indiqué qu'il n'avait pas cherché à obtenir une assistance gouvernementale pour la nouvelle mouture du projet. «Cela n'aurait servi à rien d'aller les voir parce que nous savions qu'il y aurait eu des problèmes d'éligibilité», a-t-il déclaré.

La porte-parole d'Investissement Québec, Josée Béland, s'est montrée très peu enthousiaste à l'idée d'une nouvelle participation. «Ils ne sont pas revenu nous voir avec un projet, mais on s'entend que... nous avons perdu avec ça», a-t-elle déclaré à La Presse Affaires.

De son côté, Développement économique Canada s'attend à radier une bonne partie de sa contribution.

M. Silva a indiqué que son entreprise avait rouvert l'usine de Saint-Jean-sur-Richelieu en avril et engagé une quinzaine de personnes, soit la moitié en ingénierie et en administration et l'autre moitié en production.

«Lorsque nous avions cessé nos activités, nous avions un appareil complété aux deux tiers, a-t-il déclaré. Nous sommes allés chercher le matériel et les employés nécessaires pour le compléter et l'affecter aux essais en vol.»

Il a indiqué que les essais étaient très avancés lors de l'écrasement du prototype, en août 2007, et qu'il serait possible de les compléter d'ici la fin de l'année. «À ce moment-là, nous procéderons à une importante vague d'embauches pour entreprendre la production, a-t-il ajouté. Nous devrions fabriquer 24 appareils au cours de la première année de production et 60 appareils au cours de la seconde.»

Il a dit s'attendre à ce que les anciens clients du Seawind remontent à bord, et que de nouveaux clients se manifestent, dès que les livraisons débuteront.

Le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Gilles Dolbec, espère que M. Silva gagnera son pari et sera capable de relancer le projet.

«Ils ont du chemin à faire pour obtenir leur certification, mais je pense qu'ils sont capables, c'est une compagnie qui allait bon train, a-t-il déclaré. Parler d'emplois par les temps qui courent, c'est rare, c'est quelque chose qui serait bénéfique pour notre région.»