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Caisse de dépôt: le PCAA acheté avec de l'argent emprunté

Les investissements de la Caisse de dépôt dans le papier commercial ont soulevé... (Photo: Archives La Presse)

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(Montréal) Les investissements de la Caisse de dépôt dans le papier commercial ont soulevé plusieurs questions demeurées sans réponse. Après enquête, voici ce que La Presse Affaires a découvert concernant cet épisode qui a fait perdre à la caisse 5,6 milliards de dollars. Demain : les primes et le papier commercial.

Pour améliorer son rendement, la Caisse de dépôt et placement a emprunté une montagne de liquidités ces dernières années. Et cet argent emprunté a notamment servi à acheter les 13 milliards de dollars de papier commercial devenus problématiques, a appris La Presse Affaires.

 

La stratégie existait déjà pendant l'ère de l'ex-PDG Jean-Claude Scraire, mais elle a pris des proportions gigantesques entre 2002 et 2007, pendant celle d'Henri-Paul Rousseau.

À la fin de 2001, la Caisse avait 2,4 milliards sous emprunt destinés à être placés dans le marché monétaire, à court terme. Dans les années qui ont suivi, cette somme a explosé, atteignant 46,5 milliards à la fin de 2006, avant la crise du papier commercial. Aucun autre poste n'a crû autant à la Caisse pendant l'ère Rousseau, nous indiquent les rapports annuels des dernières années.

La stratégie est relativement simple : la Caisse de dépôt profite de son portefeuille de titres diversifiés pour emprunter des fonds et les placer à court terme. En temps normal, l'opération rapporte des profits intéressants. Les taux d'intérêt obtenus sur les placements, comme le papier commercial PCAA, sont plus élevés que le coût des fonds empruntés. L'écart de taux est parfois petit - 15 points centésimaux - mais la technique peut rapporter gros compte tenu des immenses sommes en jeu.

Bonifier le rendement

Dans un échange de courriels techniques avec La Presse Affaires, la Caisse de dépôt a admis utiliser des méthodes d'emprunt sophistiquées pour « bonifier le rendement de ses déposants «. Elle reconnaît également que l'argent emprunté a notamment servi à acheter du papier commercial.

« La Caisse est active dans ce marché (NDLR : d'emprunt sophistiqué) depuis de très nombreuses années, tout comme le sont plusieurs de ses pairs canadiens, américains ou européens «, nous répond la Caisse par l'entremise de son porte-parole, Maxime Chagnon.

Dans son allocution devant la chambre de commerce de Montréal, le 9 mars, Henri-Paul Rousseau a affirmé que « la Caisse a commencé à utiliser le PCAA comme instrument de gestion de liquidités en 1997 (...) L'accumulation est le fruit de centaines de transactions, réalisées sans incident. La Caisse n'a pas décidé d'un seul coup d'accumuler 13 milliards de PCAA. La Caisse avait simplement beaucoup de liquidités parce qu'elle avait encaissé beaucoup de profits de 2005 à 2007 «.

Dans le marché, plusieurs observateurs avisés s'interrogent sur les raisons invoquées par l'institution. « Ce n'est pas parce que la Caisse faisait beaucoup de profits qu'elle avait besoin de placer de l'argent à court terme. C'est sa stratégie qui augmentait ses liquidités et créait ce besoin «, nous dit un gestionnaire bien au fait des politiques de la Caisse.

La technique REPO

Un des moyens privilégiés de la Caisse pour emprunter est une technique appelée REPO, acronyme anglais pour Titres vendus en vertu de convention de rachat. Essentiellement, la Caisse prête à d'autres institutions certains des milliers de titres boursiers ou obligataires qu'elle a dans ses livres et reçoit du comptant en échange. La contrepartie utilise ces titres de la Caisse pour diverses raisons : ventes à découvert, réduction du fardeau fiscal, arbitrage de fonds, etc.

Par analogie, c'est comme si la Caisse hypothéquait ses titres financiers, comme ce serait le cas d'une maison, et qu'elle recevait de l'argent comptant en échange, pour quelques jours ou quelques semaines. Cet argent est réinvesti sur le marché monétaire à court terme dans l'achat de bons du Trésor du gouvernement ou de papier commercial, entre autres. Autrement dit, la Caisse réussit donc avec ses titres boursiers et obligataires à emprunter à faible taux et à placer à meilleur taux.

À la fin de 2006, avant la crise, cette activité de REPO représentait 24,4 milliards dans le portefeuille de Valeurs à court terme. En comparaison, ce portefeuille n'avait emprunté que 450 millions en REPO à la fin de 2002 et 2 milliards à la fin de 2003.

Ces énormes liquidités à placer à la Caisse à partir de 2004 ont coïncidé avec la raréfaction d'un des principaux instruments de placement à court terme : les bons du Trésor du gouvernement fédéral. Cette diminution des émissions vient de la baisse de la dette, notamment. Henri-Paul Rousseau en a fait mention dans son allocution à la chambre de commerce de Montréal et tous les observateurs lui donnent raison sur ce point.

Explosion

Le papier commercial s'est donc avéré une option pour absorber ces liquidités de la Caisse et celles d'autres institutions. D'autant plus que ce véhicule offrait un rendement variant entre 25 et 45 points de base de plus, selon diverses sources.

Ce qui devait arriver arriva : entre la fin 2004 et la fin 2006, le papier commercial vendu sur le marché a explosé de 198 %, selon un recensement de La Presse Affaires dressé à partir des documents de la firme DBRS.

Plus précisément, le volume total est passé de 11,1 milliards au 31 décembre 2004 à 33,1 milliards au 31 décembre 2006. En août 2007, au moment de la crise, on estimait ce marché à 35 milliards.

Nous avons tenté de savoir à partir de quand la Caisse a gonflé son portefeuille de PCAA, mais l'institution n'a pas voulu nous dévoiler ses chiffres, ni officiellement, ni par l'entremise de l'accès à l'information. Nous avons également cherché à savoir pourquoi la Caisse n'avait pas plutôt acheté un tel volume de PCAA bancaire, plutôt que non bancaire, mais sans succès.

Le PCAA bancaire, rappelons-le, n'a pas été gelé pendant la crise d'août 2007, puisque pour l'essentiel, les banques canadiennes ont assuré les liquidités à l'échéance des titres. Dans le cas du papier appelé non bancaire, ce sont les banques internationales qui devaient assurer les liquidités et elles ont fait faux bond aux détenteurs de papier en août 2007.

Tout au plus, la Caisse nous a indiqué qu'elle était un acteur majeur dans le PCAA non bancaire au moins 18 mois avant la crise. En outre, elle dévoilera certains renseignements à ce sujet au cours de la commission parlementaire du début mai.

 

Boom des emprunts à la Caisse avant la crise du papier commercial

Emprunts REPO pour le marché monétaire/ Emprunts totaux pour le marché monétaire

[en milliards de dollars]

2001 0,0 /2,4

2002 0,5 /3,7

2003 2,0 /8,6

2004 14,7/29,1

2005 21,7 /46,0

2006 24,4 /46,5

2007* 0,8/ 0,8

2008* 0,0/ 0,1

* Après la crise du PCAA d'août 2007, la Caisse a transféré ses activités d'emprunt du portefeuille Valeurs à court terme dans celui d'Obligations. Les emprunts REPO des deux portefeuilles ont décru de 30 milliards entre 2006 et 2008, pour atteindre 20,2 milliards au 31 décembre 2008

 




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