La crise économique aiguë qui sévit depuis plusieurs mois ne décourage pas les jeunes Québécois d'aller étudier en finance. En fait, les inscriptions ont bondi dans presque toutes les universités de la province pour le semestre d'automne 2009, a appris La Presse Affaires.

Maxime Bergeron
Maxime Bergeron LA PRESSE

À McGill seulement, le nombre de candidatures au MBA a grimpé de 15 à 20% par rapport à l'année dernière, indique Omar Toulan, vice-doyen aux affaires académiques à la faculté de gestion Desautels. À Concordia, la hausse atteint 16% au MBA régulier.

 

La période d'inscription se terminait le 1er mars pour la plupart des programmes de premier cycle, et un peu plus tard pour les études supérieures. Les données obtenues par La Presse Affaires sont préliminaires, mais déjà, elles font état d'une augmentation dans de nombreux secteurs liés à la finance.

À l'Université de Sherbrooke, les demandes d'admission ont grimpé de 7% au baccalauréat en administration, de 11% en économie... et de 26% à la maîtrise en fiscalité! «On est un peu étonnée, admet Roger Noël, doyen de la faculté d'administration. On a toujours eu des augmentations d'année en année, mais cette année, on s'attendait plutôt à une stabilisation.»

À HEC Montréal, les inscriptions sont stables dans l'ensemble, mais certains programmes affichent une forte hausse. Le nombre de postulants pour les cours de gestion trilingues - anglais, français et espagnol - a ainsi bondi de 25% pour l'automne prochain.

À l'Université Laval, les étudiants sont un peu plus nombreux que l'an dernier à choisir les programmes d'administration. Le gain est d'environ 2% au premier cycle et de 1% au deuxième cycle.

L'UQAM remarque pour sa part une «légère hausse» des candidatures reçues à l'École des sciences de la gestion (ESG), souligne la porte-parole, Jennifer Desrochers. L'institution refuse toutefois de la quantifier pour le moment.

Sans crainte?

Serait-ce à dire que la crise actuelle, qui a fait disparaître des dizaines de milliers d'emplois en finance partout sur la planète au cours des derniers mois, n'effraie pas les futurs étudiants? Il semble que non, du moins si l'on se fie à Olivier Delisle.

Le jeune homme de 19 ans vient tout juste d'être accepté en gestion internationale à l'ESG pour le semestre d'automne. Il se dit confiant de décrocher facilement un job et de «faire de l'argent» à sa sortie de l'université grâce à son diplôme.

«Les baby-boomers vont commencer à prendre leur retraite dans quelques années, et même si la crise sévit en ce moment, il y aura des postes à combler, fait valoir Olivier Delisle. Je n'ai jamais hésité à cause de la crise.»

Kathleen Grant, directrice des communications et du recrutement à HEC Montréal, partage cet optimisme, même si elle reconnaît que la situation pourrait être plus difficile pour ceux qui sortiront de l'école cette année.

«Si votre inclinaison est d'aller un jour en finance, vous finirez votre bac dans un horizon de trois ans, et les entreprises auront encore besoin de bons financiers dans trois ans», avance-t-elle.

Omar Toulan, vice-doyen à McGill, croit pour sa part que la bonne tenue relative de l'industrie financière canadienne explique l'intérêt soutenu - voire accru - des futurs étudiants.

«L'industrie n'embauche plus autant, mais la finance se porte encore relativement bien au Canada et n'a pas été souillée comme ailleurs dans le monde, dit-il. On n'a pas vu de licenciements massifs dans les banques canadiennes.»

Un autre phénomène, cyclique celui-là, expliquerait la recrudescence des inscriptions. «Quand il y a une inquiétude quant à l'emploi, certains choisissent les études et se disent: plutôt que de me traîner les pieds à chercher un emploi, je vais retourner aux études», souligne Roger Noël, de l'Université de Sherbrooke.

Une théorie qui se confirme à l'UQAM. Jusqu'à maintenant, le regain des demandes d'admission ne se limite pas à la finance, mais touche l'ensemble des programmes, indique la porte-parole, Jennifer Desrochers. «En temps de crise économique, le phénomène qu'on observe, c'est que les gens retournent sur les bancs d'école.» En 2007, le Québec comptait 203 673 étudiants universitaires de premier cycle, 46 327 à la maîtrise et 13 128 au troisième cycle, selon les données du ministère de l'Éducation.

 

DES PROGRAMMES POPULAIRES

(Nombre d'inscriptions préliminaire pour la semestre d'automne 2009, variation sur un an)

Université de Sherbrooke, Maîtrise en fiscalité : "26%

HEC, bac en gestion trilingue : " 25%

École de gestion John Molson (Concordia), bac en comptabilité : "23%

Université Laval, études de premier cycle en administration: "2%