Des revenus relativement stables. Une clientèle fidèle. Une image de marque depuis un centenaire. En d'autres mots, exactement le genre de placement que recherche la Caisse de dépôt et placement du Québec afin de faire fructifier le bas de laine des Québécois.

Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

Malgré tout, Michel Nadeau, ancien numéro deux à la Caisse, doute que le bas de laine des Québécois plonge dans l'aventure du Canadien de Montréal si George Gillett décidait de vendre son équipe de hockey. «Faire un prêt, c'est plus simple», dit M. Nadeau, qui avait été au centre des discussions entourant le prêt de 140 millions consenti par la Caisse à George Gillett lorsque ce dernier a acheté le Canadien en 2001. Le prêt a été remboursé en totalité en 2006.

Selon Michel Nadeau, le Canadien est un placement intéressant pour un grand investisseur institutionnel qui voit à long terme comme la Caisse. L'ancien haut dirigeant de la Caisse se demande seulement si le jeu en vaut la chandelle. Et surtout, si la Caisse pourra disposer de ses actions du Canadien sans déclencher une polémique monstre.

«Quand vous évaluez un placement, vous devez évaluer votre entrée et votre sortie. On nous avait approchés pour participer au capital-actions des Nordiques. Le jour où la Caisse aurait vendu les Nordiques, à un Américain en plus, l'institution aurait été considérée comme une traîtresse à la nation. Ou vous vendez à un étranger avec tous les risques que ça comporte, ou vous trouvez un acheteur québécois - et il n'y en a pas tant que ça», dit Michel Nadeau, maintenant directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques.

L'hypothèse de l'achat du Tricolore par la Caisse rappelle à Michel Nadeau une autre saga dans l'histoire de l'institution: la vente de l'épicier québécois Provigo à l'entreprise ontarienne Loblaws. «Il y a eu beaucoup de réactions car les Québécois étaient attachés à Provigo, dit-il. Mais jamais comme à une équipe de hockey».

Difficile à gérer

Aussi optimiste soit-il pour la santé financière de l'équipe de Bob Gainey, l'économiste Philip Merrigan ne croit pas que la Caisse investira dans le Canadien. Surtout pas au moment où l'institution se remet péniblement de l'échec de l'aventure du papier commercial.

«La Caisse veut éviter les manchettes, dit-il. Le Canadien serait un placement difficile à gérer pour l'équipe, même si les critiques envers le propriétaire sont moins nombreuses depuis l'instauration du plafond salarial. La raison est simple: des équipes comme le Canadien et les Maple Leafs dépensent le maximum permis en salaires. On ne peut plus dire qu'ils ne font pas tout pour gagner la Coupe Stanley.»

Même sans Coupe Stanley, Teachers' a réalisé un investissement des plus profitables avec les Maple Leafs de Toronto. Philip Merrigan soutient toutefois que la recette torontoise s'importerait difficilement à Montréal. «Les Maple Leafs ont été une bonne affaire pour Teachers', mais il y a une dimension émotive trop importante au Québec à l'égard du Canadien», dit Philipe Merrigan.

Une bonne partie des profits engendrés par Teachers' n'a aussi rien à voir avec les ennemis jurés du Canadien. «MLSE (Maple Leaf Sports and Entertainment) possède beaucoup d'immobilier, où le marché a beaucoup plus de potentiel à Toronto», dit Michel Nadeau.

À défaut de devenir actionnaire, la Caisse pourrait bien être forcée de faire un prêt au nouveau propriétaire du Tricolore. Et ce, même si les circonstances ayant justifié la décision de prêter 140 millions à George Gillett en 2001 ont changé. «La Caisse a créé un précédent, dit Philip Merrigan. Des acheteurs québécois pourraient bien demander et obtenir la même chose qu'a obtenue M. Gillett la dernière fois.»