Crise économique oblige, les faillites sont en hausse au pays. Et si les consommateurs québécois s'en tirent mieux que les autres Canadiens, les entreprises de chez nous, elles, présentent un mauvais bilan. Fait surprenant, les faillites d'entreprises sont en effet en hausse au Québec... alors qu'elles diminuent dans le reste du Canada.

Philippe Mercure
Philippe Mercure LA PRESSE

Le nombre de faillites a bondi de 19% en janvier au Canada par rapport à la même période l'an dernier. S'il ne s'agit clairement pas d'une bonne nouvelle, le chiffre fait tout de même moins peur que la dégradation de 47% observée entre décembre 2008 et décembre 2007.

 

«Ça nous rassure un peu», dit Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins.

Les particuliers

Un coup d'oeil aux statistiques montre que ce sont les particuliers qui encaissent pour l'instant les contrecoups de la crise économique. Le nombre de consommateurs qui ont abdiqué devant l'ampleur de leurs dettes a bondi de 21,7% entre janvier 2009 et janvier 2008. Pendant la même période, le bilan des entreprises, lui, s'améliorait de 14,7%.

«Les faillites des particuliers arrivent plus tôt que lors des autres récessions», note Sébastien Lavoie, économiste chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne, qui pointe le niveau record d'endettement des ménages canadiens (le radio dette/revenu atteignait 136% à la fin 2008) pour expliquer la situation.

L'économiste note que les «trois piliers qui contribuent à la croissance des revenus et à la richesse des ménages sont tous tombés au combat»: la Bourse, l'immobilier et l'emploi. Frappés de trois côtés à la fois, bien des Canadiens n'arrivent plus à payer leurs comptes.

Mais la situation varie beaucoup de province en province. La hausse des faillites personnelles a été spectaculaire dans l'Ouest en janvier (60,7% en Alberta et 51,6% en Colombie-Britannique) alors qu'elle a atteint 24,5% en Ontario et «seulement» 11,7% au Québec.

Pour Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins, c'est justement parce que l'un des «piliers» de la richesse, l'immobilier, a été beaucoup moins ébranlé au Québec qu'ailleurs au Canada.

«Par rapport au sommet, on parle d'une baisse du prix des maisons de 0,7% au Québec, contre 21% en Colombie-Britannique et 12% en Ontario», note-t-elle.

Hier, l'Association des consommateurs du Canada a rappelé que la faillite ne devait être vue que comme une solution de dernier recours. Les conséquences d'une faillite personnelle peuvent hanter longtemps un individu, a soutenu l'Association, qui rappelle que des solutions comme vendre des biens et consolider ses dettes devraient être considérées avant la faillite.

Le mystère des entreprises

Si les explications semblent logiques pour les faillites des consommateurs, les chiffres sont plus surprenants du côté des entreprises. Alors que l'Ontario nage en pleine crise automobile, les faillites d'entreprises y sont en baisse de 24,5%. Et le Québec, dont l'économie s'en tire supposément mieux, est la seule province avec l'Alberta où les faillites sont plus nombreuses que l'an dernier (hausse de 8,9% au Québec et de 18,2% en Alberta).

Dans l'ensemble du pays, en pleine crise économique, le nombre de faillites des entreprises a dégringolé de 14,7%.

Notons que ces statistiques, loin de représenter une anomalie mensuelle, confirment les tendances observées sur l'ensemble de l'année 2008.

Que se passe-t-il? Bien des économistes rejoints hier par La Presse Affaires avouaient se gratter la tête.

Le premier élément de réponse semble venir du fait qu'il y a toujours un décalage entre la dégradation des conditions économiques et la faillite des entreprises. Prenons l'exemple d'une entreprise ontarienne du domaine de l'automobile. Si les temps sont durs, elle a probablement déjà remercié des travailleurs. Certains de ceux-là, faute d'emploi, ont dû déclarer faillite et sont venus gonfler les statistiques des faillites personnelles. Mais il est fort possible que l'entreprise elle-même, même si elle a vu ses profits fondre, n'ait pas encore déposé son bilan.

«Ma prédiction, c'est que le reste du Canada va rattraper le Québec», dit d'ailleurs Marc Pinsonneault, économiste principal à la Financière Banque Nationale.

M. Pinsonneault note aussi que les faillites ont atteint un creux en 2005 au Québec, et qu'elles remontent graduellement depuis 2006, alors que la tendance inverse s'observe au Canada. Les statistiques dévoilées hier pourraient donc représenter un portrait d'avant la crise appelé à changer radicalement dans le futur.