La nomination-surprise de Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt et placement a provoqué une levée de boucliers à l'Assemblée nationale.

Denis Lessard
Denis Lessard LA PRESSE

Selon la chef péquiste, Pauline Marois, il s'agit d'une «mascarade» tant il est clair que le premier ministre Charest a imposé ses vues, tout en prétendant respecter le processus de sélection prévu par la loi. Selon François Bonnardel, Jean Charest a «outrepassé et violé la loi pour imposer ce choix partisan».

Pour M. Bonnardel, le gouvernement devrait convoquer les candidats à des séances à huis clos de commissions parlementaires pour permettre aux élus d'apprécier les prétendants à ce poste névralgique.

 

Le PQ comme l'ADQ s'entendent sur un point: le choix de Michael Sabia est tellement mal avisé que le gouvernement devrait reprendre à zéro le processus de sélection.

À la période des questions hier, à l'Assemblée nationale, la ministre des Finances, Monique Jérome-Forget, a indiqué que M. Sabia n'aura pas droit à l'étonnante prime obtenue par son prédécesseur Henri-Paul Rousseau. Ce dernier avait bénéficié d'une indemnité de départ de 340 000$ alors qu'il avait lui-même décidé de quitter l'organisme.

Mais M. Sabia aura droit aux autres primes au rendement, a précisé par la suite Mme Jérome-Forget. Ces primes avaient fait en sorte, par exemple, que M. Rousseau avait vu son salaire de base, d'environ 500 000$ par année, frôler les 2 millions avec les primes au rendement.

Selon Pauline Marois, «quand on voit la Caisse perdre le quart de sa valeur, le moins qu'on pouvait espérer de la part du premier ministre, c'est qu'il respecte les principes de bonne gouvernance». Tous les commentateurs s'entendent pour dénoncer le choix du premier ministre, a-t-elle relevé, citant l'éditorialiste André Pratte et la chroniqueuse Sophie Cousineau, de La Presse.

Selon la chef péquiste, des acteurs importants de la communauté des affaires à Montréal, «dans les corridors», ne se gênent pas pour critiquer le choix de M. Sabia.

Selon Jean Charest toutefois, le processus de sélection a été respecté. Arrivé à la tête du conseil d'administration, Robert Tessier a repris les travaux au stade où ils étaient au moment où la Caisse avait choisi Richard Guay en septembre dernier - curieusement M. Sabia avait soutenu vendredi ne pas avoir été candidat à l'époque.

Pour lui, la surprise, c'est que la chef péquiste ne se soit pas dissociée sur-le-champ des «remarques regrettables», «xénophobes» des anciens chefs péquistes Jacques Parizeau et Bernard Landry. Les deux anciens premiers ministres avaient attaqué M. Sabia comme représentant de la société «canadian» plutôt que québécoise.

Jean Campeau était un ancien directeur du ministère des Finances quand le ministre Jacques Parizeau l'avait nommé à la Caisse. Jean Claude Scraire venait du cabinet de Marc André Bédard quand il a été nommé vice-président puis président de la CDP. Mais selon Mme Marois, à l'époque, le gouvernement ne prétendait pas avoir instauré un processus indépendant pour le choix du président de la Caisse. Ces choix avaient d'ailleurs obtenu l'adhésion de la communauté d'affaires. De la même manière, Robert Bourassa avait nommé le tandem Jean-Claude Delorme et Guy Savard à la tête de la CDP.

Critique aux finances pour le PQ, François Legault relève de son côté que M. Tessier a reconnu qu'une autre candidature était parvenue en fin de processus, mais qu'elle avait été mise de côté compte tenu de la proposition hors du commun que représentait M. Sabia.

Aussi, relève Me Jean Pierre Ouellet, un ancien collègue de M. Sabia dans l'opération de privatisation du Canadien National avait été nommé en catimini au sein du conseil de la Caisse, quelques jours avant qu'on rencontre l'ancien patron de BCE. C'est une indication supplémentaire que le choix était cousu de fil blanc, et Me Ouellet aurait tout au moins dû se récuser quand le conseil d'administration se prononçait sur la nomination de son ancien collègue.