L'année 2008 a été la pire en Bourse depuis la grande dépression des années 1930. Ainsi, à moins de s'appeler Bernard Madoff ou Allen Stanford, aucun gestionnaire de portefeuille ne fera de rendements mirobolants cette année.

Publié le 24 févr. 2009
Francis Vailles
Francis Vailles LA PRESSE

À n'en pas douter, la Caisse de dépôt et placement parlera du contexte financier, mercredi, à la conférence de presse de 10h30, où elle rendra vraisemblablement les pires résultats de son histoire.

En 2008, l'indice TSX de la Bourse de Toronto a perdu 35% et celui de la Bourse de New York (S&P 500), 38,5%. Le portefeuille de la Caisse n'étant pas seulement constitué de titres boursiers, mais d'éléments moins volatils comme les obligations et l'immobilier, le rendement devrait être moins catastrophique que la chute des Bourses.

Ces derniers mois, les médias et les partis politiques ont fait état d'une perte probable de 20, 30 voire 38 milliards de dollars pour la Caisse. Cette dernière information, obtenue de source interne par La Presse au début février, signifierait que le bas de laine des Québécois a fondu de 26%.

Si importante soit-elle, donc, ce n'est pas la perte à proprement parler qui provoquera un branle-bas de combat dans cette affaire, mais davantage l'écart entre le rendement de la Caisse et celui de ses pairs. Dans quelle mesure les Québécois se sont-ils appauvris par rapport aux autres?

Essentiellement, il y a deux façons de comparer le rendement. Les fonds de retraite vérifient d'abord où ils se situent par rapport aux pairs. Entre 2003 et 2007, par exemple, sur 100 caisses de retraite comparable, la Caisse a terminé dans les cinq meilleurs en termes de rendements, ce qui était excellent.

La deuxième mesure de comparaison, plus raffinée, est l'indice de référence.

Pour chaque catégorie de placement, la Caisse compare sa performance à celle d'un indice dont la composition est semblable. Le portefeuille d'actions américaines peut être comparé à l'indice de la Bourse américaine S&P 500, celui des actions européennes, à un indice européen, etc. Essentiellement, l'indice de référence global correspond à une moyenne de l'ensemble des indices auxquels la Caisse se compare.

En 2008, il faudrait féliciter la Caisse si les -26% attendus sont meilleurs que les -30% de l'indice de référence global, par exemple. Malheureusement, tout indique que ce ne sera pas le cas.

Selon le document obtenu par La Presse, la Caisse aurait subi un recul de 26% pendant que la chute de l'indice de référence serait de 18%. À 38 milliards, les pertes de la Caisse seraient de 12 milliards plus élevées qu'elles ne l'auraient été avec l'indice de référence global.

Parmi les grands coupables, mentionnons le papier commercial PCAA, auquel on pourrait à nouveau retrancher près de 4 milliards de dollars, selon nos sources. Comme responsable, la Caisse pourrait aussi parler du dollar canadien, qui a dégringolé et provoqué des pertes de change.

Une prime méritée pour certains

Pour expliquer ces mauvais rendements, les partis d'opposition chercheront des coupables. Certains voudront tout remettre en question, notamment la mission de la Caisse.

Dans tout ce brouhaha, il faudra toutefois ne pas tout mettre dans le même bateau. Certaines catégories d'actif risquent d'avoir connu de relativement bons rendements par rapport au marché. Par exemple, il est possible que le groupe de gestionnaires des actions américaines ait perdu, disons, 20%, alors que l'indice américain a été en baisse de 38,5% cette année.

À ces gestionnaires, il faudra lever le chapeau même s'ils ont perdu beaucoup d'argent car en fait, ils auront réussi à moins appauvrir les Québécois dans leur catégorie que la moyenne du marché.

Par contre, certains des décideurs qui ont établi les politiques de risque de la Caisse devront porter le bonnet d'âne. Qui a choisi de mettre autant d'argent dans les PCAA? Et pourquoi la Caisse n'a-t-elle pas reconstitué ses liquidités après coup?

Le PCAA, mission de la Caisse

Par ailleurs, de plus en plus d'observateurs se demandent si l'aventure des PCAA n'a pas été tentée dans le but d'encourager l'industrie financière du Québec, notamment, et non seulement pour le rendement. Autrement dit, comme pour Vidéotron, l'aspect «développement économique du Québec» de la mission de la Caisse serait en partie responsable du fiasco.

Ces PCAA non bancaires ont été vendus notamment par la Banque Nationale et achetés surtout par la Caisse, le Mouvement Desjardins et des clients de la Banque elle-même. La Banque Nationale étant trop petite pour soutenir seule son marché, contrairement aux banques torontoises, la Caisse et Desjardins auraient joué un rôle de souteneur.

«C'est plein de sens. Quand on fait de la gestion, on a tous un biais favorable à notre ville, notre province, notre pays. À la marge, on est tous sensible à ça. Et les gens de la Caisse sont demeurés sensibles à cet aspect malgré le changement de mission, j'en suis persuadé», nous dit un ex-cadre à la Caisse.

En somme, pour tirer des leçons de la déconfiture, il faudra bien analyser la situation et cibler les critiques.