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En crise, les grands quotidiens se tournent vers Ottawa

Le Canada a perdu environ 25 % de ses journaux et hebdos depuis huit ans (*). Les revenus des quotidiens ont diminué de 40 %. La prochaine étape est-elle la fermeture d'un quotidien régional ou national d'ici un an ou deux ?

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Bill Morneau, ministre de l'Économie

photo adrian wyld, archives la presse canaidnne

« Quelque chose de mauvais va arriver. Personne ne gagne dans cette situation. Je serais alarmé si un de mes concurrents fermait. Ça serait négatif pour le pays, pour notre démocratie », dit John Boynton, PDG de Torstar et éditeur du Toronto Star, le quotidien qui a le plus haut tirage au pays.

« Il y a un risque important de perdre un quotidien important au pays au cours des 10 prochaines années, dit Phillip Crawley, PDG du Globe and Mail. Les quotidiens régionaux sont particulièrement vulnérables s'ils ne peuvent développer un modèle d'abonnement numérique. Si vous ne pouvez pas faire payer pour l'info numérique, vous avez un problème réel, car les revenus publicitaires déclinent et les revenus publicitaires numériques ne sont pas suffisants pour combler l'écart. »

Aux prises avec des revenus publicitaires en baisse ainsi que la concurrence de Google et de Facebook, plusieurs grands quotidiens nationaux se tournent vers le gouvernement fédéral afin d'obtenir une aide financière pour leur transition numérique. Le National Post suggère un crédit d'impôt de 35 % des salaires des employés numériques, le Toronto Star, un crédit d'impôt de 33 % pour les citoyens à l'achat d'un abonnement numérique à un quotidien canadien.

De son côté, le Globe and Mail ne veut pas d'une aide publique directe. Le quotidien national a demandé seulement deux mesures à Ottawa : le statut de bienfaisance pour une fondation associée à un média et l'admissibilité des entreprises médias à un programme fédéral existant d'innovation.

« La famille Thomson [propriétaire du Globe and Mail] vit sur le principe d'indépendance [face au gouvernement] et ne veut pas aller voir le gouvernement pour demander un plan de sauvetage. » - Phillip Crawley

« Depuis les années 30, la philosophie Thomson, c'est que vous êtes plus indépendant si vous êtes capable de résister à la pression commerciale [en faisant des profits]. »

Malgré leurs divergences sur les mesures précises à adopter à Ottawa, les quotidiens écrits fondent tous beaucoup d'espoir sur la mise à jour économique du ministre fédéral Bill Morneau, qui sera dévoilée demain.

« Il y a une vraie crise actuellement, un déclin du marché publicitaire pour les quotidiens. La publicité numérique ne remplace pas la publicité sur papier, et nous ne voyons personne qui a un modèle d'affaires [rentable] », dit John Hinds, PDG de Médias d'Info Canada, un organisme qui représente environ 1000 quotidiens et hebdos au pays.

« Je ne cherche pas un plan de sauvetage, je cherche une aide pour cinq ans afin de nous permettre de faire la transition dans l'univers numérique pour que nous puissions concurrencer Google et Facebook, dit Paul Godfrey, PDG de Postmedia, le plus important conglomérat de médias au pays (National Post, The Gazette). [...] Quand l'industrie automobile a eu un problème, le gouvernement a intelligemment donné de l'argent pour qu'elle survive, et elle a survécu. »

FINANCES PRÉCAIRES

Les finances des principaux médias écrits sont précaires. Les deux plus importants groupes de médias écrits au pays sont dans le rouge. Pour l'année financière 2018, Postmedia a perdu 9 millions (pertes d'exploitation) sur 12 mois et Torstar, 36 millions en 9 mois. Les quotidiens de Québecor ne dévoilent pas leur résultat d'opération, mais seulement les profits avant impôts, intérêts et amortissement : 2,8 millions en 9 mois en 2018.

Le Globe and Mail, qui a ratifié la semaine dernière une entente de principe avec ses employés, ne dévoile pas ses finances. La Presse non plus, mais l'entreprise, qui a annoncé la suppression de 37 emplois ce mois-ci, ne cache pas qu'elle a perdu de l'argent chaque année depuis le lancement de La Presse+ en 2013.

Signe de la crise des médias, la valeur boursière des quotidiens écrits a chuté de façon importante ces dernières années. Depuis cinq ans, la valeur de Torstar est passée de 461 millions à 74 millions.

Le syndicat FNC-CSN, qui représente 6000 travailleurs dans les médias, principalement au Québec (note 1), ne « s'étonnerait pas » de voir un quotidien national fermer ses portes d'ici un an avec le statu quo. 

« Ce qu'on perd serait extrêmement difficile à recréer. On est mieux de sauver ces médias avant de les perdre. » - Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications (FNC-CSN), citant l'exemple de Transcontinental

En 2017, l'entreprise québécoise a vendu ses 93 hebdos et en a fermé trois autres. Plusieurs des hebdos vendus ont ensuite été incapables de survivre avec leur nouveau propriétaire.

À long terme, la FNC-CSN aimerait que les médias écrits soient financés en partie par des fonds publics au même titre que le milieu de la télévision depuis le milieu des années 90. « Notre marché n'était pas assez grand pour soutenir cet univers à lui seul, et les distributeurs télé ont été obligés de consacrer 5 % de leurs revenus pour soutenir le contenu, dit Mme St-Onge. Il faut se prendre en main et décider si c'est important pour nous comme société d'avoir de l'information journalistique. »

« La Presse a tenu plusieurs discussions constructives avec le gouvernement fédéral à différents niveaux au cours des derniers mois, a indiqué Pierre-Elliott Levasseur, président de La Presse, dans une déclaration écrite. Le gouvernement est sensibilisé aux défis auxquels fait face l'ensemble des médias écrits, et je comprends qu'il travaille présentement sur des pistes de solution possibles. » Le Devoir a préféré ne pas commenter, tandis que le Groupe Capitales Médias et Québecor n'ont pas rappelé La Presse.

* Il s'agit d'une estimation de Médias d'Info Canada basée sur son nombre de membres (1000 publications) et le nombre de publications fermées au pays (environ 250) entre 2010 et 2017, selon le rapport Le miroir éclaté.

Note 1 : La CSN-FNC représente notamment les journalistes de La Presse.

EN CHIFFRES

- 40 %

Les quotidiens canadiens ont perdu 40 % de leurs revenus entre 2006 et 2015.

27

Nombre de quotidiens écrits ayant fermé au Canada entre 2010 et janvier 2017

225

Nombre d'hebdomadaires écrits ayant fermé au Canada entre 2010 et janvier 2017

Source : rapport Le miroir éclaté du Forum des politiques publiques, janvier 2017




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