Les conséquences des taxes douanières brandies par les puissances économiques mondiales ne sont pas encore visibles, mais elles vont faire des ravages dans l'économie mondiale, a averti mercredi le chef de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Brésilien Roberto Azevedo a déclaré qu'il craignait que «cette dynamique du oeil pour oeil», dans laquelle les grands acteurs économiques s'infligent de façon réciproque des taxes douanières, puisse devenir «la nouvelle norme».

«La situation exige une réponse urgente», a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Genève.

Ces propos surviennent après la diffusion par l'OMC d'un rapport démontrant que les mesures de restriction commerciale sont en hausse.

«Beaucoup d'effets négatifs de ce genre de mesures qui sont mises en place aujourd'hui ne sont pas encore visibles, mais ils le seront», a affirmé M. Azevedo.

«Et si nous continuons sur cette voie, je suis certain que nous allons assister à un ralentissement de l'économie», a-t-il ajouté. «Je crains pour tout, pour les emplois (...) pour les salaires qui vont se réduire», a-t-il dit.

Dans le rapport couvrant la période de mi-octobre 2017 à mi-mai 2018, l'OMC a mis en évidence 75 nouvelles barrières commerciales imposées par certains de ses 164 membres, soit une moyenne de 11 par mois.

Cela traduit une augmentation par rapport à la précédente étude allant d'octobre 2016 à octobre 2017, qui montrait une moyenne de 9 restrictions par mois.

M. Azevedo a refusé de faire porter la responsabilité de ce changement au président américain Donald Trump, dont la politique commerciale de «America first» s'est traduite par l'imposition de dizaines de milliards de dollars de marchandises en provenance de Chine, de l'Union européenne et du Canada notamment.

La plupart des partenaires commerciaux des États-Unis ont riposté en appliquant à leur tour des taxes douanières.

Mais la guerre commerciale déclarée par le président américain fait aussi des mécontents chez lui: son administration vient d'annoncer une aide d'urgence de 12 milliards de dollars destinée aux agriculteurs touchés par les représailles aux tarifs douaniers.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, était mercredi à Washington afin de rencontrer le président Trump et tenter de résoudre le conflit commercial entre les deux grandes puissances économiques.

«Nous appelons tous ceux qui pensent que le commerce est une force bénéfique à s'exprimer», a conclu M. Azevedo.