Les pays industrialisés comme le Canada n'ont pas à appuyer sur le bouton de panique à cause de l'arrivée au pouvoir de la nouvelle administration de Donald Trump à Washington.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Même s'il se fait l'apôtre de politiques protectionnistes, le nouveau président va finir par comprendre les bienfaits de la libéralisation des échanges, estime le président du comité consultatif des affaires et de l'industrie de l'OCDE, Phil O'Reilly.

Certes, il faudra que des organisations comme l'OCDE nouent un dialogue soutenu avec le nouveau président américain pour éviter que ses velléités protectionnistes ne provoquent une guerre commerciale entre des géants économiques comme les États-Unis et la Chine.

Mais les preuves économiques selon lesquelles les traités de libre-échange ont été une source de prospérité pour les pays signataires sont irréfutables, a affirmé M. O'Reilly, dans une entrevue accordée à La Presse hier.

Natif de la Nouvelle-Zélande, M. O'Reilly était de passage dans la capitale fédérale, hier, afin d'offrir son analyse aux représentants du gouvernement canadien et de la Chambre de commerce du Canada sur les retombées de l'arrivée au pouvoir de Donald Turmp, du Brexit et du mouvement populiste qui fait aujourd'hui beaucoup de bruit dans certains pays européens.

« L'élection du président Trump, les événements qui ont mené au Brexit et les élections en France et en Allemagne ont tous un épicentre très local : un manque de confiance envers le gouvernement, un manque de confiance envers les institutions, un manque de confiance envers les grandes entreprises et un manque de confiance envers les médias. Je crois qu'il est donc important que tous ces groupes s'engagent à rebâtir ce lien de confiance et à rebâtir leur pertinence », soutient Phil O'Reilly.

« Les preuves sont vraiment incontestables. La libéralisation des échanges, les investissements, la formation des travailleurs, tout cela est absolument crucial pour créer de la richesse nationale et permettre aux communautés de réussir. » - Phil O'Reilly, qui est aussi directeur d'Iron Duke Partners, firme d'experts en politiques publiques de la Nouvelle-Zélande

« Il faut mieux expliquer ces bienfaits et nous devons redoubler d'efforts pour renverser la tendance », ajoute M. O'Reilly.

CHINE

Même si le président Trump a signé l'arrêt de mort du Partenariat transpacifique plus tôt cette semaine, abrogeant la ratification par les États-Unis, et réitéré son intention de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), M. O'Reilly ne croit pas que la cause du libre-échange soit en perte de vitesse.

À preuve, la Chine a clairement exprimé le désir de continuer à conclure des traités de libre-échange avec d'autres pays alors que les États-Unis vont privilégier, pour le moment, des ententes bilatérales.

« Cela illustre tout de même l'importance d'enclencher le dialogue avec l'administration du président Trump et son secrétaire au Commerce. Mais je ne crois pas que le libre-échange soit mort. La Chine s'est activement engagée dans la négociation de traités de libre-échange depuis quelques années. Mon propre pays, la Nouvelle-Zélande, a signé un accord de libre-échange avec la Chine [en 2008]. Cela veut donc dire que d'autres pays vont poursuivre dans la voie de la libéralisation des échanges », a dit M. O'Reilly.

L'Australie a conclu un traité avec la Chine en 2014. L'automne dernier, le Canada et la Chine ont lancé des pourparlers dans le but de conclure un accord.

Cela dit, Phil O'Reilly estime que les gouvernements qui signent des traités de libre-échange ont l'obligation de mieux expliquer les avantages de tels accords et, surtout, d'adopter des mesures de soutien adéquates pour aider les travailleurs qui peuvent être touchés par ces traités.

« Il ne faut surtout pas oublier ceux qui pourraient perdre leur emploi. Conclure des ententes est une chose. Mais adopter les bonnes politiques de formation et les bonnes politiques sociales, entre autres, c'en est une autre », a-t-il dit.