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Dettes, pollution... la Chine doit faire autrement

Les prix immobiliers ont reculé en août pour... (PHOTO WANG ZHAO, AFP)

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Les prix immobiliers ont reculé en août pour le quatrième mois consécutif, en Chine, où on craint une dégringolade généralisée du secteur immobilier.

PHOTO WANG ZHAO, AFP

Richard Dupaul

L'immobilier est au bord de la crise, le système bancaire accumule les mauvaises créances, la pollution fait fuir les riches... Au lieu de stimuler - encore - le crédit pour soutenir sa croissance, la Chine devrait accélérer la transformation de son économie, disent des experts.

Lors du récent Salon de l'auto à Pékin, des constructeurs ont déballé un argument de vente plutôt inusité pour convaincre les acheteurs: des véhicules dont l'habitacle permet de respirer un air plus pur... qu'à l'extérieur.

Dans une ville qui étouffe dans un smog quasi permanent, Volvo a lancé une campagne se targuant d'offrir de l'«air propre» dans ses véhicules munis d'équipement filtrant les polluants. Le japonais Nissan offrait le système de filtration «Forest Air» avec sa gamme de luxe Infiniti, tandis que le français Peugeot proposait «en option» des purificateurs d'air dont tous ses véhicules en Chine seront équipés à partir de 2016.

Pendant qu'en Occident, les constructeurs automobiles vantent leur technologie réduisant les émissions nocives des moteurs, on vend de l'air dans les voitures en Chine.

La pollution sévère n'est qu'un des problèmes menaçant la Chine au moment où le gouvernement tente - à nouveau - de requinquer la deuxième économie mondiale qui s'essouffle.

On a appris, la semaine dernière, que Pékin allait injecter 81 milliards de dollars (500 milliards de yuans) dans les cinq plus grandes banques du pays - toutes contrôlées par l'État - pour relancer le crédit et, du coup, l'économie.

Cette mesure survient au moment où de nouveaux indicateurs économiques pointent tous vers le bas. En voici trois:

> Les prix immobiliers ont reculé en août (- 1,1%) pour le quatrième mois consécutif, a-t-on appris jeudi. Selon le Bureau national des statistiques, 68 des 70 grandes villes du pays affichent des baisses - du jamais vu - laissant craindre une dégringolade généralisée du secteur immobilier sur un marché rempli d'immeubles à moitié vides;

> La production industrielle, malgré une hausse de 6,9% en août, a connu le mois dernier sa plus faible croissance depuis 2008. Cela survient au moment où des analystes déplorent la sous-utilisation des usines chinoises;

> L'investissement étranger direct (IDE) en Chine a chuté de 14% en août (à 7,2 milliards US), preuve de l'inquiétude grandissante des investisseurs internationaux.

Depuis le début de l'été, plusieurs chiffres ne cessent ainsi de mettre en évidence les ratés de l'économie chinoise, dont la croissance cette année s'annonce inférieure à la cible de 7,5% visée par le gouvernement.

Changer les objectifs

Or, de plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer que Pékin cesse de viser la croissance-à-tout-prix et corrige plus rapidement son modèle économique qui souffre de divers déséquilibres.

L'une de ces voix est nulle autre que Standard&Poor's. Dans une nouvelle étude, deux économistes de la firme de notation de crédit, Paul Gruenwald et Vincent Conti, affirment que l'obsession de la croissance en Chine menace «la stabilité financière» du pays.

En l'absence des gains de productivité de l'industrie chinoise et d'une forte demande extérieure, la stratégie de Pékin de stimuler encore l'endettement est «dangereuse» dans la mesure où celle-ci a fait bondir le crédit bancaire à un taux de 128% de la taille de l'économie (PIB) à la fin de 2013, contre 96% en 2008.

Pour l'ensemble du secteur financier, incluant le secteur non officiel (ou «shadow banking»), le crédit dépasse le seuil insoutenable de 200% du PIB, selon S&P, confirmant ainsi les estimations d'autres études. Bref, la Chine «gonfle» artificiellement son économie.

«La hausse de l'endettement [...] est la principale menace pour la Chine, sinon pour l'économie mondiale», préviennent les experts de S&P.

En stimulant à nouveau le crédit, Pékin veut requinquer l'immobilier et l'investissement dans les infrastructures - une recette bien connue dans ce pays - après avoir mis temporairement un frein à l'endettement, l'an dernier, pour contenir certains excès. Des experts croient que le gouvernement doit plutôt investir dans l'innovation, la productivité et les technologies vertes.

Le désenchantement gagne même les grandes fortunes du pays. Un sondage de la banque Barclays, publié la semaine dernière, indique que près de la moitié (47%) des Chinois riches (valeur nette de 1,5 million US ou plus) envisagent d'aller vivre à l'étranger d'ici cinq ans. C'est énorme.

Le climat économique actuel, mais aussi la corruption, l'éducation déficiente, les soins de santé et la pollution sont autant de problèmes soulevés par les répondants.

Les résultats de ce sondage sont gênants pour l'empire du Milieu et inciteront peut-être les autorités à revoir leurs objectifs. De plus en plus de gens le souhaitent. Quel gouvernement peut rester insensible lorsque la réussite, pour ses citoyens, consiste à pouvoir faire ses valises et s'enfuir?




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