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Le gratin féminin mondial à l'honneur à Tokyo

La directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde.... (Photo Yuya Shino, Reuters)

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La directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde.

Photo Yuya Shino, Reuters

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Anne BEADE
Agence France-Presse
TOKYO

Christine Lagarde, Cherie Blair ou Caroline Kennedy: le gratin féminin mondial était réuni vendredi à Tokyo sous le signe des «Womenomics», politique du gouvernement japonais destinée à encourager le travail des femmes face à la pénurie de main-d'oeuvre.

La directrice du Fonds monétaire international, invitée vedette de ce forum inédit, a salué les efforts du premier ministre Shinzo Abe, mais l'a exhorté à «muscler» son action et ouvrir ses frontières aux immigrés, un sujet encore tabou dans l'archipel.

Dans son discours d'ouverture, M. Abe a reconnu l'ampleur de la tâche dans un pays où les femmes sont peu présentes en politique et dans les entreprises (seulement 11 % à des postes de responsabilités).

«Le plus difficile sera de modifier la répartition des rôles entre les hommes et les femmes, qui est profondément ancrée en nous», a concédé le chef du gouvernement, déplorant le «harcèlement sexuel» qui sévit encore dans certaines compagnies nippones.

Une semaine après la récente nomination de cinq ministres de la gent féminine dans sa nouvelle équipe, il a réaffirmé sa détermination pour «créer une société où les femmes rayonnent», en portant à 30 % leur part dans l'encadrement en 2020. Les groupes les plus motivés seront récompensés par des aides ou des commandes publiques, a-t-il assuré.

Mme Lagarde a apporté son soutien à ces quotas qui font débat. «Vous avez fixé des objectifs ambitieux, M. Abe, mais je suis convaincu qu'ils pourront être atteints (...) même si des économistes affirment que c'est impossible».

«C'est une nécessité pour réduire les inégalités entre hommes et femmes», particulièrement criantes au pays du Soleil levant, a-t-elle ajouté. Les Japonaises sont 60 % à quitter leur emploi après leur premier enfant, d'où un taux d'activité largement inférieur à leurs homologues masculins (65 %, soit 20 points de moins).

«Dans l'intérêt de l'économie»

Cependant, «si les femmes peuvent sauver le Japon, elles doivent être aidées par d'autres réformes structurelles», a insisté Mme Lagarde.

«L'obstacle majeur» est, selon elle, «le nombre limité de places de garderie». «Le gouvernement en a fait une priorité, en promettant d'en créer 400 000 nouvelles d'ici à 2018. Mais il pourrait peut-être aller plus loin en simplifiant les démarches administratives, et en ouvrant le secteur à plus de prestataires privés».

Autre piste évoquée, «le recours aux immigrants qualifiés» pour résoudre ce problème de garde, mais aussi s'occuper des parents qui vivent de plus en plus vieux. «Tout le monde y gagnera» et «le Japon forgera son propre destin démographique».

Seuls, 1,5 million d'étrangers sont installés dans l'archipel sur une population totale d'un peu plus de 127 millions d'habitants. Le pays, qui a longtemps rechigné à accueillir des travailleurs venus d'ailleurs, a récemment décidé d'assouplir les règles d'immigration pour certaines professions.

Devant des participants venus du monde entier, dont la nouvelle secrétaire d'État française chargée des Droits des femmes Pascale Boistard, la patronne du FMI a rappelé l'urgence de changer la donne «pas seulement dans l'intérêt des femmes, mais dans l'intérêt de l'économie».

À grand renfort de chiffres, l'ex-secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a délivré un message similaire dans une vidéo introduite par l'ambassadeur des États-Unis, Caroline Kennedy.

Le Japon pourrait ainsi doper son revenu par habitant de 4 % s'il élevait progressivement le taux d'activité des femmes au niveau moyen des pays du G7.

Le dirigeant de la fédération patronale Keidanren, Sadayuki Sakakibara, l'a d'ailleurs dit franchement à la tribune. Si 49 de ses 1300 membres ont établi cet été une feuille de route en ce sens, c'est avant tout «pour stimuler la compétitivité des firmes», alors que la population en âge de travailler devrait chuter de 87 millions en 1995 à 55 millions au milieu du siècle.

Dans un intermède ludique, deux «first ladies» engagées, Akie Abe et Cherie Blair, respectivement épouses du premier ministre nippon et de l'ex-dirigeant britannique, ont partagé leurs expériences et distillé des conseils. «Ne limitez pas vos rêves», a lancé Mme Blair, tandis que Mme Abe racontait, sous les rires du public, que son mari, malgré son agenda chargé, participait aux tâches ménagères et sortait même les poubelles.




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