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Analyse

La BCE entre en action

Les banques européennes en sont encore à nettoyer... (PHOTO BORIS ROESSLER, archives AFP)

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Les banques européennes en sont encore à nettoyer leur bilan et restent toujours frileuses au risque.

PHOTO BORIS ROESSLER, archives AFP

Rudy Le Cours
La Presse

On spécule au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada sur le moment où surviendra la première hausse du taux directeur en plusieurs années.

Au sein de la zone euro, on spécule désormais sur le moment où la Banque centrale européenne (BCE) osera franchir le Rubicon en adoptant des mesures de détente monétaire pour la première fois de sa jeune histoire.

Jeudi, son président Mario Draghi a pris de court les marchés financiers en abaissant de 10 centièmes les trois taux directeurs de la BCE.

Le plus suivi, soit le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement, est désormais fixé à 0,5%, taux plancher, a précisé M. Draghi. Ce taux est le pendant européen du taux cible de financement à un jour de la Banque du Canada, reconduit mercredi à 1%, ou du taux des fed funds de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui évolue dans une fourchette de 0 à 0,25% depuis décembre 2008.

Dans son allocution suivant l'annonce, M. Draghi a expliqué que la BCE voulait relancer le crédit et l'économie, mais qu'il aura aussi besoin de l'apport des gouvernements qui devront par ailleurs agir avec une discipline fiscale.

L'économie de la zone euro a stagné au printemps, le taux d'inflation n'était que de 0,3% en juillet tandis que les prêts à la consommation sont en baisse et que ceux à l'entreprise stagnent.

Voilà pourquoi la BCE annonce aussi qu'elle taxera de 0,2% la valeur des dépôts que les institutions financières lui confieront plutôt que de les rémunérer afin de les inciter à prêter.

Les banques européennes en sont encore à nettoyer leur bilan et restent toujours frileuses au risque.

Cela contraste avec les canadiennes, reconnues cette semaine par le Forum économique mondial comme les meilleures au monde pour la septième année d'affilée.

Depuis 2010, les conditions d'octroi de prêts n'ont pas cessé de s'assouplir, au point de porter l'endettement des ménages canadiens à un niveau préoccupant.

La situation américaine est mitoyenne. Les banques hésitent à prêter, mais moins qu'avant, ce qui amènera la Fed à compléter ses achats de titres adossés à des actifs (TAA) cet automne.

La BCE a plutôt annoncé jeudi son intention de se lancer dans les achats de TAA émis par les institutions. Les modalités de cette initiative seront annoncées le mois prochain.

Pas question toutefois d'aller jusqu'à financer les déficits présents ou accumulés des États membres, comme le fait la Fed depuis décembre 2012 avec la dette de Washington. Cela va à l'encontre de ses statuts, et on peut compter sur l'Allemagne pour veiller à l'orthodoxie de la banque centrale dont le siège est à Francfort.

La préoccupation cardinale de la BCE est d'éviter que la zone euro soit aspirée dans une spirale déflationniste. Comme pour illustrer les dangers d'une chute générale des prix, les institutions financières ont montré peu d'entrain à profiter de la troisième opération de refinancement à long terme (LTRO dans le jargon financier) offerte cet été par la Banque par anticipation d'une nouvelle baisse des taux. Voilà pourquoi M. Draghi a précisé que la baisse annoncée jeudi serait la dernière.

La zone euro est devenue l'épicentre des difficultés de l'économie mondiale dans lesquelles s'embourbent aussi quelques pays émergents comme le Brésil.

À l'inverse, les États-Unis, qui ont été le foyer de la crise financière dont les stigmates sont toujours bien visibles, renouent depuis le printemps avec une croissance robuste après cinq ans de reprise hésitante.

On spécule là-bas sur le moment de la prochaine hausse du taux directeur. Elle devrait survenir dans moins d'un an.

Celle de la Banque d'Angleterre, dont le taux directeur est à 0,5% depuis cinq ans, pourrait survenir avant la fin de l'année.

Celle de la Banque du Canada sera annoncée, selon toute vraisemblance, peu après celle de la Fed. Les volumes d'exportations canadiennes ont enfin atteint en juillet leur niveau d'avant la récession.

Il reste encore aux entreprises à montrer leur volonté d'investir au pays (plutôt qu'à l'étranger) pour assurer le dynamisme de l'expansion canadienne pendant plusieurs trimestres.

La zone euro est encore loin, très, très loin d'un tel horizon sans grisaille.




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