La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, soutenue par son conseil d'administration mais moins par le gouvernement socialiste français, a été entendue jeudi pendant 12 heures à Paris par la justice française dans une affaire d'arbitrage litigieux qui pourrait lui valoir une inculpation.

Étienne FONTAINE AGENCE FRANCE-PRESSE

L'audition devait reprendre vendredi, Mme Lagarde ayant laconiquement lancé «à demain» aux journalistes à sa sortie de la Cour de justice de la République (CJR) jeudi soir.

Cette instance française est compétente pour juger les infractions commises par des ministres dans l'exercice de leurs fonctions.

L'arbitrage pour lequel Christine Lagarde, âgée de 57 ans, a été convoquée avait permis - alors qu'elle était ministre - à l'homme d'affaires français Bernard Tapie de recevoir 400 millions d'euros en 2008 lors du règlement d'un différend entre ce dernier et la banque française Crédit Lyonnais .

La CJR a demandé à Mme Lagarde de s'expliquer sur son rôle en 2007 ayant conduit à cet arbitrage controversé. Selon son avocat, Yves Repiquet, ses explications et précisions devant la CJR devrait l'exonérer «de toute responsabilité pénale».

La directrice du FMI risque, en cas de culpabilité avérée, jusqu'à 10 ans de prison et 150 000 euros d'amende.

Ministre de l'Économie de 2007 à 2011 du président de droite Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde est la cible d'une enquête pour «complicité de faux et de détournement de fonds publics», visant son choix de recourir à cette époque à un arbitrage privé pour solder un vieux contentieux entre le Crédit lyonnais et Bernard Tapie sur le rachat d'Adidas.

Une inculpation fragiliserait considérablement la position de celle qui a succédé en juillet 2011 à la tête du FMI à son compatriote Dominique Strauss-Kahn, contraint à la démission après une accusation de viol à New York.

«Le conseil d'administration (qui représente les 188 États membres du FMI) a été informé de cette affaire, y compris récemment, et continue d'exprimer sa confiance dans les capacités de la directrice générale à assumer efficacement ses fonctions», a toutefois déclaré jeudi à Washington un porte-parole du Fonds, Gerry Rice.

Légalement, en cas d'inculpation, la patronne du FMI n'est pas tenue de démissionner de son poste. Son maintien dépendra de la bienveillance des États membres du Fonds, notamment des États-Unis, premier actionnaire.

«Objectivement, connaissant le FMI et le fonctionnement des instances de ce type, j'ai tendance à considérer que si elle était mise en examen (inculpé), sans doute, on lui demanderait de quitter ses fonctions», a estimé jeudi de son côté la porte-parole du gouvernement socialiste français, Najat Vallaud-Belkacem.

«Mais ce n'est pas à moi de le dire. Aujourd'hui, elle ne l'est pas encore», a-t-elle ajouté, rappelant la règle de «la présomption d'innocence».

Le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici avait, lui, souligné mercredi que Mme Lagarde «conserve toute la confiance des autorités françaises et la mienne».

«Anomalies et irrégularités»

En septembre 2008, Christine Lagarde s'était déjà longuement expliquée sur le recours à un tribunal arbitral qui a condamné le Consortium de réalisation (CDR), structure publique gérant le passif du Crédit lyonnais après sa quasi-faillite des années 1990, à verser à M. Tapie 285 millions d'euros d'indemnités (400 millions avec les intérêts).

L'ancienne ministre a toujours justifié l'arbitrage par la volonté de mettre fin à une procédure, selon elle, longue et coûteuse. Elle avait démenti avoir agi sur ordre de Nicolas Sarkozy, qui aurait voulu ainsi obtenir le soutien de Bernard Tapie, ex-ministre de gauche dans les années 1990 et ex-président du club de football de Marseille (sud), champion d'Europe en 1993.

Pourtant son choix a été largement contesté et au printemps 2011 le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, n'avait pas épargné Mme Lagarde lors de la saisie de la CJR.

Il lui reprochait notamment d'avoir recouru à un arbitrage privé alors qu'il s'agissait de deniers publics, d'avoir eu connaissance de la partialité de certains juges arbitres et d'avoir fait modifier le protocole initial pour y intégrer la notion de préjudice moral, ce qui avait permis aux époux Tapie de toucher 45 millions d'euros.