C'est un autre signe, peut-être le plus probant de la détérioration rapide et inattendue de l'économie mondiale en deuxième moitié de 2012.

Mis à jour le 15 oct. 2012
Richard Dupaul LA PRESSE

Deux champions de la croissance économique, le Brésil et la Corée du Sud, ont coup sur coup abaissé la semaine dernière les taux d'intérêt face à l'aggravation de la crise européenne.

En soi, rien de surprenant dans le contexte actuel. Sauf que les autorités de ces deux pays, pourtant situés aux antipodes de la planète, font un même constat sévère de la conjoncture actuelle.

«La situation économique intérieure et extérieure s'est détériorée plus brutalement que prévu», a laissé tomber le gouverneur de la Banque de Corée devant les médias mercredi.

Pour sa part, la Banque centrale du Brésil a senti le besoin de promettre de maintenir les taux d'intérêt à un creux historique pour une «période longue», les responsables monétaires disant «s'inquiéter de la crise mondiale».

Un tel engagement est lourd de sens, selon les analystes, car le Brésil vient d'abaisser les taux pour la 10e fois consécutive. En l'espace de 14 mois, le taux directeur brésilien, le Selic, a chuté de 5,25% (!) pour se retrouver à 7,25%.

Le Brésil, qui planait sur une croissance économique de plus de 7% en 2010, verra son économie - la plus importante d'Amérique latine - progresser d'un maigre 1,9% cette année, selon les nouvelles prédictions de la banque JP Morgan.

Pour lutter contre la crise, le gouvernement a dû annoncer que 40 secteurs de l'industrie et des services seront exonérés de cotisations patronales à partir de 2013. Du jamais vu.

Cela représentera 6,5 milliards US de manques à gagner pour l'État en 2013, et 30 milliards US sur quatre ans. Bref, on prend les grands moyens.

Vite un second souffle

En fait, tous les gros canons du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) sont à la recherche d'un second souffle en raison de la crise européenne qui étrangle leurs exportations.

L'Inde vient de prendre diverses mesures d'envergure sur fond de net ralentissement et de perte de confiance des investisseurs.

La Chine, fer de lance des BRIC (7200 milliards US de PIB, contre 2500 milliards US pour le Brésil), n'est pas épargnée.

La croissance «à deux chiffres» du PIB, en 2010, est tombée à 7,6% au deuxième trimestre 2012, tandis que les exportations ralentissent et que la consommation intérieure piétine.

Le Fonds monétaire international (FMI) a d'ailleurs présenté un tableau plus pessimiste de l'économie mondiale la semaine dernière.

Dans son dernier rapport, le FMI note que la progression de l'économie dans les pays avancés atteindra 1,3% cette année, contre 1,6% l'an dernier et 3,0% en 2010, en raison notamment des compressions des dépenses publiques.

Quant aux pays émergents, les perspectives sont aussi révisées à la baisse. La raison: la croissance des échanges commerciaux mondiaux va retomber à 3,2% cette année, contre 5,8% l'an dernier et 12,6% en 2010. Le commerce mondial risque donc la panne.

«L'incertitude dans les pays avancés touche tous les pays émergents», affirme Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI.

L'espoir chinois

Pourtant, il y a encore de l'espoir. La Banque mondiale a réussi à trouver une éclaircie dans cet horizon tout en gris. Encore une fois, on le trouve de l'autre côté de la Grande Muraille de Chine.

En effet, Pékin va probablement prendre des mesures «très agressives» pour relancer son économie avec l'arrivée d'un nouveau gouvernement, a prédit jeudi le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim.

Après «des discussions avec les autorités chinoises, je suis complètement convaincu qu'ils comprennent exactement la nature du problème et prennent toutes les mesures», a-t-il ajouté.

Le 18e congrès du Parti communiste chinois s'ouvre le 8 novembre. Au programme: renouveler la direction du parti et désigner les successeurs du président Hu Jintao et du premier ministre Wen Jiabao.

Si la Banque mondiale dit vrai, ça va faire beaucoup de gens impatients sur la planète d'ici là.

---------------

MOINS DE BIEN NANTIS

Les millionnaires sont également affectés par la crise. Leur nombre a baissé de plus de 1 million à l'échelle mondiale, passant sous la barre des 29 millions. Mais leur patrimoine cumulatif n'a été que marginalement affecté, diminuant de 2% à 87 300 milliards US. Le tableau ci-dessus, issu d'un rapport du Crédit Suisse, montre où sont les bien nantis de la planète.

---------------