L'Amérique latine connaît globalement une situation budgétaire stable, avec une croissance et des exportations de matières premières solides qui lui permettent pour l'instant de se prémunir contre une contagion de la crise de la dette européenne, estiment des experts.

Publié le 15 juill. 2011
Mauricio Rabuffetti AGENCE FRANCE-PRESSE

Les derniers chiffres de croissance sont encourageants pour la région, et les analystes conviennent que l'Amérique latine se trouve dans une meilleure situation que lors des précédentes crises liées à la dette.

La Commission économique d'Amérique latine et des Caraïbes (Cepal) estime dans un rapport publié cette semaine que la région devrait atteindre une croissance globale de 4,7% en 2011, un taux supérieur aux 4,2% pronostiqués en décembre, alors que ses inquiétudes se portent davantage sur l'inflation.

Mais la situation en Europe se dégrade et les divergences entre pays du vieux continent sur les moyens de la régler provoquent une forte incertitude sur les marchés.

L'agence de notation financière Fitch a annoncé mercredi avoir dégradé de trois crans la note souveraine de la Grèce, à CCC, contre B+ auparavant, en l'absence d'un nouveau plan d'aide «crédible et financé» de l'UE et du FMI à ce pays en proie à de graves difficultés.

En début de semaine l'agence Moody's a abaissé d'un cran la note de la dette souveraine de l'Irlande et menacé de la dégrader encore plus à l'avenir. Le 5 juillet, elle avait relégué le Portugal dans la catégorie des investissements «spéculatifs», en abaissant de quatre crans sa note à long terme.

L'Amérique latine n'est pas «face à une crise», mais la situation en Europe «induit un niveau d'incertitude que nous ne pouvons contrôler. Toutefois aujourd'hui, vu le contexte (une contagion) ne paraît pas imminente», explique le directeur du développement économique de la Cepal, Osvaldo Kacef.

Certains responsables politiques, comme les ministres de l'Économie mexicain et uruguayen, ont récemment affiché leur préoccupation face à la crise européenne. Ils reconnaissent qu'il n'y a pas encore matière à paniquer, mais affirment suivre de très près l'évolution du dossier.

Selon les experts interrogés par l'AFP, l'Amérique latine est prémunie contre tout effet domino tant que cette crise n'entame pas les exportations de matières premières de façon significative.

Si le problème se limite à la Grèce, avec une croissance chinoise toujours soutenue, et que les États-Unis résolvent leur problème de dette, «les conséquences de la crise en Amérique latine ne se seront pas trop élevées», estime Eduardo Blasco, de la société de conseil financier argentine Maxinver.

Mais si la situation s'aggrave, avec une contamination de la crise de la dette à l'Italie par exemple, «nous ferions face à un problème très grave au niveau mondial, avec des conséquences très, très difficiles à prévoir», prévient-il.

La situation est rendue aujourd'hui encore plus incertaine par le blocage aux États-Unis des négociations politiques destinées à éviter un défaut de paiement du pays.

M. Blasco précise toutefois que «pour l'instant, les (exportations de) matières premières résistent parfaitement bien».

Sebastian Briozzo, de Standard and Poor's, affirme que le continent bénéficie d'un «degré suffisant de flexibilité et de liberté quant à sa gestion financière».

Ces dernières années «les niveaux de dette ont été revus à la baisse pour la plupart de ces pays, donc les nécessités de financement sont mineures (les) budgets présentent de faibles déficits» et surtout «la majeure partie des pays de la région» ont contracté une partie de leur dette localement, «ce qui leur permet de bénéficier d'une option qui n'existait pas auparavant», analyse-t-il.