La zone euro se prépare au pire dans la crise grecque et fera face si le plan d'aide au gouvernement d'Athènes n'aboutit pas, a déclaré le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble dans une interview publiée dimanche.

AGENCE FRANCE-PRESSE

M. Schäuble a déclaré que lui et ses homologues européens attendaient que le parlement grec adopte des mesures d'austérité cruciales cette semaine, malgré des manifestations de rue et une résistance de l'opposition, mais que l'Europe ferait face s'il était rejeté.

«Nous faisons tout ce que nous pouvons pour éviter une escalade périlleuse pour l'Europe mais en même temps tout doit être organisé pour affronter le pire», a-t-il déclaré au journal Bild am Sonntag.

M. Schäuble a estimé que l'expérience de la crise financière mondiale de 2007-2008, déclenchée par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, a montré que l'économie mondiale n'était pas à l'abri d'un nouveau désastre.

«Si les choses tournent de manière différente que prévues, ce sera évidemment un effondrement majeur. Mais même en 2008, le monde était capable de prendre des mesures coordonnées contre une crise des marchés financiers imprévisible et globale» a-t-il dit.

Il a reconnu que le PIB en Allemagne, principale économie de la zone euro, avait chuté en conséquence de 4,7 %, le pire résultat de l'après-guerre, précisant cependant que le pays était revenu depuis à la croissance.

Schäuble a cependant adressé un avertissement au parlement grec pour le mettre en garde contre un rejet du plan d'austérité, ce qui aurait des conséquences majeures sur la stabilité de la zone euro.

«Nous devons rapidement nous assurer que le risque de contagion à l'ensemble du système financier et à tous les États membres de la zone euro est sous contrôle», a-t-il dit.

Le grand argentier a également insisté sur le fait qu'il était dans l'intérêt des banques allemandes de participer à un nouveau plan d'aide à la Grèce, comme le souhaite ardemment la chancelière Angela Merkel qui veut impliquer tous les créanciers privés.

«Il n'est pas nécessaire qu'il y ait des incitations supplémentaires pour le secteur privé», selon M. Schäuble puisque les banques ont tout intérêt à ce que la situation financière de la Grèce se stabilise.

«J'ai tout à fait confiance dans la capacité des banques à savoir prendre leurs responsabilités», a-t-il ajouté.

«J'attends des chiffres précis concernant la participation volontaire des acteurs privés dans toute l'Europe lors de la réunion exceptionnelle de l'Eurogroupe le 3 juillet 2011», a-t-il encore insisté.

Selon le journal Welt am Sonntag, le gouvernement souhaite que les banques prolongent de cinq ans l'arrivée à maturité des obligations émises par l'Etat grec tandis que les établissements financiers ne seraient prêts qu'à une prolongation d'un an.

Les banques, qui ont mené une série de discussions avec le ministère des Finances, doivent indiquer d'ici dimanche si elles sont prêtes et dans quelle ampleur à participer à un nouveau plan d'aide, croit savoir le journal.

Dimanche, la puissante Fédération des banques privées allemande (BdB) n'était pas joignable. La veille un porte-parole du ministère des Finances avait indiqué aue «les discussions en cours» avec les créanciers privés se poursuivaient. Il n'y «a pas de procédure» pré-définie pour ce genre de discussions, avait-il assuré.

Le dirigeant de la BdB, Michael Kemmer, s'est contenté d'indiquer «espérer parvenir rapidement à un résultat», dans le quotidien Tagesspiegel à paraître lundi.

Il a toutefois réaffirmé que la participation des banques à un nouveau plan d'aides devrait se faire avec des compensations.

La France avait annoncé vendredi que les banques et compagnies d'assurance françaises étaient prêtes à participer au futur plan d'aide.

En mars, les banques allemandes détenaient environ 10 milliards d'euros d'obligations souveraines grecques, selon des chiffres de la Bundesbank.